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S’expatrier avec des enfants de 0 à 4 ans : un défi surtout pour les parents

Déménager avec un bébé ou un enfant en bas-âge peut sembler vertigineux, entre la naissance, les questions de santé, d’alimentation ou de garde qui viennent s’ajouter à une période déjà intense de la vie familiale. Pourtant, ces premières années de vie sont aussi celles où l’adaptation est la plus simple, à condition que les parents soient eux-mêmes sereins.

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S’expatrier avec des enfants de 0 à 4 ans : un défi surtout pour les parents

Violaine et Antoine ont décidé de partir s’installer à Vancouver en 2021, avec Jocelyn, 4 ans, et Alban, 1,5 an. Ils rêvaient de vivre une expérience à l’étranger, c’est le moment qu’ils ont choisi. « Les enfants sont petits, on avait moins de scrupules à les déraciner et on s’est lancés.» Ils préparent minutieusement leur installation et passent même une semaine de repérage sur place. « Notre repère dans le déménagement, c’était l’école française pour Jocelyn, c’est comme ça qu’on a choisi la ville où on allait vivre. Le fait que ça soit en français me stressait moins pour lui. » Même anticipation pour trouver la crèche d’Alban.

Lorsque la mission de son mari, Charles, débute en Côte d’Ivoire, Servane est enceinte de 7 mois et n’a jamais mis les pieds en Afrique. L’arrivée imminente du bébé rend le départ particulièrement anxiogène. « J’étais stressée , se souvient-elle , je me disais qu’il fallait absolument que j’ arrive à allaiter parce que je ne savais pas si j’allais pouvoir trouver le nécessaire pour un nouveau-né, sur place. »  À cela s’ajoute la logistique du déménagement et la scolarisation de leur aîné de 7 ans. Avec le recul, Servane reconnaît que beaucoup de ces craintes auraient pu être évitées “j’aurais dû me renseigner auprès de personnes dans la même situation familiale que moi, sur place”. 

Le bien-être des parents au coeur du sujet

À première vue, partir avec de très jeunes enfants peut paraître risqué. Pourtant, les 0-4 ans constituent au contraire une période particulièrement favorable à l’adaptation, d’après les spécialistes. Ce n’est d’ailleurs pas une situation marginale puisque selon une étude du réseau Expat Communication, près de 23% des enfants expatriés ont entre 0 et 6 ans. « À cet âge-là, explique Juliette de Chaisemartin, psychologue clinicienne spécialisée dans l’accompagnement des familles expatriées, l’enfant possède un appareil psychique très malléable, il a une façon d’ aborder la réalité changeante. Il n’a pas besoin d’un environnement social très large. Ce qui compte avant tout, c’est un cocon familial, c’est la relation sécurisante avec ses figures d’attachement. Il va tout chercher là. » Autrement dit, l’enfant ne perçoit pas forcément l’expatriation comme un bouleversement, tant que son univers affectif reste stable. En revanche, les tout-petits sont très sensibles au climat émotionnel qui les entoure « le bébé peut faire éponge, percevoir l’anxiété du parent référent et en ressentir les effets. » Dans ce contexte, la question centrale devient celle du bien-être des parents eux-mêmes

Apprendre à accepter de l’aide

En Côte d’Ivoire, Servane découvre une différence culturelle : la place de l’aide à domicile dans la vie quotidienne. À son arrivée avec Rose, 1 mois, et Victor, 7 ans, elle confie plutôt les tâches ménagères que les enfants à son employée. « Je voyais ça avec un regard très occidental. Pour moi, il y avait des horaires, quelque chose de très cadré. J’ai mis du temps à comprendre que, là-bas, la nounou fait vraiment partie de la maison. » Pendant plusieurs mois, elle préfère tout gérer seule. « Ma nounou partait à 17 heures, et c’était justement le moment le plus compliqué de la journée avec les enfants. » Ce n’est qu’à la naissance de son troisième enfant qu’elle prend pleinement conscience du confort que cette aide peut représenter. « J’ai organisé les choses pour être davantage entourée et je me suis rendu compte à quel point cela pouvait faciliter la vie. Dans certains pays d’expatriation, on bénéficie d’une aide quotidienne qui est un vrai luxe. »

