« Les étudiants qui choisissent de suivre un double diplôme à l’étranger ne le font pas par hasard ou opportunisme. Ce sont en général des étudiants très motivés qui ont déjà un projet en lien avec le pays d’accueil ou la spécialité recherchée », indique d’emblée Delphine Lefebvre, responsable de la mobilité étudiante de l’ESSEC, qui compte 18 partenariats de doubles diplômes à l’international.
Une vision partagée par Marie-Christine Bert, directrice des relations internationales et des partenariats entreprises de l’École nationale des ponts et chaussées. « Faire un double diplôme à l’étranger demande de réfléchir à son projet à long terme, car ce choix a des impacts concrets. Les étudiants voient leur scolarité s’allonger d’une ou deux années et doivent parfois financer les études chez le partenaire. Par ailleurs, un double diplôme à l’international demande un engagement plus fort dans la culture locale, notamment pour apprendre la langue locale — même si les cours sont en anglais. »
Une sélection rigoureuse
Par ailleurs, les candidats aux doubles diplômes sont scrupuleusement sélectionnés. Et pour cause : les doubles diplômes internationaux sont souvent prestigieux. C’est le cas de Sciences Po Paris, qui propose dix doubles diplômes avec des partenaires universitaires d’excellence comme l’université Columbia, UC Berkeley, aux États-Unis, ou encore Keio University à Tokyo ou la Freie Universität à Berlin. Pour intégrer ces doubles diplômes, la sélection se fait soit chez le partenaire académique, soit à Sciences Po via Parcoursup. Mais l’exigence d’une qualité de dossier est la même de part et d’autre.
À l’École des ponts, comme à l’ESSEC, les candidats passent une sélection interne pour s’assurer de la qualité académique et de leur projet professionnel. « Avant même de transmettre le dossier à notre partenaire, nous prenons en compte la bonne préparation à la mobilité de l’étudiant, son projet et sa projection dans le pays. Et ce afin d’éviter des étudiants qui seraient mal positionnés dans un double diplôme. Ensuite, l’université d’accueil est souveraine dans sa décision d’accepter ou non l’étudiant. L’objectif est de viser 100 % d’acceptation par nos partenaires », précise Marie-Christine Bert.
Face à l’exigence et aux contraintes liées aux doubles diplômes, les candidatures ne se bousculent pas. C’est le cas à l’École des ponts, où la très grande majorité des élèves ingénieurs privilégient une mobilité non diplômante, mais aussi à l’ESSEC. Sur une cohorte de 900 étudiants, seuls 40 à 50 étudiants postulent à un double diplôme. « Les étudiants ont beaucoup d’opportunités de mobilités internationales et certains craignent de s’engager pour une période plus longue dans un seul et même pays. C’est pourquoi ceux qui choisissent un double diplôme ont déjà un projet ficelé. Il y a une auto-sélection qui se fait en amont », estime la responsable de la mobilité étudiante.
Des frais de scolarité qui s’envolent
D’autant que faire un double diplôme peut avoir un coût. Selon la réciprocité des accords, les élèves devront payer ou non les frais de scolarité de l’établissement partenaire en plus des frais de l’école d’origine. « Aux États-Unis et au Royaume-Uni, au mieux nos partenaires exonèrent les frais de candidature, mais pour le diplôme en lui-même, les élèves sont pleinement redevables des droits de scolarité, qui peuvent s’élever jusqu’à 80 000 dollars l’année », confirme Marie-Christine Bert.
Même son de cloche pour Delphine Lefebvre : « Pour la majorité de nos doubles diplômes, nous avons des accords de réciprocité, donc nos élèves ne paient que les frais de scolarité de notre école. En revanche, dans certains cas, cette réciprocité n’est pas possible. C’est notamment le cas aux États-Unis. »
Un investissement à long terme
Pour autant, les doubles diplômes internationaux peuvent être perçus comme un investissement à long terme. « Faire un double diplôme aux États-Unis, à Yale, au MIT ou à UCLA, permet de bénéficier de l’ensemble des services que ces établissements proposent. Les étudiants investissent ainsi sur leur carrière, le développement d’un réseau, et cela peut faciliter des choses pour travailler là-bas », estime-t-elle.
Et c’est l’une des valeurs ajoutées de faire un double diplôme. Les étudiants ont une meilleure employabilité dans le pays concerné et progressent souvent plus facilement dans des groupes internationaux.
« Avoir un double diplôme à l’étranger ne veut pas forcément dire travailler à l’étranger. Ces formations très exigeantes apportent des compétences clés que les diplômés peuvent mettre en œuvre en France ou dans un autre pays. Ce qui est sûr, c’est que les entreprises sont demandeuses de double diplômés, qui ont une capacité d’adaptation et de travail dans un contexte multiculturel plus élevée », conclut la responsable de la mobilité étudiante de l’ESSEC.
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