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L’AEFE, la colonne vertébrale d’un réseau unique au monde

L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) est un établissement public français dédié au suivi et à l’animation du réseau des établissements d’enseignement français à l’étranger. Il est chargé par le gouvernement de piloter le plan de développement de ces établissements d’ici à 2030… Un beau challenge !

Nathalie Laville

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L’agence est un opérateur de l’État sous tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Elle gère 71 établissements en gestion directe, 156 autres ont passé une convention avec l’AEFE qui permet notamment d’affecter des personnels (établissements conventionnés) et 295 autres sont des établissements partenaires. Soit au total 522 établissements implantés dans 139 pays, qui scolarisent plus de 370 000 élèves dont 40% sont français. Tous ces établissements sont homologués par le ministère de l’Éducation nationale. Cela veut dire que cela garantit la conformité au modèle éducatif français et la qualité de l’enseignement dispensé. Ainsi, un élève issu d’un établissement homologué peut poursuivre sa scolarité sans examen préalable dans un autre établissement homologué ou dans un établissement public en France. Enfin, l’homologation de ces établissements permet aux élèves français qui y sont scolarisés d’être éligibles (sous conditions de ressources) aux bourses scolaires.

> Le rôle de l’AEFE dans le développement du plan

L’AEFE est la colonne vertébrale de ce réseau unique au monde.  « Notre mission, explique son directeur Olivier Brochet, est de “faire réseau”, de garantir la formation de tous les enseignants… Notre agence est au centre du plan du gouvernement, le doublement de nos effectifs est sous notre responsabilité. Il va nous falloir utiliser tous nos atouts ! Nous avons par exemple la capacité à former des jeunes au plurilinguisme. Ainsi, quand les autres établissements étrangers apprennent deux langues à leurs élèves, nous allons sur l’apprentissage d’au moins trois langues. Nous avons d’ailleurs 168 sections internationales dans les lycées français à l’étranger, ce qui représente un tiers des sections internationales dans l’ensemble de l’enseignement français. Notre objectif est de doubler ces sections internationales dans les trois prochaines années. »

Garantir la qualité de l’enseignement, cela passe nécessairement par un personnel enseignant très qualifié. « Nous avons aussi un atout important avec la formation de nos enseignants, ajoute M. Brochet. Nous allons ouvrir seize pôles de formation à travers le monde, cela nous permettra de renforcer notre offre de formation continue à l’ensemble de nos enseignants et de nos personnels du réseau mais aussi de former les primo-enseignant, en particulier les personnels recrutés localement. Pour développer ces instituts régionaux de formation nous nous associerons à l’ensemble des opérateurs avec lesquels nous conforterons nos partenariats pour utiliser au mieux l’offre de formation. J’ajoute que nous vérifierons régulièrement le fait que les équipes se forment en continu. Nous vérifions nos homologations tous les cinq ans. C’est important que notre offre de formation soit forte pour avoir des ressources humaines les plus qualifiées possibles. »

Car l’AEFE gère quelque 6 000 détachés de l’Education nationale, pour partie du personnel encadrant, pour partie enseignant. Malgré tout, l’Agence doit aussi faire face à une pénurie de personnels et veiller à la qualité de l’enseignement avec des enseignants recrutés localement. Ainsi, par exemple, le Liban qui scolarise quelque 60 000 élèves dans son réseau n’a que 7 % de ses enseignants qui sont des titulaires français. Pour autant, il obtient d’excellents résultats au bac !

> Quels sont les atouts des établissements français à l’étranger ?

Les établissements français de l’étranger doivent faire  valoir leurs atouts s’ils veulent exister à l’étranger. « La réforme du bac, si elle peut être attractive car plus conforme au fonctionnement anglo-saxon, n’est pas toujours simple à expliquer à des familles qui ont elles-mêmes passées le bac français, témoigne M. Brochet. Il faut savoir que nous avons la chance d’avoir dans 80% de nos établissements au moins huit spécialités (sur douze) proposées à nos élèves, avec un important socle en maths. Les familles ont plutôt bien compris la réforme, mais nous avons tout de même un important effort d’information, de communication à faire auprès des parents. Nous informons aussi les universités, avec nos ambassades, et leur expliquons que cette réforme formera des jeunes qui répondront encore mieux à leurs attentes. C’est un vrai travail pédagogique. »

Dans le même temps, l’AEFE ne perd pas de vue que ces jeunes bacheliers peuvent intégrer le cursus supérieur français : sur 18 000 bacheliers, 12 000 se retrouvent aujourd’hui dans Parcoursup. L’objectif de l’Agence est d’augmenter ce nombre, faisant ainsi la promotion de l’enseignement supérieur français auprès de leurs élèves. C’est d’ailleurs pour cela qu’il existe une Bourse d’Excellence-Major, pour permettre aux candidatures étrangères d’excellence de poursuivre leurs études en France : ce dispositif des bourses permet de soutenir environ 150 étudiants par an de nationalité étrangère pendant cinq années d’études en France.

« Notre autre atout est celui de la maternelle, assure M. Brochet. C’est assez unique dans le monde, cet enseignement que nous prodiguons aux jeunes enfants et qui a fait ses preuves. C’est aussi une possibilité pour nous de faire entrer dans le système français des jeunes alors qu’ils ont seulement trois ans. Sans oublier la collaboration avec les parents, qui doit s’intensifier. Notre CA sera enrichi de deux représentatnts supplémentaires, dont les modalités de désignation ne sont pas encore définies. D’ailleurs, nous allons aussi intégrer un représentant des anciens élèves, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Nous voulons mieux les associer et renforcer notre dialogue, en particulier pour son orientation budgétaire. » 

> Comment l’AEFE compte-t-elle développer son réseau ?

« Depuis le 1er janvier 2019, nous avons créé un service de l’appui et du développement  du réseau qui prend contact avec les nouveaux partenaires validés par les ambassades, conclut Olivier Brochet. Nous identifions ce que sont leurs besoins d’accompagnement pour aller le plus rapidement possible vers l’homologation. Depuis le début de l’année, nous avons déjà signé plus de trente conventions d’accompagnement avec des établissements et une vingtaine d’autres sont en négociations. Les ambassades vont travailler à réviser leur plan École. Elles devront réaliser des études stratégiques, réfléchir à la place de l’enseignement français dans le pays où elles sont installées, à celle de la concurrence, nous dire s’il y a un intérêt à le développer… Il faudra aussi qu’elles puissent identifier des porteurs de projets et les accompagner jusqu’à leur homologation. Les ambassades analyseront les besoins et les offres sur le terrain, notre préférence allant vers le développement d’établissements dans des lieux où nous ne sommes pas encore présents. Et si jamais nous sommes directement saisis par des porteurs de projets, nous ferons le lien avec nos ambassades pour qu’elles nous fassent un retour. »

L’AEFE commence tout juste à travailler avec ses partenaires afin d’accélérer le développement de son réseau sur dix ans : si l’ambition est réelle, la volonté aussi, les moyens le sont un peu moins. Reste donc à savoir si tous les acteurs joueront le jeu

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