Vie pratique
Partir en famille : la place difficile du parent au foyer
Certains Français partent s’installer à l’étranger avec partenaire et enfants, alors que leur cocon familial est déjà bien développé. Quelles sont les risques spécifiques liés à cette configuration ?
Partir avec un bagage solide
S’installer à l’étranger avec des enfants est, la plupart du temps, une décision mûrement réfléchie et longuement préparée. Astrid, qui a rejoint son mari — un combattant professionnel de MMA — en Thaïlande, a eu tout le loisir de se préparer à ce changement.
« Il m’en avait parlé dès notre rencontre, il y a quinze ans », confie-t-elle. « Mais pour d’autres familles, le projet se met en place sur une période bien plus courte, parfois seulement quelques mois ou un an avant le départ. »
C’est ce qu’il s’est passé pour Fanny et sa famille, ce qui n’a toutefois pas occasionné de difficultés. « Notre départ a été assez spontané, on n’a pas vraiment eu le temps d’y réfléchir. Mais nous n’avons pas traversé plus de difficultés que lors de notre quotidien en France ».
La Française installée aux États-Unis se demande même s’il est bon de trop planifier et de se préparer à des conflits conjugaux. « Cela peut être une épreuve pour le couple mais est-ce vraiment l’expatriation en soi qui est la cause ? S’il y a un problème de fond, les problématiques seraient peut-être arrivées plus tard dans un autre contexte, sous une autre forme. »

Quand le couple explose
C’est justement ce qui est arrivé à Marie, arrivée en famille aux États-Unis il y a 7 ans. « On est arrivés sur une base déjà en souffrance mais on a pensé que l’expatriation allait redonner un souffle à notre couple. » En réalité, ce départ a empiré la situation. « On a amené tous nos bagages émotionnels de problématiques non résolues, et l’expatriation est venue amplifier les failles et les blessures. »
Être loin de ses proches et de ses repères peut fragiliser les individus. « Il faut être vraiment en cohésion avec son partenaire pour que le couple n’explose pas. » Mais, même si son couple n’a pas survécu à cette installation à l’étranger, Marie apporte une note d’espoir. « La bonne nouvelle c’est qu’on peut tout reconstruire, parfois même en mieux ! La quête de moi-même a été mon cheminement, comme si c’était écrit. »

Le cas des « suiveurs » devenus parents au foyer
Une situation fréquente dans le cas de l’expatriation en famille est que l’un des partenaires, bien souvent la femme, suit l’autre. Sans visa de travail, sans emploi qui l’attend à l’arrivée, le « suiveur » peut se retrouver désœuvré, sans repères, sans liens sociaux autres que de s’occuper des enfants. « Si l’un des deux se retrouve mère ou père au foyer plus ou moins contre son gré, la dynamique du couple peut s’en trouvée déséquilibrée » met en garde Pascal Reuillard, psychologue expatrié depuis plus de 25 ans.
Astrid vit bien cette situation, qui permet à ses enfants d’avoir une meilleure qualité de vie et d’éducation, mais elle croise parfois d’autres expatriées qui se sont senties obligées de suivre leur compagnon. « La femme peut perdre son identité personnelle, devenir uniquement femme et mère de, perdre également son identité professionnelle, son lien social, son autonomie, notamment financière. Et il y a souvent de l’incompréhension de la part du partenaire, qui considère que l’autre a le luxe de ne pas travailler. »

Le vécu des enfants
Le couple doit faire face aux nouveautés, bouleversements et perte de repères liés à leur nouvelle vie, mais les enfants affrontent les mêmes problématiques. « L’enfant peut mal vivre cette transition et il faut être disponible pour lui alors que la situation est déjà difficile pour nous. Souvent, tu n’as pas de « village » pour t’aider, les parents sont alors seuls dans leur parentalité. » regrette Astrid. Un vécu difficile de la part des enfants peut accroître les tensions dans le couple, où un fossé a déjà pu se creuser.
Heureusement, ce n’est pas un passage obligé. « Le départ peut aussi resserrer les liens familiaux » rassure Pascal Reuillard. « Toute la famille se retrouve dans le même bateau et peut avoir tendance à s’entraider davantage pour faire face à l’inconnu et à la nouveauté. » Le psychologue souligne toutefois qu’il est important pour le couple de réussir à se dégager du temps sans enfants : « les faire garder un soir pour aller au cinéma, au restaurant, dans un hôtel… »
Pour Astrid, le plus important est de communiquer ses ressentis et de laisser la place à l’autre de s’exprimer sans jugement. « Même si on vit ensemble, on ne vit pas forcément l’expatriation de la même façon. C’est un compromis permanent, il faut s’adapter aux besoins de l’autre et réajuster les choses pour trouver un équilibre sur le long terme. »

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