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« La crise du coronavirus ne changera pas l’équilibre des puissances entre la Chine et les Etats-Unis »

Invité le 19 mai par la CCI franco-américaine, Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis et représentant de la France auprès des Nations Unies, partage son analyse sur la crise entre les Etats-Unis et la Chine.

Nora Litoussi

Publié

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Selon les médias, les Américains sont actuellement confrontés à un choix : celui de préserver leur santé, ce qui signifie fermer les écoles et commerces tout en restant confinés, ou celui de rouvrir les frontières et l’économie pour que les gens puissent retourner travailler. Le même débat est présent en France. Qu’en pensez vous ? 

Gérard Araud : Lorsque nous sommes confrontés à un défi ou une crise, nous avons naturellement tendance à surestimer son importance. Je vais peut-être sembler un peu provocateur, mais je pense que cette pandémie n’est pas aussi importante qu’elle ne le paraît. Bien sur, chaque décès est un décès de trop, mais même s’il y a 150 000 décès aux Etats-Unis, cela ne changera rien au fonctionnement du pays. Ce qui est bien plus important, c’est que nous entrons dans une période de récession et nous ne savons pas quel en sera le prix. Durera-t-elle trois mois, six mois, un an, deux ans? Nous ne savons pas. De plus, cette crise arrive alors que nous venions juste de sortir de la crise des subprimes de 2008, nos sociétés ont été traumatisées par cette crise et sont maintenant confrontées à un nouveau choc.

Cette crise ne crée pas de nouvelles tendances, elle amplifie celles qui existaient déjà dans nos sociétés occidentales. Certaines personnes disent : « La vie ne sera pas comme avant » et malheureusement ma conclusion serait que non, elle ne sera pas comme avant, elle sera pire. Lorsque l’on observe les mouvements déjà présents dans nos sociétés avant cette crise, il y a beaucoup de revendications qui peuvent s’apparenter à du populisme de droite ou de gauche comme la lutte contre le libre-échange, l’insistance sur l’importance de nos frontières, le fait que les organisations multilatérales seraient inutiles voire néfastes ou le fait que les parties politiques traditionnels ne seraient pas à la hauteurs des challenges auxquels nous sommes confrontés etc… Si l’on prend en compte tous ces éléments ainsi que la crise que nous traversons, malheureusement, la seule chose que l’on peut entendre c’est « Vous voyez, c’est exactement ce que l’on vous disait, le libre-échange a amené une dépendance envers la Chine, les frontières auraient dû nous protéger de la pandémie, l’OMS et l’Union Européenne ont été inefficaces, la seule protection que nous avons est l’Etat-Nation». Ma seule conclusion serait donc que malheureusement, cette crise va amplifier les forces négatives déjà existantes sous forme de populisme dans nos sociétés et il sera bien plus difficile de défendre l’ouverture de nos sociétés et le libre-échange après la crise.

Les Etats-Unis ne cherchant pas à maintenir leur traditionnel rôle de « gendarme du monde » acquis durant la Seconde Guerre mondiale, pensez-vous que la pandémie a changé l’équilibre géopolitique mondial ? Si oui, comment ? 

G.A.: Il y a ici en réalité deux questions. La première est “la pandémie a-t-elle changé l’équilibre des pouvoirs entre les différents acteurs ?”. La seconde est “la pandémie a-t-elle changé le comportement des acteurs principaux ?”.

Pour ce qui est de changer l’équilibre des pouvoirs entre les Etats-Unis et la Chine, non, le coronavirus ne changera pas cela. Je pense que les gens ont tendance à sous-estimer la puissance des Etats-Unis et à surestimer celle de la Chine. Selon moi, on oublie que la Chine est confrontée à beaucoup de problèmes. Des centaines de millions de Chinois vivent toujours dans une pauvreté abjecte, les entreprises de l’Etat chinois sont accablées de dettes et la Chine fait face à un choc démographique dû à la politique de l’enfant unique sans aucun système de sécurité sociale. Je pense que nous ne devons pas oublier les faiblesses de la Chine. Ce n’est pas une sorte de géant omnipotent près à dominer le monde. C’est un grand pays certes, mais un grand pays qui est confronté à ses propres défis. Ceci étant dit, il est vrai que la Chine est de retour en tant que grande puissance. C’est toujours difficile lorsque, dans un système géopolitique, il y a une puissance émergente et une autre puissance qui est en déclin. La puissance des Etats-Unis est relativement en train de décliner uniquement car la Chine est en train d’émerger. Nous devons donc incorporer la Chine dans une sorte de nouvel équilibre mondial constitué de pays émergents et de pays déclinant ( Etats-Unis, Japon,.. ) ce qui est difficile car cela crée des tensions dans un système géopolitique déjà existant.

