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La Mission laïque française, un exemple pour l’enseignement numérique

Avec son équipe, le directeur Jean-Christophe Deberre de la Mission laïque française, à la tête de 112 établissements d’enseignement français à l’étranger, nous parle de son réseau face au coronavirus.

Nathalie Laville

Publié

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Mlf Numérique

Le monde confiné, ce sont des millions d’enfants privés d’école à travers le globe. 1,5 milliard de jeunes qui, de la maternelle à la fac, ne retrouvent plus les bancs de leurs établissements. Alors il a fallu se creuser les méninges pour trouver d’autres solutions qui permettent de ne pas rompre le lien élève-professeur. Et de ce côté-là, la Mission laïque française avait quelques longueurs d’avance… Nous avons échangé avec son directeur général Jean-Christophe Deberre, son directeur adjoint, Michel Bur, Julie Higounet, responsable et chargée de la formation et Delphine Regnard, en charge du déploiement du projet numérique.

Comment la crise a-t-elle été gérée par la MLF ? Comment le fait d’enseigner à l’étranger lui a-t-il permis de se doter d’outils spécifiques pour affronter la crise d’aujourd’hui ?

J.-C. Deberre : Cette crise a pris tout le monde au dépourvu, en France comme ailleurs. Contrairement à ce mythe français selon lequel tout est partout pareil, la nature même de l’enseignement est différente selon les lieux, les personnels. Ce sont d’abord des unités particulières, des individus avec leurs appétences et leurs talents. La crise a mis en exergue ces disparités, nous n’échappons pas à la règle commune. Mais cela fait plusieurs années que la Mission laïque a beaucoup investi sur le numérique. Progressivement, nous avons de façon très volontariste infusé du numérique dans la pédagogie grâce à certains de collègues, plus sensibilisés. Nous nous sommes posés la question de savoir comment on travaille quand il n’y a plus personne en classe. Je crois aussi que la formation doit procéder du professeur lui même, c’est lui qui peut évaluer ses besoins, ses désirs. L’architecture de la formation peut commencer à se construire quand elle part des agents eux-mêmes, quand ils sont les acteurs de la transmission. Ainsi, au lieu d’entrer de façon soudaine dans le numérique par les ressources, nous y sommes rentrés par la construction du professeur nouveau avec notre Forum pédagogique qui propose des formations entre pairs.

Michel Bur : Cette crise est aussi une formidable opportunité pour interroger le métier d’enseignant et ses pratiques pour mettre l’élève en interaction avec les autres, en autonomie. Notre priorité était d’éviter la passivité que peut générer le numérique. Il nous a fallu dans l’urgence former nos enseignants qui ne l’étaient pas, car moins agiles, moins concernés a priori. L’objectif était de les aider à scénariser cet enseignement à distance avec l’élève au centre du jeu.

Comment le retour en classe va-t-il se faire dès le 11 mai ?

 J.-C. Deberre : Nous sommes concernés à différents degrés, car tous les pays n’ont pas prévu d’organiser une rentrée prochainement. Pour ceux qui ne “déconfinent” pas, comme les pays du Golfe, nous poursuivrons la scolarité à distance. Mais il me semble qu’il ne faut pas considérer ce que nous avons initié comme étant provisoire. Ce temps-là ne peut pas être perdu. Quant aux zones qui connaissent des problèmes d’accès à Internet, comme à Addis-Abeba, ils arrivent à dépasser ces difficultés. Il me semble que notre principal problème, est celui des familles qui ne maîtrisent pas le français, qui ont choisi le système français parce qu’ils ont confiance, mais dans la séquence, ils ont été sollicités pour accompagner leurs enfants. Et cela est forcément très difficile pour eux. Ils ont sans doute été désemparés, c’est pourquoi je crois qu’à l’avenir il faudra aussi former les parents, les préparer, les informer plus en détail de la scolarité de leurs enfants.

Michel Bur : Nous sommes confrontés à des problèmes auxquels l’enseignement français dans le monde n’avait jamais dû répondre. Il est difficile de gérer de façon compréhensible et juste dans un contexte si inégal. Comme pour les établissements  dans l’Hexagone, nous rencontrons notamment des problèmes au travers des évaluations, en particulier avec le 3e trimestre.

En quoi vos apprentissages à distance diffèrent-ils de ce que les profs ont pu mettre en place en métropole ?

 Julie Higounet : Dans notre Forum, nous avons de nombreux groupes qui travaillent dans la continuité. On parle de pédagogie de fond. Ils ont aussi des sessions pour les aider à bien prendre en main les outils numériques. Ils travaillent aussi sur la façon dont on maintient cette unité de la classe, comment on conserve l’esprit de la communauté enseignant-élèves, comment on évalue tout le monde, comment on scénarise le tout, comment on anime une salle de visioconférence…

Michel Bur : Toutes les semaines, avec notre collaboratrice Melissa, nous animons des sessions avec les personnels d’encadrement pour leur expliquer les enjeux d’une communication avec les parents en cette période difficile. Il est vrai que les enseignants l’appréhendent parfois difficilement. Avec cette crise, on a vu de belles choses apparaître, désormais les échanges parents/enseignants sont plus sereins, même si le problème du financement se pose : les parents qui financent cet enseignement ont parfois du mal à comprendre qu’ils doivent continuer à le faire alors que leurs enfants ne vont plus à l’école…

J.-C. Deberre : Et oui, nous avons deux crises à gérer : sanitaire et financière. Certains de nos parents sont très touchés avec l’arrêt du tourisme par exemple en Espagne ou au Liban, où la crise est abyssale. Ce que nous devons traiter, c’est leur angoisse pour l’avenir, nous ne devons pas négliger les situations individuelles.

Delphine Regnard : Dans nos sessions de formation, nous réfléchissons beaucoup au fait que les nouveaux outils doivent permettre de faire une place à chacun. Chaque élève peut être accueilli de façon à ce que l’on réponde à ses propres besoins de formation. Certains outils donnent cette opportunité. Il est important de travailler à partir d’une classe réelle et pas rêvée. Nous avons d’ailleurs des session de formation pour l’accompagnement à distance des élèves à besoin particulier.

Que pourrait apporter au réseau hexagonal la MLF avec ses formations ? Dans la séquence, le ministère de l’Education nationale n’aurait-il pas pu travailler avec vous pour former ses enseignants à l’enseignement à distance ?

J.-C. Deberre : L’État nous connaît, et s’il nous le demande, nous serons disponible. Le seul sujet, c’est que des écosystèmes, comme ceux qui se développent chez nous grâce à notre Forum, ont leur histoire, leur économie, leur efficacité. Les process d’industrialisation sont très lents, leur transposition devraient être abordés avec délicatesse.

Michel Bur : Il arrive que des enseignants qui ne font pas partie de notre réseau demandent à suivre nos formations. Nous leur ouvrons la porte quand cela est possible, mais nous avons rarement de la place. Il me semble que la grande différence avec l’Education nationale,  c’est la confiance, importante, traduite par un engagement de tout un chacun sans jugement de valeur. Nos formations se font entre pairs, la hiérarchie n’a pas son mot à dire, les enseignants se transmettent des contenus, des pratiques en toute liberté. Nous allons ainsi plus loin et de manière plus durable. Le ministère de l’Education nationale rigidifie les process, nous avons une bien plus grande liberté d’action et d’initiative.

 

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