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L’avenir des GAFA : le danger viendra de l’intérieur

Nathalie Laville

Publié

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Aujourd’hui, oublions tout d’abord ces oracles du futur émettant pour certains quelques émanations de charlatanisme. Des oracles ne venant pas de la Tech, mais annonçant néanmoins à longueur d’éditoriaux le grand remplacement Robotique. Au XIXe siècle, Andrew Ure affirmait déjà que les usines parfaites seraient sans travailleurs. Il y a aussi 50 ans, Jeremy Rifkin prophétisait « The end of work ». Quant au grand remplacement auquel il faudrait s’adapter, ces oracles ne nous indiquent jamais précisément à quoi ni comment on va devoir s’adapter.

Rébellion dans la Silicon Valley
Pendant ce temps-là, dans la Silicon Valley chez les GAFA, on voit naître une forte contestation des salariés pourtant très bien rémunérés. Salariés bénéficiant de très nombreux avantages, dont des cantines dignes d’un 2 étoiles, des congés parentaux généreux, et des intéressements ou stock-options fabuleux. Nos oracles passent sous silence ces contestations, dont cette volonté de créer des syndicats. Syndicats toujours excessivement puissants aux USA.
Il est assez étonnant que Palantir Technologies, une entreprise de services et d’édition logicielle spécialisée dans le prédictif basé sur l’analyse et la science des mégadonnées ou Big data, qui fut créée par Alex Karp et financée par la CIA, entreprise qui est censée tout prévoir, n’ait pas vu venir cette révolution.
Pourquoi cette révolution ? Car les salariés de la Silicon Valley se sont rendu compte, que grâce à eux ou à cause d’eux, on se retrouve désormais face à un nouveau libéralisme digital s’appuyant totalement sur les épaules de Darwin. Et, ils ne veulent pas être les collaborateurs de ce darwinisme du XXIe siècle qui imposera à tous et toutes de se plier ou de disparaître. Un nouveau darwinisme enjoignant l’espèce humaine à s’adapter à cette mondialisation digitale addictive présentée comme une incontournable « happycracie ». Les salariés de la Silicon Valley sont opposés à cette mondialisation digitale ou économie du clic qui a discrètement généré un énorme nouveau prolétariat mondial.

Émergence d’un prolétariat digital
Un nouveau prolétariat encadré par un management algorithmique qui empêche toute contestation aux petites mains connectées par de micro-contrats de travail. Petites mains qui ont pour seul objectif de produire toujours plus de données de consommateurs et extraire de plus en plus de valeur de chaque utilisateur. Les GAFA ont en fait pousser subrepticement la chaîne de la sous-traitance à son paroxysme. Et qui est aujourd’hui encore moins coûteux que ce nouveau lumpenprolétariat, les prisonniers.
La société Vainu (https://product.vainu.io/) propose aux entreprises de sélectionner les sous-traitants les moins chers. Pour cela, Vainu a créé un partenariat avec l’Agence des sanctions criminelles finlandaise, qui gère les détenus. Premier contrat, des détenus qui généreront de la data en lisant entre autres des centaines de milliers d’articles de presse.
Enfin, messieurs et mesdames les oracles, n’ayez aucun doute là-dessus, les tâches humaines précises et répétitives resteront indispensables afin de compenser les erreurs et biais de l’intelligence artificielle. Cette contribution humaine invisible et très faiblement rémunérée sera toujours indispensable pour la simulation, la validation et l’entraînement. Sauf à faire produire par des logiciels de la data totalement artificielle, ce qui a déjà commencé avec les GAN Generative Adversarial Networks.
Les oracles oublient aussi le besoin de stabilité de notre espèce qui ne se laisse pas facilement dominer par l’apparition de flux en pleine accélération. À la fin dans nos démocraties c’est toujours l’intelligence collective qui décide, et ce sont les entreprises et les politiques qui s’adaptent.

Prise de conscience des salariés des GAFA
Pourquoi le danger viendra-t-il de l’intérieur aux USA ? Parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser aujourd’hui contre des projets de recherche qu’ils considèrent à la limite de la morale. Et, cela, alors que la plupart de ces salariés des GAFA sont passionnés par leurs métiers et par ladite recherche.
Hier encore, travailler dans la Tech n’était pas aussi immoral que de travailler dans la finance, mais avec l’apparition de ce lumpenprolétariat, cette perception est en train de changer.
Un déclencheur fut le fait que les accusations de harcèlement sexuel devaient être désormais obligatoirement réglées par un arbitrage forcé. L’autre coup de grâce à la moralité des GAFA fut porté par le scandale Cambridge Analytica et la dispersion de données privées. Plus la boîte de Pandore s’ouvrit, et plus les technos se sentirent trompés.

Ils en viennent à refuser de créer des fonctionnalités. La reconnaissance faciale leur pose problème. Ainsi que le fait de construire des bases de données pour les agences de contrôle des frontières. Ou des bases de données ciblant des individus en fonction de leur race, de leur sexualité ou de leur religion. Enfin nombre de technos refusent de fournir à l’armée des solutions d’intelligence artificielle ou casques de réalité augmentée pouvant servir à la guerre.

À quoi s’attendre
Il semble évident que ces « émois » humanistes et démocratiques vont freiner la progression des GAFA et probablement les affaiblir. Il en sera de même pour les autres sociétés technologiques et start up souvent basées en Californie. Cela permettra malheureusement aux entreprises chinoises non humanistes et non démocratiques déjà très puissantes de devenir éventuellement incontournables, et là est le danger.
L’Europe technologique assez divisée se retrouve elle dans une position de faiblesse face aux technologies et intelligence artificielle du XXIe siècle. Elle aura demain à choisir pour ses partenariats entre des entreprises américaines toujours dominantes bien sûr, mais des entreprises ayant des valeurs éthiques, de transparence, d’équité, et d’inclusion. L’autre choix serait de s’allier à des entreprises chinoises, toutes filles d’un autoritarisme gouvernemental quasi militaire, et pour qui l’éthique démocratique ne s’applique pas. Si rien n’évolue rapidement, l’Europe aura alors à choisir entre une petite peste et un gros choléra.

Par Bernard Jomard.

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