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Bernard Jomard – Russie-Europe, quel avenir ?

Français à l'étranger

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Vous avez envie de développer votre entreprise grâce aux échanges avec la Russie, un pays très compliqué mais un pays aussi très prometteur ? On est rémunéré pour les risques que l’on prend.  Mais sachez que l’avenir de la Russie ne passe certainement plus par l’Occident, Occident qui voit trop souvent ce pays d’une façon imaginaire.

Il est bon de rappeler qu’après l’effondrement de l’URSS, deux possibilités s’offraient aux Occidentaux. La première, intégrer la Russie dans notre monde occidental, à l’Otan,  et activer un nouveau plan Marshall. La deuxième, démembrer cet empire et créer des animosités entre ces nouvelles Républiques, afin que celles-ci aient des relations inamicales avec la Russie. Enfin, qu’elles rejoignent elles l’Otan et chasse la flotte Russe de la Mer noire. Les réformateurs Russes prêts à embrasser le libéralisme ont eux été oubliés dans l’équation.

Ce que les Occidentaux n’avaient pas envisagé, c’est que de nouveaux gouvernements « populistes » en Hongrie, Italie et ailleurs allaient se reconnaître dans les « valeurs russes » et que nombre de « laissés-pour-compte » de la mondialisation, allaient voir la Russie comme le modèle anticapitalisme financier et autres « abominations » telles que mariage gay, immigration, etc.

L’avenir de la Russie, passera donc demain de plus en plus par la Chine et l’Asie. Sans oublier un regain d’intérêt pour le continent Africain, ses matières premières et ses droits de vote dans les instances internationales.

Le voisin avec qui la Russie partage une très longue frontière c’est bien sûr la Chine (si on oublie ce satellite qu’est la Mongolie extérieure). Une Russie d’Asie avec de grands espaces, peu peuplée, riche en matières premières, peu équipée en infrastructures. L’histoire commune à ces deux pays remonte à quatre siècles. Depuis moins de dix ans,  les relations entre ces deux pays ne cessent de se renforcer tant sur le plan commercial, que diplomatique et militaire. On assiste grâce à Xi Jinping et Poutine,  à la naissance de  l’Axe du Far East et, à une coordination stratégique globale qui, si elle aboutit, verra naître un immense pole militaro-industriel riche en énergie, qui se résumera en « Make China Great Again ».

Cette alliance Chine-Russie est assez étonnante car la Chine a de nombreux griefs territoriaux avec la Russie.

Elections

Le 18 mars , la Russie a élu  avec 76,7% des voix au premier tour son nouveau président. Il faut se rappeler que dans la Russie post-soviétique, dans ce grand pays par sa surface et par sa culture, ce qui domine encore aujourd’hui, c’est une forme de narcissisme dépressif. Ce pays est toujours hanté par la peur d’être à nouveau englouti par le mode de vie occidental, qu’il considère comme dépravé ou islamisé. Ce pays se sent toujours aussi humilié par cet Occident qui ne comprend pas ses peurs. Il faut néanmoins noter que ce pays semble être à nouveau plein d’espérance de grandeur retrouvée, espérance générée par ce « héros » russe des temps modernes qu’est Vladimir Poutine.

Avenir de la Russie et bilan de Poutine

Si on fait un bilan de ses actions passées, on doit admettre qu’il a mis au pas les oligarques hérités des années Eltsine, qu’il a fortement fait baisser l’insécurité, et qu’il a su gérer le boycott occidental qui a affecté la croissance assez fortement en 2015, moins 2,8% et plus légèrement en 2016 avec un moins 0,2%.

Il faut aussi noter la vaste opération de nettoyage du secteur bancaire, cela grâce à la banque centrale. On a aujourd’hui en Russie une inflation maîtrisée a 2,5% (plus bas niveau depuis l’écroulement de l’URSS)  et une reprise des crédits aux particuliers et aux petites entreprises qui commence à stimuler les investissements. En Russie la consommation est le 2e moteur de la croissance, cela derrière l’industrie.

On déplorera le fait que la part de l’Etat dans l’économie soit passée de 40 à 46%, mais on reste néanmoins loin de la Chine où la part de l’État dans l’économie doit être proche de 80%.

