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Interviews de l’été : Rencontre avec Dana Gruia-Dufaut

Les élections consulaires de mai dernier ont révélé une nouvelle génération d’élus aux origines et aux parcours singuliers. Durant tout l’été, nous vous proposons de découvrir ces nouveaux visages qui représentent la France et les Français à l’étranger. Aujourd’hui, rencontre avec Dana Gruia-Dufaut, Conseillère des Français de l’Etranger, élue pour la circonscription de Roumanie-Moldavie.  

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Français à l’étranger :  Quels sont les grands enjeux de votre circonscription et comment entendez-vous conduire votre action ?

Dana Gruia-Dufaut : La Roumanie pays ou j’ai été élue, fait partie de l’Union Européenne. A ce titre donc, l’expatriation de nos concitoyens vers ce Pays est d’une certaine manière plus facile … Mais toute expatriation entraine aussi le besoin de sécuriser sa présence dans le pays d’accueil. Cela veut dire qu’il faut dépasser beaucoup de situations, telles que trouver un logement, inscrire son enfant à l’école, bien gérer sa résidence fiscale ou l’assurance sociale pour soi-même et sa famille. Et si pour la Roumanie les choses semblent plus faciles, car on parle d’un pays membre de l’UE, elles n’en sont pas pour autant banales. Mon engagement envers la communauté se concrétise par des actions articulées principalement autour de trois dimensions : l’éducation, notamment l’accès à l’éducation en langue française et le support aux familles françaises ou encore aux étudiants français, l’entraide qui passe par le support administratif et le projet social, ainsi que l’emploi, par le développement d’un incubateur d’emploi pour les conjoint(e)s. Mon engagement bénévole tient compte du statut consultatif que nous avons en tant que Conseillers des Français à l’Etranger. Il se trouve que j’ai une connaissance du terrain de près de 30 ans, mais également de par ma profession d’avocat une compétence professionnelle dans le domaine du conseil et de l’orientation juridique franco-roumaine, de même que suis très impliquée dans le réseau associatif des Français en Roumanie. D’ailleurs, le fait d’avoir choisi comme colistiers, dans les élections passées, des personnes résidant depuis longtemps en Roumanie engagées dans des associations au service des Français exprime ma croyance forte que beaucoup des problèmes actuels auxquels sont confrontés les expatriés français peuvent trouver une solution par un support de proximité offert par les associations et les consuls honoraires. Je compte, donc, beaucoup sur le support de proximité que peuvent offrir les associations et je milite pour une amélioration du financement offert à ces structures car, outre l’orientation qu’elles peuvent offrir sur des questions administratives locales, elles peuvent s’affirmer comme des pôles de support professionnel importants dans chaque région.

D’autre part, ce n’est pas quelque chose de nouveau le fait que le réseau éducationnel français à l’étranger est régulièrement menacé faute de financements. L’enseignement en français est indispensable pour pérenniser le lien avec la France, que ce soit dans les écoles françaises ou par les initiatives parentales comme les écoles maternelles ou les initiatives FLAM. J´ai moi-même contribué à installer une école française à Bucarest et je suis toujours prête à soutenir des initiatives privées dans d’autres régions du pays.

FAE : Selon vous, quels seront le cadre et les limites de votre champ d’action ?

D.G-D. : Les Conseillers des Français de l’Etranger sont très importants. Ils sont, comme vous le savez,
une interface entre la communauté des français et nos autorités, qu’elles soient locales ou nationales, ils sont des lanceurs d’alerte auprès des autorités lorsqu’une règlementation française ou une situation locale a des conséquences négatives pour les Français de l’étranger. A cet effet, je pense qu’être un Conseiller indépendant sans parti pris politique peut aider doublement car on peut œuvrer un consensus de nos politiciens. Personnellement, j’interviens pour aider et conseiller aussi bien les personnes, que les associations locales. En tant que Conseillers des Français de l’Etranger nous avons droit de vote pour les bourses qu’accorde l’Etat français à nos élèves et lycéens présents en Roumanie. Mais, nous sommes aussi avec les 442 autres Conseillers des Français de l’Etranger de par le monde, les électeurs des Sénateurs des
Français de l’étranger. Nous n’avons pas le pouvoir de tout résoudre, mais par la force de notre connaissance de la Roumanie et de la Moldavie et aussi par la force de nos compétences professionnelles et de notre position de représentation qui nous confère la fonction de conseiller, nous essayons d’aider au
règlement de ces problèmes par le dialogue avec les personnes concernées et aussi par le vote donné dans le cadre des conseils consulaires.

