Dahvia Ouadia
19 janvier 2026

L’attractivité des études à l’étranger pour les jeunes Français met les pays d’accueil sous pression

Chaque année, les étudiants français sont de plus en plus nombreux à décider de poursuivre leurs études à l’étranger. En 2022, ils étaient près de 114 000 à faire ce choix, un chiffre en hausse de 7 % par rapport à 2021, selon les dernières données de Campus France. Signe d’un engouement croissant pour faire ses études à l’international, cette attractivité pose cependant des questions pour certains pays d’accueil.

Cet article fait partie du dossier Faire ses études à l'étranger. Téléchargez l’intégralité de ce dossier au format PDF : Guide gratuit à télécharger : Étudier à l’étranger : 10/14

Les étudiants français misent notamment sur des pays francophones pour suivre leurs études, selon Campus France. En 2022, plus de 19 000 étudiants se sont installés en Belgique et plus de 17 000 au Canada. La Suisse complète ce top 3 avec plus de 12 000 étudiants.

Le Royaume-Uni, en revanche, voit son attractivité baisser. Alors qu’il était la deuxième destination des étudiants français en 2021, il est aujourd’hui à la quatrième place. Le Brexit a eu un impact direct sur les frais de scolarité, qui ont drastiquement augmenté pour les étudiants européens.

Cette baisse a eu, en revanche, un effet bénéfique pour d’autres pays, à l’image des Pays-Bas et du Portugal, qui enregistrent respectivement une hausse de 122 % et de 315 % du nombre d’étudiants français.

Trois pays francophones en tête des destinations

Pendant longtemps, la Belgique a été prisée pour ses filières médicales, qui permettaient aux étudiants français d’éviter la sélection aux études de santé. À tel point que la Belgique a dû instaurer un quota de 30 % d’étudiants français dans ces filières et mettre en place un concours d’entrée pour éviter une croissance toujours exponentielle.

En plus de sa proximité géographique et linguistique, des étudiants choisissent la Belgique pour éviter de passer par la case Parcoursup. Le processus d’admission dans les établissements belges est souvent perçu comme plus accessible. « Il n’y a pas de concours ni d’examen d’admission, sauf pour les études supérieures d’ingénieur civil, les études supérieures artistiques et les études supérieures de médecine et dentisterie, pour lesquelles une épreuve d’admission est obligatoire », précise le site Mobilité Jeunes Belgique.

Le Canada — notamment le Québec — est aussi une destination qui reste très attractive pour les étudiants français. « Sur les 55 000 étudiants internationaux que nous accueillons, 15 000 sont Français. Et pour cause, le Québec a un lien historique et culturel très fort avec la France. Par ailleurs, les étudiants français ont un profil que nous recherchons, avec des compétences solides qui sont compatibles avec les études au Canada », résume Jonathan Castex, conseiller en recrutement étudiant à l’université de Montréal et porte-parole de la délégation de 14 universités canadiennes.

Les étudiants français bénéficient aussi de frais de scolarité avantageux au Québec : « Ils paient, en premier cycle, les mêmes frais de scolarité que les étudiants canadiens hors Québec, autour de 6 000 euros l’année, ce qui permet d’avoir des frais de scolarité très intéressants en Amérique du Nord », précise Jonathan Castex.

Enfin, la Suisse voit aussi son nombre d’étudiants français augmenter de 23 % entre 2017 et 2022. Et pour cause, le pays est lui aussi francophone, mais offre aux étudiants une ouverture linguistique puisque d’autres langues s’y côtoient — allemand, italien, romanche.

Par ailleurs, la qualité des formations suisses est également reconnue à l’international. Entre l’EPFL et l’ETH Zurich — classée en 2025 meilleure université européenne par QS Europe — et la qualité des écoles hôtelières suisses, comme l’EHL, qui occupe le premier rang mondial des universités en Hospitality and Leisure Management depuis 2019, les établissements suisses bénéficient d’un attrait, notamment auprès des étudiants français.

Concernant les frais de scolarité, les établissements publics y sont relativement abordables, entre 1 200 et 3 500 euros par an. Cependant, dans les écoles privées, les frais de scolarité peuvent s’envoler.

Les étudiants français, toujours bienvenus ?

Cependant, si l’attractivité auprès des étudiants internationaux, et notamment français, est perçue comme positive, certains pays d’accueil en perçoivent les limites. C’est le cas au Canada, où le gouvernement fédéral a décidé, en 2024, de réduire de 35 % le nombre de permis de séjour pour les étudiants internationaux afin d’atténuer la pression sur le logement et les soins de santé. Un taux qui a encore baissé de 10 % depuis.

Le Québec a aussi instauré, pour la première fois, un quota pour les étudiants étrangers. Selon le rapport du Bureau de coopération interuniversitaire, les inscriptions des étudiants internationaux seraient en recul de 14,3 % en 2025. « Le Québec contient la hausse du nombre d’étudiants internationaux, avec une croissance que nous souhaitons stabiliser », confirme Jonathan Castex. « Mais, à l’heure actuelle, les 18 grandes universités publiques québécoises ont toutes des quotas suffisants pour accueillir tous les étudiants étrangers et français. »

En Belgique aussi, la question se pose face à une pression budgétaire qui pèse sur l’enseignement supérieur. Pour répondre à cette pression, le gouvernement a mis en place, l’an dernier, une hausse des frais de scolarité pour les étudiants internationaux non européens.

Mais si ces derniers doivent s’acquitter de frais annuels de plus de 4 000 euros — contre 835 euros pour les autres —, cette hausse ne concerne pas les étudiants français et européens. Une situation qui interroge aujourd’hui : en Wallonie, sur les 40 000 étudiants étrangers, près de la moitié sont français.

Dossier Etudier à l'étranger - Janvier 2026

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