Charles, Servane, Victor, Rose et Augustin à Abidjan

Charles, Servane, Victor, Rose et Augustin à Abidjan

Des enfants souvent plus flexibles que les adultes

À l’arrivée d’Antoine et Violaine à Vancouver, le conteneur est bloqué et leurs meubles mettent près de quatre mois à arriver. La famille vit alors avec très peu d’affaires et presque aucun jouet. « On avait pris six valises de jouets pour les enfants. J’appréhendais les semaines sans, sourit-elle, mais on s’est rendu compte que c’était un réflexe matérialiste d’adulte. » Très vite, la famille se fait prêter des affaires par les groupes d’entraide très développés et dynamiques au Canada. « En fait l’enfant s’adapte très bien et à cet âge là, il faut juste l’occuper, peu importe que ca soit son jouet à lui ou pas. »

La sociabilité ne pose pas davantage de difficulté. Jocelyn apprend en effet l’anglais très rapidement. « En quatre mois, il était déjà bilingue. Il apprenait en jouant avec ses copains anglophones. » Une aisance qui facilitera ensuite son entrée dans le système scolaire public anglophone. Selon des travaux de l’Université de Harvard, près de 90% du développement du cerveau a lieu avant l’âge de 5 ans. Cette grande plasticité explique la capacité des jeunes enfants à s’adapter rapidement à de nouveaux environnements, de nouvelles langues et de nouveaux repères.  

Dans la petite enfance, les enfants peuvent même devenir des alliés inattendus dans l’intégration de leurs parents. La spontanéité désamorce parfois les situations délicates comme en témoigne Servane en Côte d’Ivoire « Rose nous a fait vivre des situations cocasses avec la pauvreté de certains ivoiriens par exemple. Ils ne s’embarrassent pas de convenances à cet âge-là et posent les questions qui dérangent les adultes. Ça nous permet d’avoir des discussions et de dédramatiser.”

L’épreuve de la maternité à l’étranger

Si les enfants s’adaptent facilement, la période de la naissance peut en revanche être particulièrement éprouvante pour les mères expatriées.
« Accoucher dans une autre langue, loin de ses repères et de sa famille et dans un pays où la culture est différente sur la maternité,  peut accentuer la vulnérabilité du post-partum » , souligne Juliette de Chaisemartin. Violaine en a fait l’expérience lors de la naissance de son troisième enfant au Canada. « C’était en anglais, ça va encore parce que je me débrouillais. Mais le suivi était très différent de la France, c’est beaucoup moins médicalisé, et la sortie de la maternité se fait seulement quelques heures après l’accouchement.» Habituée au système français, Violaine a parfois eu le sentiment de devoir se conformer à une vision de la maternité qui n’était pas forcément la sienne. Une norme sociale qui peut parfois créer une sorte de pression.  « Ils poussent beaucoup à l’allaitement aussi. Tu as l’impression de devoir faire tout ça pour être une bonne mère. »  Dans un pays où les parents peuvent prendre jusqu’à un an de congé après la naissance, les structures de garde sont aussi moins accessibles pour les très jeunes enfants. « Pendant neuf mois j’ai été seule avec le bébé. Quand on n’a pas de relais familial, ça n’est pas facile. Heureusement je connaissais et je savais que ça allait passer ».

Servane comme Violaine ont été agréablement surprises par l’adaptation de leurs nouveaux-nés et petits enfants. Avec du recul, ce sont les parents qui projetaient leurs angoisses. Tant que le cocon familial reste solide, les enfants peuvent traverser ces changements avec une étonnant souplesse. La psychologue conclut : « Si on se trouve débordé ou qu’on a vécu un événement traumatisant, alors il faut se ménager du temps seul pour garder bébé en dehors de ça ». 

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