Hélène Corbie
11 mars 2026

L’Université Mohammed VI Polytechnique, laboratoire du futur marocain

À Benguerir, au nord de Marrakech, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) s’est imposée en moins de dix ans comme un acteur singulier du paysage académique marocain. Créée en 2015 à l’initiative du groupe OCP, entreprise publique et pilier de l’économie nationale dans le secteur des phosphates, l’université s’inscrit dans une stratégie de long terme : investir dans le capital humain pour accompagner la transformation économique du pays.

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Former une élite sans barrière sociale

L’UM6P repose sur un modèle combinant sélectivité académique et soutien financier massif. Environ 80 % des étudiants bénéficient d’une bourse, et 60 % sont entièrement pris en charge (frais de scolarité, logement, restauration). « On sélectionne sur deux critères essentiels : le potentiel académique et le revenu du ménage », précise Ahmed Benzzi, Directeur du Lycée Mohammed VI D’excellence et acteur clé de cet écosystème. L’ambition est claire : faire de l’UM6P et de son lycée d’excellence des ascenseurs sociaux, ouverts à tous les territoires du royaume, « de Tanger à Lagouira, d’Oujda à Rabat ».

Au total, près de 8 800 étudiants sont inscrits dans les différentes structures de l’université et de ses programmes associés. Le campus principal de Benguerir concentre les activités de recherche appliquée et les disciplines scientifiques. Il accueille également plusieurs plateformes expérimentales : ferme agricole, mine pilote, Green Energy Park, incubateur StartGate et laboratoires spécialisés en chimie ou en agritech.

L’université est aujourd’hui présente sur huit sites. À Rabat, un campus multithématique regroupe la Faculté de gouvernance, la business school et un centre dédié à l’intelligence artificielle. À Laâyoune, l’ASARI travaille sur les enjeux agricoles du Maroc et du continent africain. Les écoles de codage 1337 et YouCode, gratuites, sont implantées dans plusieurs villes afin de favoriser l’inclusion numérique et l’employabilité. À Casablanca, un pôle dédié aux start-up et à l’innovation est en développement.

Les filles marocaines au cœur du modèle

Ancien haut responsable du ministère de l’Éducation nationale, Ahmed Benzzi porte un regard lucide sur le système éducatif marocain : « Le maillon le plus faible, c’est la jeune fille marocaine, surtout en milieu rural ». Au sein du lycée d’excellence adossé à l’UM6P, la dynamique est radicalement inversée. « Aujourd’hui, près de 79 % de nos élèves sont des filles », souligne-t-il. A l’université, elles sont encore un peu plus de 50%. Sans le cadre offert par cet écosystème, nombre d’entre elles auraient quitté l’école prématurément. Distance géographique, précarité, pression sociale : pour beaucoup, l’accès au lycée reste un parcours semé d’obstacles. « Sans place en internat, beaucoup seraient sorties du système scolaire, placées dans des familles où elles auraient été exploitées ou auraient dû faire face à des mariages précoces », commente Ahmed Benzzi.

La fuite des cerveaux… dans l’autre sens

Longtemps, les talents marocains ont quitté le pays pour étudier ou faire de la recherche à l’étranger. L’UM6P revendique aujourd’hui un mouvement inverse. « Avant, nos jeunes partaient en France, en Allemagne, aux États-Unis ou au Canada. Aujourd’hui, ils reviennent », constate Ahmed Benzzi.

Ce retournement concerne aussi une nouvelle génération de franco-marocains, souvent nés en France, qui choisissent de venir étudier au Maroc après le lycée. « Ce n’était pas une volonté préméditée, c’est venu naturellement », explique-t-il. En cause : un environnement académique attractif, des infrastructures modernes et des enseignants venus du monde entier. « Dans l’acte pédagogique, il y a trois piliers : l’élève, le professeur et l’environnement. Quand les trois sont réunis, les élèves suivent » sourit le directeur.

Une université tournée vers l’Afrique et le monde

L’UM6P se positionne aussi comme hub académique africain. « Sa Majesté le Roi a toujours dit que le Maroc a ses racines en Afrique » souligne Ahmed Benzzi. L’université accueille des étudiants issus de 40 nationalités différentes, qui représentent 10% de leurs effectifs et dont une part croissante sont des jeunes venus d’Afrique subsaharienne. A noter que les bourses d’études sont également ouvertes à tous, sans distinction d’origine.

Des échanges ont été mis en place avec des universités étrangères et l’UM6P a également ouvert des antennes à Paris, au Canada et à New York, dédiées à la recherche, à la formation exécutive et à l’entrepreneuriat. Une Digital Farming School doit également voir le jour à Yamoussoukro en 2026 pour former des étudiants africains en agritech.

Un modèle qui a fait ses preuves

Pour Ahmed Benzzi, l’UM6P a démontré qu’un autre modèle éducatif est possible.  « Le modèle est là, il marche », affirme-t-il. « Il est souhaitable que les autres grandes entreprises marocaines s’en inspirent. Peut-être pas à la même échelle, mais ce modèle peut faire beaucoup de bien au pays » lance le directeur.

L’UM6P aligne ses priorités académiques sur les besoins stratégiques du pays : recherche sur les énergies renouvelables, gestion de l’eau, agriculture de demain… « Si on réussit ces trois chantiers, la mission est plus que remplie », estime Ahmed Benzzi, convaincu que la puissance d’un pays se construit aussi dans ses laboratoires.

Dossier Maroc - Mars 2026

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