Enfin, Les Russes sont nationalistes, et Poutine a fait de la protection de son peuple son cheval de bataille.

Pour lui la prospérité de la Russie est totalement liée à sa protection et au rang qu’elle occupe dans le monde. En cette période de guerre économique acharnée, il n’a pas totalement tort !

Boycott et conséquences pour l’avenir de la Russie et pour l’Europe

Ce boycott qui est intervenu en même temps que la baisse du prix du baril a été un électrochoc qui a fait comprendre aux Russes qu’ils devaient cesser de dépendre du Pétrole.

On doit aussi admettre que le boycott a aidé au développement technologique du pays. On remarquera la volonté de Poutine de faire de la Russie l’un des principaux centres mondiaux de stockage et de traitement de data. Les infrastructures de réseaux Internet et de communication par satellite devraient bénéficier de cette volonté gouvernementale. Les banques vont être associées afin que les entreprises puissent elles aussi connaître un boom économique, cela, grâce aux maintiens des taux d’intérêt assez bas.

Enfin, Poutine s’est engagé à faire baisser ce que l’on appelle la « pression administrative » qui est en fait la pression exercée par la bureaucratie des services fiscaux, une attitude héritée de l’époque sovétique .

Le fort taux de pauvreté n’a pas non plus été oublié par Poutine qui s’est engagé à prendre des mesures pour améliorer les revenus des citoyens russes. Il a déjà annoncé une hausse du salaire minimum.

Prévisions sur l’avenir de la Russie

Si l’on observe la production de véhicules (+12% en 2017) ou celle de blé, il est clair que la croissance s’améliore et devrait passer de 1,8% en 2017 à bientôt plus de 3%, sans retrouver les 7-8% de croissance des années 2003 à 2007. La bonne surprise économique dans ce pays serait de retrouver un taux de croissance supérieur au taux  de la croissance mondiale attendue soit 3,9%, cela bien sûr si la guerre économique ne s’intensifie pas.

La surprise pourrait venir de sa coûteuse position en Syrie, ou la Russie doit jouer entre ses amitiés géo économiques turques, son lien à Bachar Al Assad, et les Kurdes. Récemment,les Kurdes ont rejeté les conditions de désarmement de Bachar qui souhaitait reprendre l’administration des zones libérées, zones sous le feu de l’armée turque.

Relations entre la Russie et la France

Avant la tenue du forum économique de Saint-Petersbourg, Vladimir Poutine a reçu le 31 janvier, dans sa datcha de Novo-Ogarevo la plupart des investisseurs français membres du CAC 40. La France qui compte 1 200 entreprises dans ce pays est le premier investisseur et le premier employeur étranger en Russie. Etaient reçus, Air-liquide, Crédit Agricole, Danone, Dassault Aviation, Leroy Merlin, Pernod Ricard, Renault, Sanofi, Schneider, Electric, Thales et Total partenaire du gazier Russe Novatek. On notera l’absence d’Engie, qui est censé participer au gazoduc Nord Stream2 reliant la Russie à l’Allemagne, et de Gazoduc ciblé par les sanctions américaines. Les guerres commencent quelques fois par des projets de gazoducs, voir mon billet sur le sujet : :http://bernard-jomard.com/2017/07/09/guerre-qatar-arabie-saoudite-iran-syrie/

Les hommes clefs du clan Poutine

On citera Vladimir Lakounine, l’ancien empereur des Chemins de fer, Iouri Kovaltchouk Président de la banque Rossia et aussi magna des médias,  Igor Setchine, le président de Rosneft, l’analyste penseur, Anton Vaino fils d’un diplomate, l’ami d’enfance violoncelliste Serguei Roldouguine, sans oublier le stratège de l’influence politique,  Alexandre Bortnikov, le faiseur de néo ennemis de Poutine.

Les Francophiles de ce voisin adoré ou honni.

On citera bien sûr le sénateur Alexei Pouchkov bien connu à Biarritz, une ville ou de nombreux aristocrates Russes venaient en villégiature avant la révolution. On citera aussi Alexei Venediktov, le rédacteur en chef de l’Echo de Moscou, sa fille vit d’ailleurs à Paris. Enfin citons Ekaterina Trofimova qui dirige l’agence de notation Akra , Ekaterina a fait ses études à Dauphine.

