Dahvia Ouadia
9 janvier 2026

Voyager sans décoller : le périple de quatre étudiants Erasmus décidés à éviter l’avion

Ils sont partis étudier en Erasmus en Allemagne, en Norvège, au Japon et en Suède. Ils ont fait le choix de ne pas prendre l’avion pour leur séjour académique, par conviction environnementale mais aussi par goût du voyage. Noé, Charlotte, Lucas et Julie racontent leur périple et les raisons de ce choix.

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« J’aurais pu me rendre à Bergen (Norvège) en avion, mais l’impact carbone aurait été trop important. Ce séjour, c’était le bon moment pour agir concrètement. C’est pour ça que j’ai choisi le train », indique d’emblée Charlotte, étudiante à l’EM Normandie.

Pour son Erasmus, Noé, étudiant à l’ESEO, décide de se rendre à l’université d’Ulm, en Allemagne, à vélo. Un parcours de 380 kilomètres depuis Nancy qu’il a vécu comme « un défi autant sportif qu’écologique ».

Au-delà de cette conscience climatique, des étudiants choisissent aussi ce mode de transport alternatif par goût du voyage. C’est le cas de Julie, étudiante en architecture à l’ENSA PLV, qui a fait le choix extrême, avec d’autres camarades, de partir au Japon sans – presque – prendre l’avion.

Le trajet fait partie du voyage

Une aventure qui lui a pris un mois. « Ce projet est né d’une envie de réduire mon empreinte carbone, mais c’était aussi pour le plaisir de voyager. Prendre l’avion permet d’arriver plus vite, mais je trouvais dommage de ne pas visiter les différents pays qu’on traverse », estime Julie.

Résultat : elle traverse l’Europe en train jusqu’à la Géorgie, où elle fait des haltes de trois jours dans chaque pays, et reste même une semaine en Turquie et en Corée du Sud. « Au départ, on devait prendre le train qui traverse toute la Chine, mais on a quand même dû prendre l’avion pour se rendre en Chine », regrette Julie, preuve qu’un trajet comme celui-ci est fait d’imprévus.

Même motivation pour Charlotte, qui a profité de son trajet en train vers Bergen pour visiter différents pays. « Le voyage a duré huit jours. Je suis passée par Paris, Bruxelles, Cologne, Berlin, Hambourg, Copenhague, Göteborg et Oslo avant d’arriver à Bergen. Je suis restée aussi dans certaines villes un peu plus longtemps pour les visiter. »

Pour autant, tout n’est pas toujours rose quand on choisit un mode de transport alternatif. Noé a dû surmonter une véritable épreuve lorsqu’il s’est retrouvé seul au milieu de la Forêt-Noire enneigée. « Ce jour-là, j’avais 900 mètres de dénivelé à faire. Je commençais à sentir la fatigue et la solitude s’accumuler. J’ai choisi de passer par la Forêt-Noire, dans les montagnes. Je me suis retrouvé seul, dans la neige, incapable de grimper avec mon vélo, mes affaires trempées. Il fallait que je me sorte de là par moi-même. »

Il parvient à déterminer sa localisation sur son téléphone et décide de pousser son vélo jusqu’au sommet avant de poursuivre sa route. « C’était clairement l’aventure, surtout quand on est seul. Si on s’arrête, il n’y a personne pour nous pousser. C’était dur de vivre cet aller en solitaire, mais je suis content de l’avoir expérimenté. »

De son côté, Lucas, étudiant à Polytech Montpellier, est parti en Suède poursuivre un Erasmus depuis la Slovénie, où il effectuait un stage. « J’ai pris le bus de Ljubljana jusqu’à Copenhague, où je suis resté deux jours avant de poursuivre jusqu’à Lund University. J’ai fait ce choix par conviction environnementale plus que pour le mode de transport. J’ai eu 26 heures de bus, les paysages n’étaient pas très beaux. Mais ça m’a appris la patience. J’ai écouté de la musique et surtout j’ai planifié mon arrivée. »

Une organisation au cordeau

Car, quand on fait le choix de partir sans prendre l’avion, l’organisation doit être au cordeau. Noé, par exemple, avant son départ pour l’Allemagne à vélo, a envoyé une valise par colis pour n’avoir avec lui que le nécessaire — tente, quelques affaires, duvet, tapis de sol, réchaud. Il s’est aussi inscrit sur l’application WarmShowers, qui permet aux voyageurs cyclistes de dormir chez l’habitant gratuitement.

Charlotte, elle, a planifié son séjour deux mois à l’avance. « J’ai pris le pass Eurail — dédié aux étudiants — qui permet de visiter différentes villes en Europe. J’ai pris le pass première classe pour être sûre d’avoir un siège et un accès lounge pour me doucher entre deux trains si besoin. J’ai aussi réservé en amont tous les trains. »

Elle a également téléchargé une application dédiée aux femmes qui voyagent seules. « Je ne me suis jamais sentie en insécurité, mais ça demande beaucoup d’organisation et d’adopter de bons réflexes, comme avoir son téléphone chargé et noter à l’avance les lieux où l’on se rend et comment on s’y rend. »

Julie aussi a anticipé son voyage au Japon en réservant les transports et les logements en amont. « Dans certains pays, ce n’était pas réservable à l’avance, comme le train géorgien. » L’avantage pour la jeune femme est d’avoir prévu ce voyage à plusieurs. « On s’est réparti les tâches pour réserver les différentes parties du voyage. Pour les bagages, on a eu la chance d’avoir une personne qui partait au Japon en avion. Elle a pris une valise avec nos ordinateurs et nos vêtements d’hiver. »

Ce choix de transport peut cependant avoir un coût. Julie a dû financer seule son voyage, qui lui a coûté 1 500 euros. Lucas, lui, a pu bénéficier d’une prise en charge. « Mon école a financé le trajet et j’ai eu un bonus Erasmus. Pour la Suède, au lieu de toucher une bourse de 350 euros par mois, je touche 550 euros. Il y a un vrai effort qui incite aussi à choisir ce type de déplacement. »

Dossier Etudier à l'étranger - Janvier 2026

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