Vie pratique
Enfants d’expat : le déracinement à l’âge adulte est-il inévitable ?
Que ressentent les enfants d’expatriés, lorsqu’ils sont devenus adultes ? Le tiraillement entre plusieurs pays et plusieurs identités culturelles est-il inévitable ?
Le développement complexe d’une identité multiculturelle
Céline est née en France, puis a vécu à l’étranger de ses 6 mois à ses 19 ans : en Côte d’Ivoire, au Maroc, au Rwanda puis en Espagne. « Avoir grandi avec plusieurs cultures est à la fois une force et une faiblesse. Je me décris souvent comme petite-fille de paysans africains. J’ai les codes de l’Afrique, j’étais très fière de la culture rwandaise. La façon d’aborder la culture européenne est difficile pour moi parce que ce n’est pas le même mode de fonctionnement. Je ne me sens toujours pas tout à fait intégrée en Europe. »
Pour Tatiana Piovesana, psychologue clinicienne et praticienne EMDR en Belgique, grandir à l’étranger laisse souvent des traces profondes et complexes. « Une fois adultes, ces enfants racontent rarement une expérience simple ou linéaire. Beaucoup remarquent qu’ils ont développé très tôt une facilité à se faire comprendre, à s’adapter aux nouvelles situations et à naviguer dans des cultures différentes. »
Mais cette richesse s’accompagne souvent d’un sentiment de ne jamais être complètement chez soi nulle part, doublé de nostalgie, de solitude et d’un manque de repères durables. Cette sensation d’être entre deux mondes est difficile à expliquer à qui ne l’a pas vécu. « Ce mélange de richesse personnelle et de flottement identitaire revient fréquemment chez les enfants d’expatriés devenus adultes : il fait partie intégrante de leur histoire et de leur manière unique de vivre et de comprendre le monde. » résume la psychologue. « Leur identité se façonne alors progressivement, en superposant des influences multiples issues de chaque contexte vécu. »

Crédit photo : Pexels / Lara Jameson
Le tiraillement, un passage inévitable ?
Le tiraillement entre ses différentes cultures n’est, pour autant, pas un passage obligatoire. Céline ne le ressent pas. « Je prends les forces de chacune des cultures que j’ai eu la chance de connaître. Ce qui a été compliqué pour moi en arrivant en Europe, c’est la compréhension géopolitique du génocide Rwandais. C’était difficile de réaliser que, pour beaucoup, la vie d’un africain compte moins que la vie de certains européens ou américains. »
Tatiana Piovesana remarque que beaucoup d’adultes ayant grandi à l’étranger parlent d’un attachement émotionnel à plusieurs cultures sans pouvoir en désigner une comme étant leur référence centrale. Ce qui est une richesse mais peut aussi générer une forme de tension intérieure.
« Certains adultes racontent le sentiment d’être toujours un peu étrangers, quel que soit l’endroit où ils se trouvent. Souvent, l’enjeu n’est pas tant de trancher entre deux pays que de trouver une manière personnelle d’articuler ces différentes appartenances sans se sentir morcelé. Le véritable enracinement passe par la capacité à intégrer son parcours et à se sentir légitime dans sa pluralité. » souligne la psychologue.

Crédit photo : Pexels / Elīna Arāja
S’ancrer dans ses différentes cultures
Céline conseille de faire un choix éclairé et foncièrement réfléchi, quant au pays dans lequel on choisit de vivre à l’âge adulte. « L’introspection est vitale, plutôt que d’être victime de ce déracinement, servons-nous des forces trouvées à l’étranger pour vivre là où on le souhaite. Si on se sent mal en France, il ne faut pas y rester. »
Elle a d’ailleurs appliqué ses propres conseils. « Je suis une enfant du monde mais j’ai choisi de reprendre mes racines françaises, je ne me sens ni espagnole ni africaine. J’aurais pu m’installer à l’étranger de nouveau mais j’ai choisi de rester en France et d’y construire ma famille, d’apporter à mon fils ma culture étrangère comme une force et non pas un déséquilibre. Il faut avoir une volonté de prendre le positif de ce que l’on a vécu pour s’enraciner à nouveau, c’est ce que j’essaye de faire. »
Tatiana Piovesana confirme que le déracinement n’a rien d’une fatalité. Elle recommande de valoriser sa pluralité identitaire et d’accepter qu’elle demande à être accompagnée. « Grandir entre plusieurs pays n’est pas une expérience anodine, et le fait de pouvoir la nommer, la raconter et la comprendre joue un rôle essentiel dans la construction du sentiment d’appartenance. »
Ainsi, toutes les dimensions culturelles sont à faire valoir et à légitimiser sans hiérarchie, qu’il s’agisse des langues, des traditions ou des références culturelles. « Tout mérite d’être reconnu comme faisant pleinement partie de leur histoire. Développer une réelle appartenance à deux cultures ne signifie pas choisir entre elles, mais apprendre à les articuler pour se sentir entier. »
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