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Brexit : « Les entreprises françaises au Royaume-Uni font preuve de résilience »

Partir ou rester ? Un an après le Brexit, Marilise Saghbini, la directrice de la Chambre de commerce française à Londres, affirme que très peu de sociétés tricolores ont choisi de quitter la Grande-Bretagne, préférant faire le gros dos en attendant des jours meilleurs. La question du recrutement d’employés européens est en revanche devenu un problème crucial. Cette interview a été réalisée en collaboration avec le Cercle d’Outre-Manche.

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Marise Saghbini

Marilise Saghbini a pris ses fonctions au début de l’automne 2020, en pleine crise du Covid-19 et avec le Brexit qui se préparait « Cela nous arrivait en pleine face sans vraiment savoir ce que ça allait donner, se souvient-elle. Je me suis dit « c’est vraiment non seulement un moment clé pour les entreprises françaises ou européennes qui se trouvent au Royaume-Uni, mais aussi l’occasion pour la Chambre de jouer son rôle de valeur ajoutée en représentant une voie plus grande que n’importe quelle entreprise ou même secteur peut avoir seul. » C’est la première fois que la Chambre de commerce française de Grande-Bretagne est dirigée par une Britannique et non une Française. « J’ai travaillé dans beaucoup de réseaux d’entreprises, mais aussi avec le gouvernement britannique et les institutions européennes et un moment à Bruxelles, explique Mme Saghbini. Je connais donc parfaitement l’écosystème britannique pour mieux faire le pont avec les entreprises françaises. »

Des liens commerciaux anciens

La Chambre de commerce française de Grande-Bretagne existe depuis 1883. « Cette longévité, ça rassure, ça veut dire qu’on a quand même passé un cap et qu’on se sent bien équipé pour affronter des tempêtes comme le Brexit » témoigne Marilise Saghbini, issue elle-même de la communauté francophone de Londres, diplômée du lycée français Charles de Gaulle. La Chambre propose d’une part des services pratiques aux entreprises : « C’est tout ce qui est implantations, domiciliation, aides, comptabilité, bilingue, etc, énumère la directrice. On a vraiment beaucoup travaillé sur l’adaptation et comment naviguer après le Brexit, on a pu donner les meilleurs conseils aux sociétés françaises qui cherchaient à s’installer ou à grandir sur le marché britannique. » La Chambre s’enorgueillit, par exemple, d’avoir pu attirer de nouvelles sociétés tricolores au Royaume-Uni, même depuis le divorce d’avec l’Union européenne. « On a été soutenu par le chèque « relance export » qui a beaucoup encouragé les entreprises françaises à quand même venir voir ce qui se passe sur le marché britannique. Il est vrai que les liens commerciaux existent depuis bien longtemps entre les deux pays. »

Un marché dominé par les services

La deuxième mission de la Chambre, et pas la moindre, c’est l’échange de bonnes pratiques entre les entreprises adhérentes via le réseautage. « L’idée, détaille Mme Saghbini, c’est de les mettre ensemble pour échanger sur des sujets tels que : comment êtes-vous en train de gérer les gros défis post-Brexit ? Comment se passe votre business, l’import-export ? etc. » La Chambre affiche 400 adhérents, issus de tous les secteurs, à 60% des PME et à 40% des multinationales. Elle est aussi en relation avec 200 clients supplémentaires sur les services pratiques auxquels on peut accéder sans être membre. « Il y a toutes les grosses sociétés françaises présente ici, et comme on reflète le marché britannique, on est dominé par le secteur des services » précise Mme Saghbini. Selon elle, le bilan du Brexit un an après s’articule en trois points : « Le premier, c’est le commerce et l’échange de marchandises. Depuis le 1er janvier 2021, on constate effectivement une augmentation très nette des délais et des prix pour les entreprises. » Selon une étude menée auprès des membres de la Chambre de commerce, 82% des entreprises interrogées déclarent que leurs coûts de logistique pour les échanges vers et depuis l’Union européenne ont augmenté ce trimestre de 15% par rapport au premier trimestre 2021.

Des recrutements plus difficiles

Mais le premier sujet d’inquiétude sans doute pour les employeurs, c’est l’épineuse question de la mobilité des personnes : « Le gros souci, c’est que le recrutement est devenu plus difficile, plus coûteux et surtout moins clair. On constate une réduction sensible des embauches de travailleurs européens. » La mobilité des jeunes, particulièrement, a été freinée par le Brexit. « Près de 70% des entreprises ont réduit ou arrêté complètement leurs embauches de stagiaires et de VIE provenant de France », détaille Mme Saghbini. Sans surprise, le secteur le plus touché est celui de l’hôtellerie. Beaucoup d’employés européens des hôtels et restaurants britanniques ont en effet été arrêtés pendant la pandémie de Covid-19 et sont repartis dans leur pays d’origine. Aujourd’hui, ils sont bloqués et ne peuvent plus revenir sans que quelqu’un paye un pour les embaucher à cause du nouveau système de « sponsorship » à l’américaine, imposé par le Brexit. « Ce qu’on constate, c’est une réduction des effectifs au Royaume-Uni car on reçoit moins de candidatures de citoyens européens, regrette Mme Saghbini, et vu la politique qui a cours désormais entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, on ne voit pas comment cela pourrait s’arranger. »

Des demandes d’adhésion en hausse

Le troisième et dernier point lié au Brexit est au contraire un motif de satisfaction : c’est le pragmatisme chevillé au corps des entreprises françaises au Royaume-Uni. « Même avec toute l’incertitude liée au Covid-19 et au Brexit, incertitude politique, légale et réglementaire, on observe beaucoup de résilience, décrit Mme Saghbini, à près de 70% selon notre étude, les dirigeants ne veulent pas quitter le Royaume-Uni et veulent non seulement poursuivre leurs opérations ici, mais continuer à croître. Il n’est pas question pour les entreprises de geler ce qu’on est en train de faire en Grande-Bretagne. » Depuis le mois de septembre, la Chambre de commerce française de Londres a d’ailleurs vu ses demandes d’adhésion et de support commercial et à l’implantation grimper de quelques unités. « C’est un signe très clair de bonne santé dans l’esprit de la communauté d’affaires française vers le Royaume-Uni. On a un taux de changement normal dans une Chambre qui reste à peu près le même, s’enthousiasme Mme Saghbini. A part peut-être un ou deux cas anecdotiques, on ne constate aucune baisse significative d’intérêt, mais au contraire de nouveaux chefs d’entreprises ou de grands groupes qui viennent, c’est cela le plus important. » Entre le verre à moitié vide et le verre à moitié plein, Marilise Saghbini a clairement opté pour la deuxième solution !

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