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La Grande Région, un modèle de coopération transfrontalière

Durant deux mois, le Journal des Français à l’étranger vous propose un grand dossier sur les échanges frontaliers. Aujourd’hui, présentation de la Grande Région, premier bassin d’emplois transfrontaliers au sein de l’Union européenne.

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La Grande Région, un modèle de coopération transfrontalière

Bienvenue dans cet immense espace de coopération transfrontalière d’une superficie de 65.400 km² où vivent près de 12 millions d’habitants. La Grande Région rassemble les länder allemands de Rhénanie-Palatinat et de Sarre, la Lorraine (au sein de la Région Grand Est), le Grand-Duché de Luxembourg et, en Belgique, la Wallonie, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la communauté germanophone de Belgique. Autrement dit, des entités régionales qui collaborent ensemble en dépit de cadres politiques, juridiques et socio-économiques différents.

La Grande Région est aussi un bassin d’emploi considérable qui concerne plus de 250.000 travailleurs frontaliers, flux le plus important au sein de l’Union européenne. Cela ne date pas d’hier. Cette tradition de travail frontalier a connu un essor dans les années 1960 – lorsqu’il s’est agi de renforcer la collaboration entre les territoires dits du « triangle minier » (avec la Sarre, la Lorraine et le Luxembourg) – et s’est renforcée dans les années 70 lors de la crise du charbon et de l’acier via les commissions intergouvernementales et au gré de la progression de l’intégration européenne.

Bien entendu, ces flux de travailleurs répondent aux besoins économiques du moment. Les travaux d’analyse menés par les équipes de la Grande Région relèvent par exemple que la fin des années 1970 a correspondu à un important mouvement de travailleurs issus de Lorraine vers le land de Sarre et la partie occidentale du Palatinat, des régions fortes de leurs industries automobiles, « ce qui représentait […] une solution partielle au problème posé par la suppression des emplois dans les domaines de l’exploitation minière et de la métallurgie »(1).

Des besoins en main-d’œuvre qualifiée

Aujourd’hui, comme l’expliquait il y a peu Jeanne Ruffing, coordinatrice à l’Observatoire interrégional du marché de l’emploi (2), « les trois quarts de l’ensemble des frontaliers vont travailler au Luxembourg. La moitié de l’ensemble des frontaliers est originaire de Lorraine, territoire qui compte le plus grand nombre de sortants en Grande Région ». Outre le Luxembourg, ces derniers travaillent aussi en Sarre, en Rhénanie-Palatinat et en Wallonie. Mais le Grand-Duché est aussi une destination attractive pour les frontaliers allemands, comme l’observe Jeanne Ruffing, principalement « en provenance de Rhénanie-Palatinat ». Cette dernière observe également « un vieillissement au sein des frontaliers lorrains qui travaillent en Sarre et en Rhénanie-Palatinat. […] La structure de l’emploi a aussi évolué. Auparavant les frontaliers travaillaient majoritairement dans l’industrie, alors que leur part est aujourd’hui de plus en plus importante dans le tertiaire, à l’image des emplois offerts dans le secteur financier au Luxembourg, ou dans le domaine de la santé en Wallonie ».

D’une manière générale, les besoins en main-d’œuvre qualifiée restent importants sur le marché du travail en Grande Région. Le développement des technologies, notamment dans l’environnement numérique, illustre ce besoin de compétences recherchées par les entreprises.

Cette mise en rapport des candidats et des employeurs ainsi que les nombreuses informations sur les procédures et législations en vigueur dans ces régions frontalières sont apportées par Eures Grande Région. Le portail européen sur la mobilité de l’emploi, et dans le cas présent sa délégation locale, reste en effet une ressource incontournable pour appréhender le marché du travail dans ce territoire transfrontalier.

Une organisation bien rodée

Les instances qui administrent la Grande Région interviennent dans de nombreux domaines tels que la mobilité et le développement territorial (notamment pour améliorer les liaisons ferroviaires entre les principales villes de la région), l’économie locale, le tourisme et la culture, les problématiques environnementales… Elles soutiennent également différents programmes au titre de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie, à l’image du programme Shuman qui permet aux élèves d’une école de séjourner pendant deux semaines dans l’établissement d’un autre pays. Notons également le rôle de l’Université de la Grande Région (UNIGR), fondée en 2008. Ce Groupement universitaire transfrontalier regroupe sept universités (universités de Kaiserslautern, de Liège, de Lorraine, du Luxembourg, de Sarre, de Trèves ainsi que la HTV Saar, à Sarrebruck, en tant que partenaire associé). Cette coopération entre les établissements d’enseignement supérieur partenaires s’étend dans les domaines de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation en facilitant la mobilité transfrontalière des étudiants et des personnels.