Aux Etats-Unis, on observe une sorte de consensus incarné par le parti républicain qui estime que la Chine est un rival stratégique pour les Etats-Unis. Selon moi, peu importe quel candidat sera élu aux présidentielles de novembre prochain, il aura tendance à croire que les Etats-Unis doivent défier la Chine. Il y a une sorte de « guerre froide » entre les Etats-Unis et la Chine, et il est inévitable que l’administration américaine aille voir les Européens et leur demande de choisir leur camp. Il sera difficile de prendre une décision puisque l’Europe a différents intérêts dans sa relation avec la Chine. L’Union européenne devra donc trouver une façon de concilier ses valeurs, ses relations avec les Etats-Unis mais aussi ses intérêts matériels légitimes.

Selon vous, le retrait des Etats-Unis du leadership mondial ne changera pas après les prochaines élections. Néanmoins, pensez-vous toujours que les États-Unis n’essaieront pas de reprendre leur rôle de gendarme du monde ? 

G.A.: Je ressens une fatigue de l’opinion publique américaine envers les interventions militaires incessantes qui coûtent, en plus des vies de soldats, des centaines de millions de dollars et tout cela pour obtenir des résultats décevants. Ceci a été le cas pour l’Irak par exemple, mais aussi pour le conflit afghan dont l’armée américaine essaie désespérément de sortir.

On observe que pour plusieurs crises, la crise ukrainienne par exemple, les Etats-Unis ne sont pas intervenus. L’Ukraine est un pays européen de 52 millions d’habitants qui a été délibérément agressé et pourtant, les Américains ont décidé de laisser les Français et les Allemands essayer de trouver une solution dans la négociation. La Syrie, avec un demi million de morts est un autre exemple tout comme les conflits d’Afrique du Nord. Il y a donc une série de conflits pour lesquels les Etats-Unis ont en fait estimé que leurs intérêts n’étaient pas en jeu et qu’il était donc de la responsabilité des pays concernés et des puissances régionales de gérer ces crises. Je n’ai sur ce point senti aucun changement significatif entre l’administration d’Obama et celle de Trump même si leurs façons de faire sont elles radicalement différentes.

De la même façon, si Joe Biden est élu, cela m’étonnerait qu’il envoie des GI en Ukraine ou en Syrie et je ne pense pas non plus qu’il souhaite continuer 18 ans de guerre en Afghanistan. Bien entendu, je suis convaincu que si les tanks russes attaquaient l’Estonie (ce qui à mon avis n’arrivera pas), les Etats-Unis, en vertu de l’article 5 du traité de l’OTAN, rempliraient leurs obligation et participeraient à la défense commune des pays membres.

Le réel problème est que les périphéries de l’Union Européenne sont embrasées : l’Ukraine, la Syrie, la Libye, l’Afrique du Nord… Et globalement, les Etats-Unis n’en ont pas grand chose à faire. Ils nous disent «  Nous sommes vraiment désolés l’Europe, mais nos intérêts ne sont pas en danger ». Je pense qu’ils ont sur ce point raison. C’est donc aux Européens de réagir et c’est d’ailleurs ce que le président Emmanuel Macron dit depuis deux ans : « Nous devrions être capable d’agir dans notre arrière-cour car oui, pour des raisons évidentes le Moyen-Orient est notre arrière-cour. Il est donc temps d’agir ».

Selon moi, les Européens ont jusqu’à présent vécu dans le déni. Nous sommes tellement habitués à la coopération transatlantique et au rôle de gendarmes des Américains que nous pensons que Trump est une sorte de cauchemar dont nous allons bientôt nous réveiller, que Joe Biden arrivera et que tout reviendra comme aux temps de 1945. Je pense que nous avons tort sur ce point. Bien sûr, s’il est élu, Joe Biden sera sur certains aspects différents de Trump, mais en fin de compte, je ne pense pas que les Américains prendront soin de la sécurité de l’Europe comme ils l’ont fait pendant les 70 dernières années.

 

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1 Comment

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  1. Avatar

    Bernard Jomard

    26 mai 2020 at 11 h 27 min

    La Chine depuis 2019 rencontrait déjà des difficultés A cause du Covid la machine Chine s’est grippée et le chômage a explosé Il va donc falloir trouver un responsable et on peut donc s’attendre à plus d’animosité de la Chine ce que va adoré Donald Trump Analyse https://www.forbes.fr/politique/la-chine-sessouffle-t-elle/

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