Anne-Florence Salvetti
5 février 2026

Peut-on vivre à l'étranger sans faire exploser son empreinte carbone ?

Vivre à l’étranger – et notamment sur un autre continent – suppose bien souvent de prendre l’avion pour rentrer voir ses proches en France. Est-il réaliste de faire autrement ou de compenser son empreinte carbone ?

Expatriation et conscience écologique : l’alliance impossible ?

« Prendre l’avion pour des loisirs n’est pas la même chose qu’un expat’ qui prend l’avion pour voir sa famille. » énonce Thomas Wagner, fondateur et rédacteur en chef de Bon Pote, un média indépendant qui alerte sur l’urgence climatique. « Je pense notamment à l’héritage colonial de la France, comment faire accepter une transition écologique en disant à un Réunionnais ou une Guadeloupéenne de ne pas prendre l’avion pour voir sa famille pour raisons climatiques ? »

Il tient néanmoins à rappeler qu’un aller-retour Paris-New York émet environ 2 tonnes de CO2, soit le budget carbone à viser pour une personne annuellement. « Un seul aller-retour par an, c’est déjà trop avant même de se nourrir et de se loger. Il est possible d’être expatrié et d’avoir une conscience écologique, mais conscience ne veut pas dire que cela se manifeste dans les actes. »

Pour Thomas Wagner, si les options alternatives à l’avion sont trop compliquées à mettre en place, il est indispensable de fournir des efforts importants dans d’autres postes de dépense carbone, comme l’alimentation ou la voiture.

Crédit photo : Unsplash / Etienne Girardet

Des alternatives plus ou moins réalistes

Séverine vit en Norvège. Elle rentre deux à trois fois par an en France, sans jamais prendre l’avion. Le choix de son pays d’accueil s’est d’ailleurs fait sur ce critère. « Quand on a eu le projet d’habiter à l’étranger, on a choisi uniquement l’Europe pour éviter l’avion. On s’est arrêté sur la Norvège, qui est accessible en train. »

Pour aller jusqu’à Angers, où elle passe en moyenne un mois lors de ses séjours français, Séverine prend un premier train jusqu’à Göteborg, puis un autre jusqu’à Malmö, un train de nuit Stockholm-Hambourg, un énième train jusqu’à Cologne, un autre jusqu’à Paris et enfin un dernier pour Angers. « Le trajet prend 36 heures en tout, j’en profite pour travailler dans le train. Ce n’est pas beaucoup plus cher que l’avion avec le pass Interrail. Je rentre en France moins souvent mais plus longtemps, en télétravaillant. »

En dehors de l’Europe, se passer d’avion est plus ou moins réalisable. « Aller au Maroc en train et ferry depuis la France est possible et abordable. » explique Thomas Wagner. « Mais pour la Tunisie, par exemple, c’est beaucoup plus difficile. Quant aux expats d’Amérique du Nord et du Sud, on ne peut structurellement pas leur demander de prendre le bateau sur un mois aller-retour. » Si les alternatives semblent complexes, mieux vaut ralentir et réduire le nombre de vols en avion. « Il faut aussi réfléchir avant de partir vivre à l’autre bout du monde si vous souhaitez vraiment ne pas aggraver le changement climatique. »

Séverine et son compagnon avaient songé partir vivre au Canada et ne revenir que très rarement en France, mais l’impact des vols des proches qui viendraient inévitablement leur rendre visite les en a dissuadé. En ayant opté pour la Norvège, la jeune femme a tout de même conscience que son empreinte carbone est légèrement plus élevée qu’en France : « je prends d’avantage le train et on trouve moins facilement de produits bio, locaux et sans plastique en Norvège, mais je fais de mon mieux. »

Crédit photo : Unsplash / Balazs Busznyak

Compenser ses trajets en avion : croyance ou réalité ?

« Toutes les personnes et compagnies d’avion qui disent qu’on peut compenser son vol en avion mentent. » assène Thomas Wagner. « La littérature scientifique est très claire là-dessus : vous ne pouvez pas compenser un vol en avion ou un déplacement en voiture en plantant des arbres. »

Séverine suggère, de son côté, de calculer son empreinte carbone avec un calculateur du pays où l’on vit. « Il suffit de faire le test pour voir que l’avion a un impact significatif sur nos émissions » Compenser en plantant des arbres ou en adoptant quelques écogestes semble vain. Les seules solutions si on ne peut pas arrêter de prendre l’avion : réduire drastiquement son nombre de vols, et/ou réduire son empreinte carbone sur d’autres postes principaux d’émission, comme l’alimentation (régimes végétarien et végétalien) et la voiture.

Mais dire aux gens ce qu’ils devraient faire est rarement convaincant et efficace. « Je préfère incarner le changement et montrer que c’est possible » avance Séverine. « Certains de nos proches commencent à venir nous voir en train plutôt qu’en avion, en en profitant pour visiter d’autres pays au passage. Une fois qu’on a réduit son empreinte c’est l’effet ricochet qui a le plus d’impact : influencer les gens autour de nous. »

Néanmoins, les solutions individuelles ne suffisent pas, même si elles sont importantes. « On n’arrêtera pas le dérèglement climatique sans changements politiques permettant aux citoyens de tendre vers un mode de vie sobre. » conclut Thomas Wagner.

Crédit photo : Pexels / Ron Lach

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