FAE : Pourquoi avez-vous souhaité vous impliquer dans ces responsabilités consulaires ?

D.G-D. : Je travaille en Roumanie depuis près de 30 ans et, pendant toutes ces années, j’ai eu la chance de pouvoir déployer mes compétences au profit de la communauté des Français que j’ai vu grandir année après année. Comme avocat, j’ai toujours placé les intérêts de mes clients en premier. Mais au-delà du coté professionnel de mon métier, j’ai eu envie il y a 7ans, lorsque la fonction a été créée pour la première fois, de m’impliquer plus dans l’aide aux personnes, que sont les français vivant en Roumanie et en Moldavie. C’est donc tout naturellement que j’ai adhéré à la mission des Conseillers des Français de l’étranger qui est de servir l’intérêt de nos concitoyens et j’ai toujours considéré que la réalisation de cette mission passe tout d’abord et avant tout par le support et par l’aide que nous pouvoir leur offrir. C’est ce que j’ai essayé de faire d’ailleurs en tant qu’Administrateur de la Chambre de Commerce Française en Roumanie ou bien comme membre d’autres structures associatives de Français de Roumanie.

FAE : Avez-vous rencontré des difficultés d’intégration dans votre pays d’accueil et quels sont vos liens avec la communauté française présente ?

D.G-D. : L’intégration n’est pas toujours sans problèmes, même si on parle, dans le cas de la Roumanie, d’un pays membre de l’Union Européenne et qui plus est d’un pays phare de la francophonie. Cependant, pour moi, l’intégration a été tout naturelle, car je connaissais non seulement la langue du pays, mais aussi le mode de vie local, la façon d’être des Roumains, j’y ai retrouvé une partie de ma famille et des amis que je n’avais plus vu depuis mon plus jeune âge. En même temps, par la force de mon travail j’ai toujours maintenu des liens avec la France et j’ai été impliquée dès le début dans la communauté française de Roumanie. Au final, cette présence en Roumanie m’a permis d’affirmer ma double culture et de bâtir des ponts entre les deux pays.

FAE : Aviez-vous précédemment un lien particulier, par exemple familial, avec le pays dans lequel vous
avez été élue ?

D.G-D. : Roumaine d’origine, j’ai quitté ce pays à l’âge de 17 ans. A la fin des années 70, mes parents ont décidé de tout laisser derrière eux et de fuir le régime communiste devenu insupportable par la folie destructrice de Nicolae Ceausescu, pour donner à leurs enfants la chance de vivre en liberté. Mes parents étaient des intellectuels – une catégorie des plus réprimée par le régime communiste. Mon père était avocat. Ma mère était chimiste et issue d’une famille qui avait donné un président de l’Académie Roumaine et de la Haute Cour de Cassation et de Justice…Après la chute du régime communiste, j’ai accompagné mon père en Roumanie pour revoir une partie de la famille dont nous avions été séparés et mon destin a changé à nouveau. Peu de temps après, en 1991, je retournais en Roumanie en tant qu’avocat français pour assister le groupe Colas à s’installer dans le pays.

FAE :  Avez-vous connu d’autres expériences d’expatriation ?

D.G-D. : Non, pas forcément ! Si on ne prend pas en compte mon installation en France à l’âge de 17 ans, où j’ai tout connu : enseignement en français, nouer de nouveaux contacts et créer une vie sociale, adopter le mode de vie local, construire une carrière.

FAE :  Quel est votre parcours professionnel?

