Français à l’étranger : Qu’est-ce que la Mission Laïque Française aujourd’hui ?
Jean-Marc Merriaux : Aujourd’hui, nous scolarisons 60 000 élèves dans le monde, sous différents statuts d’établissements – pleine responsabilité ou partenaires – dans une trentaine de pays. Le chiffre demeure stable ces dernières années, en dépit d’ouvertures et de fermetures d’écoles d’entreprises. Nous restons sur une dynamique marocaine marquée, avec un peu d’essoufflement dans la croissance en Europe. Notre spécificité demeure de scolariser beaucoup d’élèves locaux ou internationaux, ce qui nous confère un rôle spécifique dans le panorama de l’enseignement français à l’étranger. Avec des attentes des parents qui peuvent être différentes de celles des Français expatriés.
L’association repose initialement sur une mission d’utilité publique : accompagner les pays qui ont besoin d’enseignement. La MLF s’inscrit dans une approche de promotion de la culture et de la langue française. Le dernier rapport de l’Organisation internationale de la francophonie souligne que la question de la langue française est absolument primordiale, avec une grande partie des francophones qui seront sur le territoire africain dans les années à venir.
FAE : Quels sont les défis auxquels la MLF doit faire face aujourd’hui ?
J.-M.M. : Le contexte de l’environnement de l’enseignement international a totalement changé en 25 ans. On peut estimer qu’il y a une vraie progression du nombre d’élèves inscrits dans l’enseignement français à l’étranger : nous sommes passés de 230 000 élèves il y a 25 ans à 400 000. Mais en parallèle, moins d’un million d’élèves étaient scolarisés dans un environnement anglo-saxon, alors qu’ils sont aujourd’hui 7 millions. Les parents regardent l’ensemble de ces évolutions et les apports potentiels d’un modèle par rapport à un autre.
La MLF a également traversé une crise financière ces dernières années. Elle n’est pas totalement dernière nous, mais nous avons relevé le défi et utilisé un certain nombre de leviers pour retrouver une capacité financière. Nous sentons cependant que certains éléments sont fragiles. Nous devons donc renforcer notre attractivité pour construire un modèle français international pour demain.
FAE : Justement, comment répondre à ces enjeux ?
J.-M.M. : Le modèle français repose sur une approche académique qui a fait ses preuves. Mais nous devons aussi répondre aux attentes qui évoluent : le rapport à la famille, le bien-être de l’élève, etc. Par ailleurs, plus que jamais, les enjeux de plurilinguismes et d’inter culturalité doivent être au cœur de notre modèle. Au Maroc, la question de la langue arabe est centrale et cruciale. D’où le choix de recruter un coordinateur de langue arabe.
Par ailleurs, l’enseignement supérieur, les grandes écoles ou les acteurs internationaux du post-bac, recherchent aujourd’hui des compétences psychosociales, des soft skills. On ne peut pas dire que le modèle français soit le plus à la pointe en matière de valorisation de ces compétences. Si nous n’intégrons pas ces approches, nous continuerons sûrement à scolariser des élèves expatriés pour la continuité pédagogique, mais les autres populations iront ailleurs. Aussi, nous travaillons par exemple sur la culture du débat, la capacité à pouvoir construire et formaliser.
Nous avons ainsi créé de nouveaux référentiels dans le cadre de notre stratégie MLF 2030, avec également la prise en compte des enjeux de l’enseignement numérique. Nous avons impliqué les familles et l’ensemble des acteurs de l’écosystème dans cette démarche co-construite depuis plus de trois ans, dans une approche très marketing. Nous sommes dans une démarche de test et d’accompagnement des établissements. Au Maroc nous expérimentons par exemple les maternelles trilingues.
FAE : Prévoyez-vous de restructurer le réseau ?
J.-M.M. : Nous devons nous déployer sur d’autres territoires, notamment sur le continent africain où les enjeux et la demande sont très forts. Pour cela, il faut retrouver des capacités à investir.
En parallèle, il y a une redéfinition de ce qu’est l’enseignement français en Europe : nous avons accompagné l’Espagne quand elle en avait besoin, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Nous sommes donc dans un processus de cession de certains établissements. Des acteurs sont intéressés. Nous souhaitons une continuité sociale, pour le personnel, pédagogique (dans l’enseignement français), et partenariale (qu’ils restent partenaires de la MLF). C’est une autre forme d’accompagnement des établissements pour nous. Et cela nous permettra de lancer de nouvelles dynamiques.
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