Etudier et travailler
Études de santé : la sélection française pousse des milliers d’étudiants hors des frontières
Poussés à étudier ailleurs par une sélection toujours aussi rigoureuse en France, de très nombreux étudiants français choisissent l’exil. A quel prix pour la qualtié de l’éducation?
C’est un fait : la sélection pour entrer en études de santé en France relève toujours du parcours du combattant. À tel point que près de 15 000 étudiants français ont fait le choix de partir à l’étranger pour poursuivre ces études, dont 5 000 étudiants en médecine. Un chiffre en hausse constante depuis 2015.
Des filières structurées à l’étranger pour accueillir les futurs médecins et dentistes français
Si, pendant des années, la Belgique a été le premier pays d’accueil des étudiants français en santé, aujourd’hui les étudiants se tournent vers d’autres pays. Et pour cause : la Belgique a restreint à 15 % l’accès à ces cursus pour les étudiants étrangers — notamment français.
De leur côté, l’Espagne, la Roumanie ou encore le Portugal figurent parmi les nouvelles destinations privilégiées par les étudiants français. En effet, de nombreux pays européens proposent souvent un accès sans sélection aux études de santé après le bac. « Certains, comme l’Espagne, ont même développé des filières organisées visant à accueillir les étudiants français en leur assurant l’intégralité de la formation en langue française », précise le Sénat, en juin 2025, dans sa proposition de loi visant à améliorer l’accès aux soins par la territorialisation et la formation.
Avec, pour résultat, une hausse de 30 % des étudiants français en Espagne qui poursuivent une formation en médecine ou en odontologie entre 2019 et 2022. « Cette hausse est principalement portée par la filière odontologie, qui représente 95 % de l’effectif », note encore le Sénat.
La Roumanie s’est également structurée pour attirer les étudiants français. Plusieurs universités proposent ainsi une section d’enseignement francophone en médecine, comme celles de Iuliu Hațieganu à Cluj-Napoca et Victor Babeș à Timișoara. Par ailleurs, dans ce pays, la sélection s’effectue uniquement sur dossier, qui comprend notamment le diplôme du bac et les relevés de notes.
Un kiné sur trois diplômé à l’étranger
La médecine et l’odontologie ne sont pas les seules concernées par ces départs. C’est aussi le cas de la kinésithérapie, où la tension et la sélection dans l’Hexagone restent fortes. D’ailleurs, en 2024, un diplômé de kiné sur trois exerçant en France a obtenu son diplôme à l’étranger.
Europe Eduss, un organisme privé qui accompagne les étudiants francophones pour leurs études de santé en Europe, place ainsi un étudiant sur trois en kiné. « Nous travaillons plus spécifiquement avec deux pays, le Portugal et la Pologne. Chez nos partenaires universitaires, le cursus est intégralement dispensé en français pour les étudiants français », précise Inès Ravaz, présidente du centre Europe Eduss.
Par ailleurs, dans ces deux pays comme ailleurs, les critères d’admissibilité sont plus larges qu’en France et l’accès est non sélectif. Au Portugal, il suffit d’avoir son bac général avec de bonnes notes dans certaines matières scientifiques pour intégrer l’université en kinésithérapie. La Pologne, elle, est même ouverte aux bacheliers technologiques, souvent des ST2S (sciences et technologies de la santé et du social).
Mais cette accessibilité a un coût : ces études sont payantes. En Roumanie, pour poursuivre des études de médecine, les étudiants doivent débourser des frais de scolarité à hauteur de 7 500 euros par an. En Espagne, le tarif tourne autour de 22 000 euros par an pour les trois premières années de médecine. Au Portugal ou en Pologne, pour des études de kinésithérapie, il faut compter entre 8 000 et 12 000 euros par an. Une manne financière intéressante pour ces pays.
Des diplômes pas toujours reconnus en France
Mais attention : s’il est tentant de faire ses études de santé à l’étranger, le retour en France n’est pas toujours facilité. C’est notamment le cas pour les études de kinésithérapie. « Contrairement aux autres domaines — médecine, dentaire, etc. — où il y a une équivalence automatique après des études en Europe, les futurs kinés doivent obtenir un diplôme accrédité par le gouvernement du pays, parler la langue française et surtout avoir réalisé 1 400 heures de stages et de champ clinique pendant les études », résume Inès Ravaz.
Résultat : de nombreux jeunes diplômés en kinésithérapie doivent réaliser des stages à leur retour en France pour voir leur diplôme étranger reconnu.
Par ailleurs, même lorsque la reconnaissance est automatique, le retour en France n’est pas forcément aisé. Ainsi, les étudiants en médecine expatriés pour leurs études qui poursuivent leur internat en France sont peu nombreux. « En 2024, seuls 8 % des étudiants formés à l’étranger s’étant présentés au concours pour intégrer le troisième cycle de médecine ont réussi leurs épreuves », note le Sénat dans sa proposition de loi.
La qualité des cursus à l’étranger dans le viseur
Ce constat interroge sur la qualité de certains cursus à l’étranger. La Conférence des doyens de médecine souligne que « le niveau de formation de ces étudiants n’est pas équivalent à celui des étudiants formés en France ». Un constat que partage la Conférence d’odontologie, qui regrette que les étudiants expatriés soient formés « dans des environnements académiquement et cliniquement moins rigoureux ».
Pour Inès Ravaz, la qualité des cursus et le niveau d’exigence à l’étranger sont pourtant très élevés. « Avant, les études à l’étranger étaient perçues comme un choix de facilité. Mais aujourd’hui, la qualité des cursus en Europe n’est pas moins bonne, bien au contraire. On constate que les mentalités en France ont évolué : nos étudiants sont très bien accueillis sur leur lieu de stage lorsqu’ils doivent en faire en France. »
Mais la vigilance reste de mise dans le choix de l’établissement. Le Conseil d’État a suspendu, en décembre 2025, les autorisations préfectorales d’exercice délivrées à des diplômés de l’école United Campus of Malta, une formation non reconnue par les autorités maltaises, qui ne permet pas d’exercer la profession de kinésithérapeute à Malte, mais qui parvenait à attirer de nombreux étudiants français pour un coût important.
Pour éviter la fuite des cerveaux, la France travaille actuellement à une nouvelle réforme des études de santé. Objectif : fluidifier l’accès et former davantage d’étudiants en France dans un contexte de déserts médicaux et de pénurie de professionnels de santé.
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