Quelle région choisir ?

Vous souhaitez développer  votre entreprise en Russie, mais quelle région et quelle ville choisir ?

L’oblast de Kalouga 

On recommandera la ville de Kalouga, qui a donné son nom à l’Oblast de Kalouga  Калу́жская о́бласть, Kaloujskaïa Oblast institué en 1944. La ville de Kalouga liée à la capitale Russe depuis le  XIVe siècle est située à 200 kilomètres de Moscou

Grace au dynamisme de son gouverneur, Anatoly Dmitriyevich Artamonov Анато́лий Дми́триевич Артамо́нов, cette région, l’Oblast de Kalouga qui était plutôt une région agricole, et agro-industrielle  a réussi à  attirer p aux cours des dernières années, plus d’une centaine de projets étrangers, la plupart des industries. On y retrouve la Joint-Venture Peugeot PSA Mitsubishi, Volvo, Volkswagen, Lafarge Holcim, l’Oréal, Total.  Enfin, la région ne cesse de se  diversifier, et l’industrie pharmaceutique commence à s’implanter. L’oblast, une opportunité à analyser.

Ainsi que Saransk, l’Oblast de Mordovie

Cette ville qui est la résidence du citoyen Depardieu, a bénéficié de la Coupe du Monde de Football. 500 millions de dollars ont été investis pour en faire une « Capitale du Sport » .

Le stade Mordovia Arena peut accueillir 44 000 spectateurs, il sera réduit à 28 000 places après le Mondial. Les infrastructures seront recyclées en espaces culturels et commerciaux, et les immeubles accueillant les sportifs deviendront des immeubles résidentiels. Notons là encore que tout cela a été réalisé grâce au gouverneur Vladimir Volkov.

Enfin, création récente de paradis fiscaux russes

L’omni-présent dollar dans la plupart des contrats ainsi que l’extraterritorialité des lois américaines ont incité la Russie à trouver une solution pour rapatrier les fonds russes placés à l’étranger dans des paradis fiscaux et bancaire. Paradis échappant de moins en moins aux autorités américaines.

Seule solution face à ces sanctions américaines, créer ses propres zones offshores, comme la plupart des continents en possèdent déjà en toute hypocrisie.

C’est fait depuis juillet 2018. Le Parlement russe a en effet  approuvé un projet de loi autorisant la naissance de deux zones offshores dans le pays. La première se situera sur l’île Rousski, face à Vladivostok, ville portuaire à l’Est de la Russie, carrefour entre le Japon, la Chine, et les deux Corées.  La seconde, elle, sera localisée sur l’île Oktiabrski, située  à l’ouest, dans l’enclave de Kaliningrad, située entre la Pologne et la Lituanie.

Le gouvernement Russe espère ainsi rapatrier les fonds des oligarques du pays, touchés par les sanctions américaines. Les entrepreneurs Russes sont très friands des territoires offshores, dont Chypre. Cela leur permettait souvent d’échapper à l’administration fiscale et à la bureaucratie Russe. Seule question, vont-ils être enthousiastes à rapatrier leurs fonds en Russie ?

Conclusion

La Russie  a aujourd’hui un taux de croissance acceptable, lié à une stabilité macro-économique , a des faibles taux d’intérêts, a un taux de chômage bas, et à une baisse de la pauvreté. Il en ressort que  l’Occident a bien sur plus besoin pour ses entreprises des débouchés Russes, que ce pays qui voit lui son avenir à l’Est en cette Asie toujours en fort développement. Cela, sans négliger l’Afrique le continent délaissé par la Russie lors de son éclatement.

Il ne faut pas non plus être naïfs, certaines méthodes héritées de « URSS » sont  largement utilisées par ce pays qui est assez loin d’être une démocratie à l’occidentale.Ce que l’on pourrait espérer au cours des six prochaines années,  c’est un rajeunissement des cadres pour améliorer l’efficacité du gouvernement et oublier les méthodes soviétiques.

 

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