Tribune
Réformons la représentation des Français de l’étranger
Bonne année 2026 à toutes et à tous, où que vous viviez dans le monde. Une année que nous souhaitons heureuse, prospère et, surtout, sûre. Car le monde dans lequel elle s’ouvre n’est plus celui des certitudes d’hier.
La globalisation dite « heureuse » appartient désormais au passé. Les lignes géopolitiques se durcissent, les zones d’influence se reconstituent, et ce que l’on doit bien appeler le retour de nouveaux empires alimente des tensions internationales durables.
Pour les Français de l’étranger, ces évolutions ne sont pas abstraites : elles affectent directement leur sécurité, leur mobilité et parfois leur stabilité même.
Être entendus pour être défendus
Dans un monde instable, être protégé, c’est d’abord être représenté de manière audible et efficace.
Or 2026 est une année décisive. Elle verra le renouvellement des conseillers des Français de l’étranger, de l’Assemblée des Français de l’Étranger, ainsi que de la moitié des sénateurs représentant les Français établis hors de France.
À un an des élections présidentielles — et sans doute législatives —, 2026 offre, par la densité même de son calendrier électoral, une occasion rare: celle d’une réflexion de fond sur la représentation politique des Français de l’étranger. Une occasion qui ne se représentera pas de sitôt.
Une richesse institutionnelle… ou une complexité excessive ?
La France dispose d’un dispositif de représentation unique au monde :
- 443 élus de proximité, les conseillers des Français de l’étranger, élus dans 90 circonscriptions pour siéger dans les conseils consulaires ;
- une Assemblée des Français de l’Étranger, rassemblant 90 conseillers élus par et parmi ces élus au sein de 15 circonscriptions ;
- 11 députés, élus dans 11 circonscriptions législatives ;
- 12 sénateurs, élus par moitié tous les trois ans.
Cette richesse est incontestable.
Mais il est légitime de s’interroger : cette architecture n’est-elle pas devenue excessivement sophistiquée, au point de diluer la responsabilité, la lisibilité et, in fine, le poids politique des Français de l’étranger ?
Les chiffres de la participation électorale sont éloquents :
– environ 17 % en 2014 lors des élections consulaires,
– 15 % en 2021, malgré le contexte particulier de la crise sanitaire.
Plus inquiétant encore, beaucoup de Français de l’étranger ne savent ni précisément ce que font leurs élus, ni à quel niveau s’adresser.
Une représentation incomprise est une représentation fragilisée.
Le cœur du problème : une représentation essentiellement consultative
Le nœud du sujet est là.
L’Assemblée des Français de l’Étranger n’est pas une assemblée décisionnelle. Elle est strictement consultative. Il en va de même pour les conseils consulaires.
Ces instances émettent des vœux, des avis, des recommandations, mais ne disposent pas de véritables leviers pour :
- engager des politiques publiques, notamment en matière de rayonnement et d’influence de la France ;
- imposer des priorités ;
- évaluer l’action de l’État à l’égard des Français de l’étranger ;
- interpeller de manière effective l’ensemble des ministères concernés, en France comme à l’étranger.
Alors même que le nombre d’inscrits est comparable, il est frappant de constater que le débat public national accorde infiniment plus d’attention au Conseil de Paris qu’à l’Assemblée des Français de l’Étranger, dont l’écho demeure quasi inexistant.
Et pourtant, les enjeux de la diaspora française sont loin d’être marginaux pour un pays dont le rayonnement international s’érode.
2026: poser les bases d’une réforme politique, pas cosmétique
Si nous voulons une représentation utile, la réforme devra être assumée politiquement. Elle ne sera pas immédiate, mais 2026 peut en constituer la genèse. Cette réflexion devrait s’articuler autour de trois piliers.
Des compétences réelles, notamment en matière d’évaluation
Les représentants des Français de l’étranger doivent pouvoir aller au-delà du simple avis.
Ils doivent disposer d’une véritable capacité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques qui les concernent, notamment par la possibilité de:
- mandater des corps d’inspection, comme la Cour des comptes,
- solliciter des études de l’INSEE,
- proposer des commissions d’enquête ou des missions d’évaluation ciblées.
Il s’agit de passer d’une représentation symbolique à une représentation capable d’agir, d’évaluer et d’exiger des résultats.
À ce titre, de véritables moyens pourraient être décentralisés, notamment au niveau des conseils consulaires, en particulier pour l’aide aux Français en difficulté.
Une légitimité démocratique renforcée et plus lisible
La question de la légitimité est centrale.
Il faut d’abord simplifier. Avoir 11 circonscriptions pour l’élection des députés et 15 pour l’élection des conseillers à l’AFE est absurde et contribue directement à la confusion.
Il faut ensuite redonner de la respiration démocratique, en élargissant massivement le corps électoral sénatorial.
Aujourd’hui, les 12 sénateurs des Français de l’étranger sont élus par un collège d’un peu plus de 500 grands électeurs, incluant… les sénateurs eux-mêmes.
À titre de comparaison, la ville de Paris — qui compte un nombre d’inscrits sur les listes électorales comparable à celui des Français de l’étranger — élit également 12 sénateurs, mais ceux-ci sont choisis par près de 3 000 grands électeurs.
Cette disproportion fragilise la légitimité démocratique de la représentation des Français de l’étranger.
Il est impératif d’élargir très fortement ce corps électoral, sans doute dans un rapport de 1 à 6, afin d’établir une meilleure assise.
La question d’une élection directe de l’AFE, potentiellement en circonscription unique, mérite également d’être posée sans tabou.
Enfin, pourquoi ne pas ouvrir le débat sur la reconnaissance des Français de l’étranger comme une véritable collectivité extraterritoriale, explicitement reconnue par la Constitution?
Après tout, seraient-ils moins légitimes que les Français de Saint-Barthélemy ou de Wallis-et-Futuna, mentionnés à l’article 72-3 ?
Des moyens redéployés, pas empilés
La réforme devra se faire à moyens constants.
Il ne s’agit pas de créer de nouvelles charges, mais de redéployer intelligemment l’existant :
- réallocation de moyens d’étude et de prospective,
- meilleure articulation avec les budgets existants comme ceux liés à l’enseignement français à l’étranger, au rayonnement culturel …
- réflexion sur l’affectation partielle des impôts déjà acquittés par les Français de l’étranger (TVA, CSG, taxe d’habitation sur la résidence de repli, impôt sur le revenu de source française, IFI) aux politiques qui les concernent directement.
Mon vœu pour 2026
Pour cette nouvelle année, le vœu est simple mais exigeant :
que la France ait le courage d’engager le débat sur la transformation de la représentation des Français de l’étranger, afin de la rendre plus lisible, plus légitime et plus efficace.
Dans un monde plus dur, nos compatriotes à l’étranger ont besoin d’institutions solides, audibles et responsables. C’est aussi à cette condition que la diaspora française pourra aussi pleinement valoriser son utilité au service de la France.
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