Salomé Hénon Cohin
12 septembre 2025

Retraites en France et en Allemagne, même combat

En Allemagne, le vieillissement de la population et la hausse des dépenses sociales poussent le gouvernement à envisager une nouvelle réforme des retraites. Un sujet moins explosif qu’en France, malgré une situation comparable.

Cet article fait partie du dossier L'Allemagne de 2025, un pays stable en profonde mutation. : 7/13

C’était l’une de ses promesses de campagne: le nouveau chancelier conservateur Friedrich Merz compte s’atteler au sujet des retraites, dans un pays où la population vieillit vite, et où les actifs ne cotisent plus assez pour leurs aînés. On estime qu’en 2035, il n’y aura plus que 80 % du nombre actuel de cotisants. Une situation critique, qui aurait pu être anticipée selon Bernd Raffelhüschen, professeur en finances et en politiques sociales à l’université de Fribourg: « Le vrai problème, c’est que les retraités touchent leur pension de plus en plus longtemps. Avant, on travaillait 45 ans pour toucher 10 ans de retraite. Aujourd’hui, on travaille 40 ans et on touche 20 ans de retraite. »

Un système allemand semblable au français

Outre Rhin, le système de retraite est contributif et par répartition, géré par l’État: les actifs cotisent chaque mois, et ces cotisations sont immédiatement utilisées pour payer les retraites actuelles. « Le système de retraite allemand est un pur système par répartition. Il ne repose sur aucune forme de redistribution. Le pauvre reste pauvre, le riche reste riche » selon Bernd Raffelhüschen. Les retraites complémentaires d’entreprise (berufliche Altersvorsorge) sont de plus en plus fréquentes, mais pas obligatoires. Il n’y a pas ou peu de capitalisation ni de réserve, contrairement à certains modèles scandinaves.

Alors pour éviter que l’écart entre les actifs et les retraités ne se creuse davantage, le gouvernement de Merz envisage une grande réforme: à partir du 1ᵉʳ janvier 2026, les retraités qui choisissent de continuer à travailler après 67 ans pourront obtenir jusqu’à 2 000€ de revenus supplémentaires, le tout totalement exonéré d’impôt.

Les expatriés encouragés à capitaliser

Le débat sur l’introduction partielle de capitalisation pour les jeunes reste ouvert. Car le gouvernement pousse à diversifier les revenus de retraite via l’épargne personnelle. « En Norvège, en Suède et au Danemark » des pays qui misent sur la capitalisation, « il n’y a aucun problème de financement des retraites – bien qu’ils aient les mêmes soucis démographiques » explique Bernd Raffelhüschen. Le professeur ajoute aussi que « l’Allemagne et la France ont dormi pendant 30 ans. La capitalisation aurait été une solution… si on l’avait lancée à temps. » Il estime que les jeunes générations doivent cumuler répartition et capitalisation pour un équilibre durable.

L’âge légal repoussé à 70 ans?

Pendant la campagne, le candidat Merz avait promis de ne pas repousser l’âge légal de départ à 70 ans. « Et maintenant il est coincé » regrette Bernd Raffelhüschen: « il faudrait le repousser dès maintenant, comme cela une partie des baby-boomers pourrait continuer à travailler et donc, à cotiser… sinon, cela ne sert à rien du tout ». Un point qui pourrait faire basculer l’opinion.

Dossier Allemagne - Septembre 2025

share Partager

Destinations au banc d'essai

Link, l'incubateur le plus français de la Silicon Valley indienne

Fondé à Bangalore il y a plus de dix ans par une entrepreneuse française, l'accélérateur de startups Link est devenu un passage obligé pour les entreprises françaises souhaitant s'implanter en Inde. Entre mise en réseau, préparation au marché local et accompagnement sur le terrain, son modèle a fait ses preuves, au point d'attirer l'attention d'Emmanuel Macron.

Destinations au banc d'essai

En Inde, le système D érigé en philosophie : bienvenue dans le monde de jugaad

Des bidonvilles de Bombay à l'agence spatiale indienne, une même philosophie nourrit la culture indienne de l’innovation : le jugaad, ou l'art de trouver des solutions ingénieuses avec des moyens limités.

Destinations au banc d'essai

Make in India : les défis de l'industrialisation

Lancé en 2014 par Narendra Modi, le programme Make in India devait transformer le pays en puissance manufacturière. Dix ans plus tard, la part de l'industrie dans le PIB stagne, l'emploi formel reste minoritaire et la dépendance vis-à-vis de la Chine n'a jamais été aussi forte. Portrait d'un chantier inachevé.

Destinations au banc d'essai

Ambitions indiennes : le pari de la révolution de l’IA

Lors du sommet de New Delhi en février 2026, la tech mondiale a unanimement reconnu que le sous-continent indien ne se contente plus de suivre le mouvement, mais s’impose désormais comme le pivot central de la mutation technologique globale liée à l’IA.

Destinations au banc d'essai

Un pays-continent… et une nouvelle puissance économique ?

Sixième économie mondiale, marché de 1,4 milliard d'habitants, carrefour géopolitique incontournable : l'Inde fascine. Mais entre la promesse et la réalité, le fossé reste profond. Pour les investisseurs français, le pays demeure un pari à long terme, aussi séduisant que périlleux.