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Thomas, pionnier du nomadisme digital

« Aucun endroit ne m’appelle fortement, donc the world is mine », déclare fièrement Thomas, 43 ans. Cet entrepreneur a quitté la France il y a 17 ans, dans l’espoir de vivre sans attache, au gré de ses envies. Il voulait expérimenter un mode de vie sans écosystème et sans validation sociale. Un projet qu’il a construit dès 2009 avec sa femme, à une époque où c’était loin d’être la norme sociale et où le mot « digital nomad » n’existait pas encore dans le langage courant.

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Thomas, pionnier du nomadisme digital

Un objectif de vie construit pas à pas

« Quand j’ai fermé ma première boîte, en 2009, je n’avais pas d’argent et j’étais perdu. » Mais Thomas avait une intuition profonde : il voulait vivre au soleil, découvrir des pays et être libre. Sur les chemins de Saint-Jacques, il rencontre sa future femme, Laura, et le tout jeune couple décide alors de s’installer à Barcelone. « Mon père changeait de boulot tous les quatre ans, donc j’étais habitué au déracinement et à la découverte. J’ai reproduit, mais j’ai décidé que mon terrain de jeu serait plus large. » Diplômé d’une école de commerce, Thomas accumule les expériences dans de jeunes entreprises digitales. « Je voulais apprendre dans des boîtes qui partaient de zéro. »

En 2015, il décroche un CDI à Berlin. Son objectif est clair : gagner la possibilité de travailler à distance. « Ils venaient d’embaucher vingt personnes et de tous nous installer dans un grand bureau. Je savais que j’allais d’abord devoir faire mes preuves. » Le droit au remote obtenu, une condition s’impose : rester dans un fuseau horaire proche. C’était parti pour l’aventure. « À l’époque, il n’y avait quasiment pas d’espaces de coworking, ou alors vraiment old school, rien à voir avec maintenant. »

Thomas, pionnier du nomadisme digital

Thomas, pionnier du nomadisme digital

Un projet conjugal

Avec Laura, ils dressent une liste de huit destinations qu’ils commencent alors à parcourir : « On s’est arrêtés à la première destination. C’était Majorque. On n’y avait prévu que deux nuits. » Ils y restent finalement six ans.

Laura, professeure de yoga, peut travailler partout mais doit reconstruire sa clientèle à chaque installation. « On décide ensemble. Pour Lisbonne, c’est elle qui a lancé le mouvement. Avant de s’y installer, on a passé un mois à Madère, un mois dans le sud du pays, un mois dans une région perdue. » Le couple cultive une liberté choisie, pas subie. « On aime s’installer, mais on ne se dit pas combien de temps on va rester. On ne veut pas se sentir verrouillés parce qu’il peut toujours se passer quelque chose : des parents qui vieillissent, une opportunité. »

Un nomadisme qui s’est institutionnalisé

De l’aventure …

Au début, le couple faisait figure d’ovni. « Ma famille ne comprenait pas ce que je faisais, mais ils nous voyaient heureux dans un lieu paradisiaque, donc ça leur allait. En revanche, mes collègues l’ont mal vécu : eux à Berlin, moi au soleil. » Seul de l’autre côté de l’écran lors des encore rares visioconférences, Thomas sentait un peu d’envie, mais aussi de l’interrogation.

Aujourd’hui, il a créé son auto-entreprise, qu’il délocalise selon leur destination. Il travaille dans les applications mobiles avec des clients à Paris, Singapour ou en Californie, parfois sans les avoir jamais rencontrés. « Mes destinations ne jouent pas sur mon salaire. Ils me paient la valeur de mon travail. Tout ce qui compte, c’est d’être disponible pour les meetings. »

… à la normalisation d’un phénomène

Thomas revendique pourtant un nomadisme différent de la nouvelle génération, qui multiplie les séjours courts. « Je me sens plus digital que nomade. Nous, on a besoin de s’intégrer dans la vie locale. Au final, nos déménagements ressemblent à des cycles de trois ou quatre ans. Bouger tous les mois, c’est avoir le cul entre deux chaises. » Thomas observe la démocratisation du phénomène avec ambivalence. « C’est plus simple aujourd’hui : les outils, le coworking, les communautés. Mais il y a moins d’aventure. Si tout est balisé, ce n’est plus une aventure. » À Bali, dit-il, « c’est devenu la jungle du nomadisme digital ».

Thomas appartient à cette première génération qui a expérimenté le travail à distance avant qu’il ne devienne un argument marketing pour les entreprises ou même les États. Avec le recul, il ne regrette rien. « Si j’étais jeune aujourd’hui, je referais la même chose. Peut-être même plus vite. » Installés à Lisbonne depuis 2023, la fin du cycle approche, une occasion pour le couple de reprendre leur liste de destinations.

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