Actualités internationales
Fiscalité : le Portugal veut attirer les actifs qualifiés
Après les retraités expatriés, exonérés d’impôts pendant 10 ans, le pays cherche maintenant à faire venir les hauts potentiels étrangers employés dans des secteurs d’avenir.
Pour enrayer la flambée des prix immobiliers et rassurer son électorat de gauche qui voyait d’un mauvais œil ces avantages qu’il considérait comme injustes, le gouvernement portugais a progressivement éteint, entre 2020 et 2024, le régime de résident habituel, cette incitation fiscale qui a longtemps profité aux retraités expatriés, en particulier les Français. « Les locaux ne comprenaient pas pourquoi les retraités étrangers ne payaient pas d’impôts, puis seulement 10 % forfaitaires, alors qu’eux pouvaient être taxés jusqu’à 48 % », décrit Sandrine Bisson Marvão, avocate française à Lisbonne, spécialisée dans le droit des affaires.
Haute valeur ajoutée
D’autant que les expatriés qui s’installent au Portugal ont plutôt les moyens et vont louer ou acheter une maison chère. « Le gouvernement portugais veut désormais faire venir de l’étranger des actifs, des investisseurs et des chercheurs à haute valeur ajoutée, assure la Française. Il a vu les domaines pour lesquels il avait vraiment besoin de soutien. La stratégie du Portugal n’est plus seulement d’aller chercher de l’argent mais aussi de construire l’économie. » Le pays ambitionne ainsi de créer des hubs de recherche et d’innovation dans divers domaines, comme la santé, les énergies alternatives ou l’économie circulaire avec GreenHUB.

Sandrine Bisson Marvão à Lisbonne : « Les Portugais ne comprenaient pas pourquoi les retraités expatriés ne payaient pas d’impôts. »
Recherche scientifique et innovation
Aujourd’hui, seuls certains actifs étrangers triés sur le volet bénéficient donc de cet impôt forfaitaire à 20 % (au lieu de 48 % et non plus une exonération pure et simple, ndlr). Pour cela, ils doivent obligatoirement avoir établi leur résidence au Portugal et travailler dans des domaines hautement qualifiés comme la recherche scientifique et l’innovation, la médecine, les technologies de l’information et de la communication, la direction commerciale… « Les bénéficiaires doivent être liés à une entité qui va certifier que le candidat remplit toutes les conditions, en particulier la profession, pour obtenir cet allègement fiscal », explique la Française.
Un visa de travail de dix ans
Lisbonne accueille déjà la fondation Champalimaud qui a ouvert fin 2020 un centre unique au monde dédié à la fois à la recherche et au traitement du cancer. « Le gouvernement est aussi à la recherche d’experts en cybersécurité, des scientifiques dans les datas (données) ou dans l’intelligence artificielle, énumère la Française. Ceux qui, comme les Américains ou les Brésiliens vivent hors Europe peuvent ainsi facilement intégrer l’espace Schengen avec un visa de travail de dix ans accessible rapidement au Portugal. Les Américains adorent l’élégance, les monuments et l’histoire qu’ils trouvent en Europe. » Le pays a créé en 2016 Startup Portugal, un cluster à l’image de la French Tech en France. Fin 2025, on y comptait plus de 5 000 jeunes pousses.
Compétition et collaboration
« Les candidats viennent aussi pour la qualité de vie paisible au Portugal, relève Me Bisson Marvão, qui accompagne notamment des créateurs français de startups. Il y a la sécurité, l’océan pour le surf. C’est un pays européen, proche de la France. Il y a des écoles internationales pour les enfants et un écosystème de santé, technologique et d’innovation très enrichissant. C’est très cool, les gens se tutoient. Même s’il y a de la compétition, on sent que c’est de la collaboration car tout le monde est en train de construire et d’apporter quelque chose à l’écosystème. »
Pas de droit à l’erreur
Me Bisson Marvão conseille d’ailleurs de s’entourer d’un expert en fiscalité pour compléter le formulaire. « Si vous arrivez cette année, détaille-t-elle, vous avez jusqu’au 15 janvier 2027 pour demander sur le site des impôts portugais à bénéficier de ce statut. Mais il n’y a pas de droit à l’erreur ! » Le dispositif prévoit aussi une exonération d’impôt sur certains revenus de source étrangère, pensions de retraite exclues. À cela s’ajoute également une exonération totale des droits de succession pour les héritiers au Portugal. Personne ne sait encore si le fisc portugais demandera systématiquement ou non tous les justificatifs. On le saura en juin prochain au moment de l’envoi des premiers avis d’imposition.
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