Globalement, l’existence de la Grande Région au plan institutionnel permet de créer des synergies, comme l’expliquait Bruno Théret (vice-président du Comité économique et social de la Grande Région) dans nos colonnes (3), qui précisait que celle-ci « se structure aussi à travers tous les acteurs – entreprises, universités, centres de recherches, associations, parlementaires, syndicats, collectivités, diplomates, élus… – qui travaillent  à minimiser l’effet de frontière ».

Les instances de gouvernance

Elles interviennent à titre exécutif ou consultatif :

> Le Sommet des Exécutifs

C’est l’organe de prise de décision politique qui regroupe les chefs des exécutifs des territoires membres : ministres-présidents (Belgique et Allemagne), président du Conseil régional et préfet de région (France), ministre à la Grande Région et Premier ministre (Luxembourg). Au sein de cette institution, l’Observatoire interrégional du marché de l’emploi joue un rôle important. Cette structure permet d’analyser les grandes tendances du marché de l’emploi en Grande Région. Le réseau rassemble des organismes au fait de ces questions dans les différentes régions concernées. C’est le cas de l’Info-Institut en Sarre et Rhénanie-Palatinat ; de l’Agence pour le développement de l’emploi (Adem) et du Liser au Luxembourg ; de la Mission transfrontalière (MT) et du Centre de ressources et de documentation Eures/Frontaliers Grand Est pour la région éponyme ; du groupe de travail Ostbelgien Statistik pour la Belgique orientale ; ou encore de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) en Wallonie.

> Le Comité économique et social (CESGR)

L’organe consultatif composé d’experts et de partenaires économiques et sociaux. Il comprend trois groupes : représentation patronale, représentation syndicale et société civile ou administrative. Il émet des avis et résolutions dans les domaines économique, social et culturel. Il analyse également l’aménagement du territoire et le schéma de développement territorial du territoire transfrontalier.

> Le Conseil parlementaire interrégional (CPI)

Cet autre organe consultatif est constitué de membres des parlements régionaux (pour l’Allemagne et la Belgique), national (Luxembourg), ou du Conseil régional (France). Au sein de commissions thématiques, il édite des recommandations transmises ensuite au Sommet.

  • http://www.granderegion.net/Institutions/Organes-consultatifs/Conseil-Parlementaire-Interregional
  • D’autres instances concourent également à étoffer le dispositif de fonctionnement de la Grande Région. C’est le cas notamment de la Task Force Frontaliers qui planche sur les problèmes juridiques et administratifs que peuvent rencontrer les travailleurs frontaliers, étudiants, apprentis, les stagiaires et entreprises qui emploient des travailleurs frontaliers. On peut également citer le Centre européen Robert-Schuman, association indépendante dédiée à l’histoire de l’intégration européenne, aux réalisations de l’UE et ses enjeux. La Maison de la Grande Région, à Esch-sur-Alzette (Luxembourg) réunit quant à elle différents acteurs de la coopération transfrontalière en Grande Région.
  • http://www.granderegion.net/Institutions/Autres-acteurs/Task-Force-Frontaliers
  • http://www.centre-robert-schuman.org
  • http://www.granderegion.net/Institutions/Autres-acteurs/Maison-de-la-Grande-Region

La Région Grand Est aux manettes

Depuis le 20 janvier 2021 et  pour les deux prochaines années, c’est la Région française du Grand Est qui assure la présidence tournante du Sommet des Exécutifs de la Grande Région. Comme l’a indiqué Jean Rottner, le président du Conseil régional du Grand Est, quatre axes d’intervention prioritaires guident sa gouvernance :

  • Transformer les territoires, «pour retrouver une souveraineté industrielle et encourager la recherche médicale appliquée et sur les nouvelles formes d’énergie » ;
  • Valoriser les ressources communes, « comme l’eau, où les ressources sont partagées entre la Meuse, la Moselle et la Sarre, à travers le soutien à l’émergence de circuits-courts de consommation ou encore la protection de la biodiversité et des espaces naturels via le réseau Natura 2000 » ;
  • Relier les territoires et les citoyens, «pour garantir la mobilité des habitants dans l’espace transfrontalier et les intégrer dans un espace de vie commun […].
  • Protéger les habitants, « en renforçant les initiatives de coopération entre les régions, aussi bien en matière de santé publique que de sécurité et protection civile ».

(1) Exemples de bonnes pratiques pour le marché de l’emploi transfrontalier dans la Grande Région

(2) Eures Grande Région

(3) Journal des Français à l’étranger n°7, hiver 2020

 

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