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La Mission laïque, association indépendante mais partenaire incontournable

Dans une interview accordée au Journal des Français à l’étranger, Jean-Christophe Deberre, DG de la Mission laïque française, revient sur ses missions et livre son analyse sur le plan de développement des établissements français à l’étranger voulu par le chef de l’État.

Nathalie Laville

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Que pensez-vous de cette volonté de doubler les effectifs des établissements français dans le monde ?

Jean-Christophe Deberre : La Mission laïque française est libre de ses choix, c’est une association indépendante. Nous reconnaissons  bien sûr le rôle de l’opérateur public qu’est l’AEFE. Pour autant, la Mission laïque française est concernée par ce plan de développement, justement car l’Etat entend bien s’appuyer sur des partenaires comme nous. Néanmoins, il me semble important de poser comme préalable la difficulté de se développer à l’étranger. Le monde a changé, l’attractivité de l’enseignement français à l’étranger est moins évidente, la concurrence est rude. Nous constatons souvent que la demande se reporte sur des filières bilingues non homologuées. Ou encore sur des établissements qui empruntent à l’enseignement français mais ne sont pas homologués, par exemple dans les pays francophones.

Et les zones traditionnellement demandeuses le sont moins actuellement, comme les pays du Golfe ou encore le Liban. Les familles traversent davantage de difficultés financières, et même si nous essayons d’absorber les hausses de coûts, cela reste difficile pour elles.

Tout cela implique que nous sachions nous adapter aux réalités d’aujourd’hui. L’enseignement français à l’international doit sortir de sa bulle s’il veut se développer, en particulier autour des compétences plurilingues. Ainsi, nous pensons que le trilinguisme doit se développer dès la maternelle.

Comment sur le terrain est-il possible de se développer ?

J.C. D : La ressource humaine est un vrai défi à relever. La réalité est que les enseignants détachés quittent moins facilement le territoire national. Ils ont une plus grande demande en matière de sécurité sanitaire, sociale et salariale. La réforme aujourd’hui impose des carrières courtes à l’international, pas plus de six ans. Nous craignons que cela soit un frein supplémentaire au départ. Certains de nos établissements ont de moins en moins de titulaires, avec des enseignants de plus en plus souvent recrutés localement. Nous devons travailler avec ces personnels qui ne sont pas toujours français, et qui ne sont pas forcément familiarisés avec notre système de formation même s’ils maîtrisent parfaitement le français.

Je crois important de souligner qu’il s’agit d’une mission à effectuer à l’étranger, pas seulement d’enseigner. L’Etat doit être capable de valoriser les personnels lors de leur retour, c’est aussi une des clés de la réussite du projet si l’on veut attirer des enseignants. La politique de ressources humaines doit être adaptée à chacun.

Quel regard portez-vous sur ce plan ?

J.C. D : Cela ne va pas être simple. Le message présidentiel est passionnant : pour la première fois, on jette un véritable défi à l’enseignement français à l’étranger. Ce qui est intéressant, c’est ce qui est sous-jacent : « Surtout, ne ronronnez pas ! » Le président rappelle que nous avons une véritable force avec ce réseau, maintenant il nous demande de faire fructifier ce patrimoine. Qui n’avance pas recule, cette dynamique nous plaît. Nous aussi nous progressons chaque année, mais lentement : 108 établissement en 2017-2018, 113 en 2018-2019.

Le défi vous semble-t-il possible à relever ?

J.C. D : La question est de savoir si la langue et la culture française prospéreront uniquement à travers l’enseignement homologué. Il faut savoir que nous aurons de plus en plus d’établissements labellisés. Je crois que l’enseignement français à l’étranger doit être plus ouvert, c’est un outil de coopération culturelle. Nous sommes marqués par notre héritage colonial. À nous de faire en sorte que cet enseignement soit vivace, qu’il intègre la volonté de ces pays d’accueil de renouer avec leur propre héritage. Et sans doute devons-nous être plus ouvert sur les programmes : le socle doit être conservé, mais dans quelle proportion ? L’enseignement français peut être un modèle d’ouverture s’il veut continuer à rester attractif. Ainsi, en ce qui concerne l’offre de formation des enseignants, il faut un modèle qui s’adapte. Autrement dit, on ne peut plus enseigner si on ne connaît pas l’enseignement local, notre voisin immédiat.

Nous devons aussi valoriser nos atouts. L’un d’entre eux est la laïcité par exemple, au sens où elle est synonyme de liberté. La laïcité permet, selon celles et ceux qui viennent dans notre système éducatif, de construire un jugement libre. C’est quelque chose d’assez rare dans le monde, qui séduit les jeunes passés par notre système d’éducation.

Comment êtes-vous associés à ce plan ?

J.C. D : Nous devons avoir une réflexion exigeante pour éviter de perdre du terrain comme c’est le cas actuellement aux États-Unis. Si nous ne parvenons pas à conserver nos positions là-bas, nous ne les conserverons pas ailleurs. Nous devons pour cela travailler sur notre capacité d’adaptation et de formation. Nous pourrions nous développer en Afrique de l’Ouest où la demande existe mais où les moyens ne sont pas à la hauteur du prix de notre enseignement, il faut donc trouver un autre modèle de présence. Par exemple, en Angola, nous développons des lycées  avec  Total.

Nous devons trouver des modèles alternatifs pour répondre aux demandes des parents. Cela implique de reprendre ce qui est tombé en désuétude, comme la coopération scolaire. À nous de trouver des partenaires qui permettent aux classes moyennes d’accéder à des écoles décentes, en travaillant au cas par cas. Il faut aussi que nous ayons davantage d’enseignants recrutés localement en Europe. Il faut le savoir, l’essentiel des enseignants français détachés  sont en poste   en Europe, il faut davantage développer  leur mobilité. Et, surtout, recruter des personnels locaux et leur permettre de garantir la qualité de notre enseignement.

Pour ce faire, la Mission laïque française est compétente pour aussi former ces personnels locaux. Selon nous, tous doivent pouvoir se former, les locaux comme les Français, les nouveaux arrivants comme les anciens, car il faut créer un corps enseignant cohérent et uni. Pour ce qui concerne les nouveaux diplômés, le master MEF sera sans doute très utile, mais insuffisant. Il faut le savoir, en limitant les carrières à l’international à six ans, le développement de ce plan reposera surtout sur les enseignants locaux. Et les formations sont souvent dépendantes des particularismes locaux. Nous, nous préférons parlons de culture d’établissement. Nous parions sur la capitalisation des projets. Nous avons d’ailleurs créé un Forum pédagogique qui permet un partage d’expériences. Désormais, ce sont plus de 1 000 enseignants qui sont  en ligne de leur propre chef ou avec des professeurs ressources qui permettent des échanges entre pairs. Ce sont tous ces outils qui permettront de donner aux professeurs la possibilité de garantir un enseignement original, de qualité, que rechercheront les familles, françaises ou étrangères.

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