D.G-D. : Après être passé par le Lycée du Parc à Lyon, je suis montée à la Capitale et j’ai fait des études de droit à Sorbonne où j’ai décroché une licence, puis j’ai continué avec deux maîtrises de droit des affaires et droit immobilier. En 1987, je suis entrée dans la profession d’avocat au Barreau de Paris, déterminée à construire une carrière dans le domaine du droit des affaires et j’ai commencé à collaborer avec un cabinet d’avocats parisien. Après une première mission d’accompagnement à Bucarest, en 1991, et quelques autres projets juridiques dans le pays, j’ai décidé de me lancer sur ce marché. Dans un premier temps, j’ai collaboré avec Ernst & Young sur de nombreux programmes de privatisations en Roumanie. Ultérieurement, en tant qu’Avocat Conseil de l’Ambassade de France en Roumanie (1996-2011), de Conseiller du Commerce Extérieur de la France (1998-2010) ou en tant qu’Avocate inscrite au Barreau de Bucarest, j’ai aidé à l’implantation en Roumanie de certains des plus grands groupes français, par l’intermédiaire du Cabinet d’Avocats que j’ai créé à Bucarest en 2002, dès que la législation roumaine a reconnu mes diplômes français.

En parallèle avec ma profession d’avocat, je me suis impliquée dés le début dans la vie associative des Français de Roumanie. Je suis membre du Conseil directeur de la Chambre de Commerce Française en Roumanie (depuis 2010) et aussi membre du Club Francophone des Affaires de Sibiu ou de l’Association « Accueil Français à Bucarest ».

FAE : Disposez-vous de la double nationalité ? Ce statut vous semble-t-il présenter un quelconque
avantage ?

D.G-D. : Oui…Arrivée en France dans fin des années ‘70 avec un statut de réfugié, j’ai eu nationalité française dès 1981. A l’époque, mes parents auraient bien voulu renoncer à la nationalité roumaine, mais il fallait payer l’état communiste et cela était assez cher pour la famille de 4 que nous étions … J’ai donc gardé aussi ma nationalité roumaine, mais en tant qu’ancienne réfugiée politique en France, je n’ai pu mettre les pieds dans aucun Pays de l’Est avant 1990 ….Pour répondre à votre question je dirais que je ne vois pas la nationalité comme un avantage, mais plutôt comme un signe d’appartenance et une reconnaissance de mes droits citoyens. Etre binational nous permet de nous reconnaître comme Français et Roumain à la fois et être actif sur la scène nationale. On ne tourne pas le dos à nos racines, à nos familles d’origine, mais non plus au pays qui, à bien des égards, nous a formé, éduqué et marqué. C’est finalement un droit de prendre part à la vie de mon pays d’adoption ou de naissance, et être concitoyen de ceux et celles avec lesquels je vis. Je reprendrai ici, une formule que je pourrais faire mienne, de notre Ministre et néanmoins compatriote Roxana MARACINEANU, qui disait qu’elle se sent « entièrement roumaine et entièrement française »

FAE : Si vous ne deviez retenir qu’un souvenir heureux… et un autre malheureux de votre vie à l’étranger, quels seraient-ils ?

D.G-D. : De retour en Roumanie, juste après la Révolution en 1989, je me rappelle qu’on vendait dans la rue de Bucarest des « martitsoare », qui sont les amulettes porte-bonheur que les filles et les femmes portent attachés à la poitrine tout au long du mois de mars et qui sont considérées comme une expression de l’unité des contraires: printemps-hiver, lumière-ombre, fertilité-stérilité. Cependant, à la place des signes du printemps auxquels on devait s’attendre traditionnellement, ces amulettes affichaient le visage d’un politicien de la Révolution, Petre Roman, qui allait devenir Premier Ministre. Ce fut un sentiment bizarre que de voir bafoué et tourné en ridicule une si belle tradition, pleine de symboles ancestraux. Même si le vent de la liberté soufflait en Roumanie, il y avait quelque chose qui me « hérissait le poil »…. C’est un sentiment que j’ai souvent eu dans cette Roumanie du début des années 90…

En ce qui concernent les souvenirs heureux, il y en a eu tellement que j’aurais du mal à les énumérer tous ! On ne reste pas expatrié dans un pays aussi longtemps si la balance ne penche pas du côté du bonheur ! Et pour ce qui est de mes concitoyens français expatriés en Roumanie, on les voit parfois arriver dans ce pays, presque en pleurant, comme si c’était une punition, mais quelques années après, si jamais ils doivent quitter le Pays, là, ils le quittent pour de bon en pleurant !

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