Anne-Florence Salvetti
7 mai 2026

Retour en France pour se faire soigner : un réflexe bien français ?

Retourner en France pour ses soins médicaux, c’est le choix que font certains Français de l’étranger, lors de vacances ou de séjours prévus à cet effet. S’il s’agit d’une nécessité économique pour certains, pour d’autres l’impression de gratuité des soins français est source de tensions avec les soignants. Quels facteurs entrent en jeu dans la décision de se faire soigner en France ?

« J’ai dépensé £800 pour ne pas me faire soigner »

Offre de soin plus vaste ou qualitative en France, coûts moins élevés, délais d’attente plus courts, confiance dans le corps médical français, les raisons diffèrent pour ceux qui choisissent de revenir se faire soigner dans leur pays d’origine. Pour Sophia, qui vit au Royaume-Uni depuis quelques années, c’est un mélange de ces raisons qui l’ont poussée à voir un dentiste en France.

« J’ai fait un abcès dentaire qui m’a amené à consulter un dentiste britannique en urgence. Les délais d’attente dans le public sont de plusieurs années, j’ai donc dû voir un dentiste privé. » Dès lors, les coûts ont commencé à s’accumuler. « J’ai dû verser un acompte de 100 livres pour confirmer le rendez-vous. Le coup de scalpel dans la gencive m’a coûté 400 livres supplémentaires. Il m’a demandé d’aller voir un spécialiste pour confirmer le diagnostic, 200 livres de plus. Et encore 100 livres pour discuter des résultats et me faire un devis. Pour ne pas me faire soigner, j’ai donc dépensé 800 livres. »

À la réception du devis du dentiste, Sophia se rend compte que la procédure qui l’attend est hors de prix. « 5 000 livres à payer d’avance pour une extraction de molaire et un implant. Le tout non remboursé par ma mutuelle, avec une demande de financement refusée car je n’étais pas dans le pays depuis assez longtemps. » Elle décide alors de contacter son ancien dentiste français qui confirme le diagnostic et lui fait un devis de 2 300 euros. Cotisant à la Caisse des Français de l’étranger (CFE), elle bénéficie toujours d’une mutuelle française, et elle calcule rapidement qu’un aller-retour à Paris ne lui coûtera que 70 euros. Sa décision est prise.

Crédit photo : Pexels / Pavel Danilyuk

Le point de vue d’une médecin généraliste

De l’autre côté du spectre, les professionnels de santé français ne voient pas toujours d’un bon œil ces Français qui reviennent au pays pour se faire soigner. Cassandre est médecin généraliste dans le Nord de la France et a parfois des demandes de suivi par des patients vivant à l’étranger. « Une patiente qui travaille en Suisse voulait que je la suive en visio. Elle ne trouvait pas de médecin disponible dans sa région, et mon prédécesseur la suivait quand elle vivait ici. »

Cassandre lui suggère alors de consulter un médecin en Suisse. « Ah non, c’est super cher, hors de question que je paye pour une consultation ! » répond la patiente. Pour la médecin généraliste, ce genre de remarques est dégradante envers les soignants et le système de soin français. « On nous considère comme du soin gratuit car on a la chance d’avoir le remboursement en France. »

Elle évoque également un couple de patients vivant en Inde, qui considèrent là encore que le soin français est un acte gratuit. « Ils ne veulent pas avoir à faire à des médecins indiens qu’ils jugent incompétents, et veulent que je renouvelle leurs ordonnances par visio alors que je ne peux pas leur faire d’examen clinique, pourtant nécessaire pour cette prise en charge. » Au moment de payer 30 euros pour la consultation, ils refusent. « Hors de question, on n’a pas de sécu française ! »

Crédit photo : Pexels / Pavel Danilyuk

Un privilège qui a un prix

En posant des jours de congé et en opérant une gymnastique logistique, Sophia a pu se faire retirer sa dent douloureuse en France. « Depuis, je n’ai toujours pas mon implant car je peine à trouver du temps pour voyager, et prévoir les allers-retours en fonction des disponibilités du dentiste est compliqué. Il faut aussi que je fasse des analyses sanguines avant, et depuis l’étranger c’est cher et complexe. Je n’ai plus mal donc c’est moins urgent, même si le trou me gêne. Mais au moins, il n’est pas visible ! »

Elle ne prévoit donc la pose de cet implant qu’à son retour définitif en France, au plus tôt en 2028. Pour les soins dentaires plus basiques, elle consulte tout de même un dentiste britannique, dans le privé. « C’est cher, mais bon… » Pour Sophia, qui cotise à la CFE, le choix de la France comme terre de soins ne se fait pas dans une optique de gratuité absolue.

D’autres patients, cependant, semblent voir la France comme un eldorado médical gratuit. « Je pense que les gens qui vivent à l’étranger se rendent compte de la chance que c’est d’être soigné en France, mais ramènent parfois le soin à quelque chose de consommable qu’on ne paye pas. » regrette Cassandre. Pourtant, derrière cette illusion de gratuité se cache un système solidaire dont le coût réel est souvent méconnu des Français.

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