Cyrille Charpentier
3 juin 2026

Ambitions indiennes : le pari de la révolution de l’IA

Lors du sommet de New Delhi en février 2026, la tech mondiale a unanimement reconnu que le sous-continent indien ne se contente plus de suivre le mouvement, mais s’impose désormais comme le pivot central de la mutation technologique globale liée à l’IA.

Cet article fait partie du dossier L'Inde, le pays roi de l'innovation : 2/12

New Delhi // Pour Narendra Modi, le Premier ministre indien, l’AI Impact Summit est bien plus qu’un énième salon international. Avec la présence de près de 600 000 visiteurs, 22 chefs d’État, 45 délégations ministérielles et les patrons de Google, OpenAI et Microsoft, ce sommet doit être la vitrine d’une Inde moderne. Il se tient dans le Bharat Mandapam, un immense centre de conférence inauguré en 2023, dont les formes ultra-futuristes font penser à une soucoupe volante.

Toute la fine fleur de la tech mondiale s’est donc retrouvée à New Delhi pour définir les contours d’un futur cadre international pour l’IA. Une révolution technologique et industrielle à laquelle la France compte bien participer. Emmanuel Macron, invité d’honneur du sommet, a d’ailleurs lancé quelques jours auparavant, aux côtés de Narendra Modi, l’Année de l’innovation franco-indienne. L’occasion pour le président français de plaider pour plus de coopération entre les deux pays : « Il existe une voie pour l’innovation, l’indépendance et l’autonomie stratégique. Et cette voie est celle que des pays comme la France et l’Inde doivent emprunter ensemble. » Un message destiné aux investisseurs indiens, mais aussi aux 110 entreprises qui accompagnaient la délégation française.

Un marché à l’échelle d’un pays-continent

Le marché indien de l’IA pèse déjà 1,7 milliard de dollars, progresse de plus de 30 % par an et pourrait recevoir 45 milliards de dollars d’investissements en 2026. L’Inde attire donc les entrepreneurs français, surtout grâce à une population de près de 1,5 milliard d’habitants, dont 65 % ont moins de trente ans. BlaBlaCar, la célèbre plateforme de covoiturage, a été une des premières startups à avoir tenté l’aventure indienne. Présente en Inde depuis 2015, le pays est devenu son premier marché mondial. 

Ce succès repose sur plusieurs facteurs : une classe moyenne en pleine expansion, un parc automobile qui a quasiment triplé en dix ans, des autoroutes construites à marche forcée et une population massivement connectée. « En Inde, le covoiturage n’est pas perçu comme un mode de transport de backpacker, précise Benjamin Retourné, directeur produit de BlaBlaCar. C’est une alternative confortable et fiable pour voyager entre deux villes, là où le train est saturé et le bus pénible. » Le pays réalise par ailleurs des bonds technologiques considérables. Il a par exemple adopté un système de paiement instantané sans jamais réellement passer par l’étape de la carte bancaire. « Ils ne sont pas en train de rattraper leur retard, ils sont déjà en train de le dépasser », observe Benjamin Retourné.

Benjamin RETOURNÉ - Chief Product Officer Blablacar - © Arnaud Vilette César

Benjamin RETOURNÉ – Chief Product Officer Blablacar – © Arnaud Vilette César

Gleamer, start-up française d’IA spécialisée dans l’imagerie médicale, veut elle aussi miser sur ce potentiel. Son produit phare, BoneView, détecte fractures et luxations sur des radiographies en quelques secondes. Une valeur ajoutée considérable dans un pays où la pénurie de radiologues est telle que la plupart des clichés réalisés aux urgences ne sont jamais revus par un spécialiste. « Quand on a trop de radiographies à analyser, l’œil humain ne peut plus suivre, constate Pierre Haddad, directeur commercial. C’est là où l’IA vient apporter sa seconde lecture, comme un filet de sécurité. » 

L’Inde, futur Eldorado des startups françaises ?

La présentation de Gleamer dans les locaux de l’AIIMS, le plus grand hôpital universitaire du pays, constitue un des moments forts de la visite officielle. « On a surfé sur la vague de la venue du président pour obtenir des rendez-vous avec les plus grands établissements du pays, qu’on n’aurait probablement pas eus sans ce déplacement, » se félicite Pierre Haddad. 

Shark Robotics, PME rochelaise qui fabrique des robots anti-incendie, ne veut pas non plus rater l’occasion de trouver de nouveaux clients en participant au sommet. Pour Bruno Cruchant, directeur des affaires publiques, la croissance urbaine indienne génère des risques industriels qui dépassent les capacités actuelles des pompiers locaux. Alors que la société a déjà vendu neuf unités dans le pays, ce marché s’annonce prometteur. « Dans un contexte où vous avez davantage d’entrepôts ou de raffineries parfois proches d’habitats très denses, les véhicules traditionnels ne peuvent pas toujours intervenir suffisamment vite », analyse Bruno Cruchant.

Bruno Cruchant, directeur des affaires publiques de Shark Robotics à l’IA Summit

Bruno Cruchant, directeur des affaires publiques de Shark Robotics à l’IA Summit

Plusieurs mois après la clôture du salon, la grande majorité des entreprises se félicitent d’y avoir participé. Même si tous les contrats espérés ne sont pas toujours concrétisés, beaucoup ont pu poser les premiers jalons de futures collaborations. « Quand on voit une ville comme Bangalore, confie Pierre Haddad, on sent qu’un hub mondial de l’IA est en train de naître sous nos yeux. C’est proprement bluffant. »

Dossier Inde - Juin 2026

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