Clélia Vierne
17 juillet 2026

Vieillir à l'étranger : quand la dépendance redessine la mobilité

En 2025, plus d'un million de retraités du régime général résidaient hors de France. Maroc, Portugal ou encore île Maurice, derrière ces destinations au soleil, une question que peu se posent avant de partir : que se passe-t-il lorsque le corps lâche loin de chez soi ?

Cet article fait partie du dossier Santé et protection sociale à l'étranger. Téléchargez l'intégralité de ce dossier au format PDF : Guide gratuit à télécharger : santé et protection sociale à l’étranger : 8/13

Katia El Alaoui, 70 ans, a quitté Cannes en juin 2025 pour Marrakech. Arrivée en France à six mois, elle y a grandi, travaillé, subi un accident du travail qui lui a valu une reconnaissance en invalidité — hernies discales cervicales et lombaires — et une prise en charge à cent pour cent. En partant, elle a dû reconstruire sa couverture depuis zéro. Son choix : s’affilier à la CNSS marocaine — la Caisse nationale de sécurité sociale, qui gère l’AMO (Assurance maladie obligatoire), équivalent local de l’Assurance maladie — et compléter avec Capitole, une mutuelle française, à 156 euros par mois. La CFE, organisme de sécurité sociale dédié aux expatriés, lui paraissait trop onéreuse. « Je ne suis pas la seule. Quand vous parlez avec des gens, beaucoup trouvent que c’est trop cher », dit-elle.

Un choix pragmatique mais risqué

Ce raisonnement, beaucoup le tiennent. Il comporte pourtant un risque sérieux. La CNSS couvre les soins courants, mais ses barèmes sont inférieurs aux standards français. Surtout, les mutuelles privées peuvent résilier un contrat quand le risque devient trop coûteux. Les assureurs commerciaux pratiquent la sélection médicale, appliquent des surprimes, excluent des pathologies. La CFE, elle, n’exclut personne.

Ce que la CFE couvre…

Elle propose deux produits aux retraités. « RetraitExpat Santé » — réservé à ceux justifiant d’au moins soixante trimestres de cotisation française, ou résidant dans un pays à convention bilatérale comme le Maroc — affiche un tarif fixe : 441 euros par trimestre pour une personne seule, 804 euros en famille. Pour ceux qui ne remplissent pas cette condition, « MondExpat Santé » offre une couverture mondiale, France incluse, mais à tarif progressif : 819 euros par trimestre à partir de 70 ans pour une personne seule, 1 461 euros en famille. Dans les deux cas, les remboursements sont plafonnés au tarif conventionné français — une complémentaire reste nécessaire pour couvrir les dépassements.

… et ne couvre pas

Ce que ni la CFE ni la Sécurité sociale ne couvrent à l’étranger, c’est la dépendance : aides à domicile, adaptation du logement, équivalent d’un EHPAD local. L’allocation personnalisée d’autonomie n’existe pas hors de France. Et quand la perte d’autonomie s’installe, le retour en France se révèle souvent impossible : certains n’ont plus de réseau familial sur le territoire, d’autres ont quitté la France depuis trop longtemps.

Ce vide est partiellement comblé par un ensemble de dispositifs consulaires, réels mais fragmentés. En 2025, 1 759 personnes âgées de l’étranger ont perçu une allocation de solidarité, versée par les consulats en priorité aux plus démunis. Ces aides peuvent être complétées lorsque la dépendance ou des frais médicaux élevés s’accumulent. Une allocation spécifique dite ADD-EHPAD permet également de financer en partie l’hébergement en établissement médicalisé local.

L’aide apportée par le tissu associatif

Au-delà des consulats, une centaine d’associations locales d’entraide et de solidarité reçoivent chaque année un soutien de l’État pour accompagner les Français les plus vulnérables. Des dispositifs réels, mais insuffisants face à l’ampleur du phénomène.

À cela s’ajoute une réalité plus sourde : l’isolement, et les batailles administratives qui l’accompagnent. Katia en sait quelque chose. Depuis son départ, elle se bat pour faire verser sa rente d’accident du travail sur son compte marocain. « Depuis janvier, trois trimestres se sont accumulés sans versement — près de trois mille euros retenus par la CPAM de Bobigny. » Courriers recommandés, relances téléphoniques quotidiennes, certificat de vie contesté, formulaires refusés : le dossier s’enlise.

C’est dans ce vide que s’engouffrent Français du Monde–ADFE et la FIAFE, présentes dans une soixantaine de pays, ainsi que des élus comme Ludovic Le Grand, conseiller des Français à l’étranger à Marrakech, qui gère désormais le dossier. C’est lui qui avait déjà permis, au terme d’une trentaine de recommandés, de transférer le dossier de la CPAM vers la CNSS.

Dossier Protection sociale - Juillet 2026

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