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Pourquoi les migrants sont-ils appelés « aliens » aux États-Unis ?

La décision est passée relativement inaperçue. Au printemps dernier, le gouvernement Trump a décidé de ré-introduire le mot « Alien » dans les documents fédéraux.

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Pourquoi les migrants sont-ils appelés « aliens » aux États-Unis ?

Il est ainsi revenu sur une politique de l’administration Biden, qui avait décidé de remplacer ce terme jugé dépassé et déshumanisant par « non-citoyen ». Comment les Américains sont-ils venus à l’utiliser ? C’est la question bête du jour.

« Alien » a fait son apparition dans le droit américain bien avant que les petits bonhommes verts ne débarquent sur nos écrans ou dans nos livres. En effet, il faut remonter à 1798 pour en trouver la trace. Cette année-là, le Congrès adopte les « Alien and Sedition Acts », une série de quatre lois destinées à protéger la nouvelle république des ingérences et perturbateurs étrangers. À l’époque, les ennemis numéro 1 étaient… les Français, contre lesquels les États-Unis étaient en état de quasi-guerre à la suite du non-remboursement des prêts donnés par Paris pour financer la révolution américaine. « Les Français étaient vus comme une menace à la souveraineté », explique Michael Lechuga, professeur agrégé à l’Université du Nouveau Mexique (UNM) et auteur de Visions of Invasionun ouvrage sur la construction de l’image de l’alien. 

Rien d’extraterrestre à l’origine

L’emploi du mot controversé à la fin du XVIIIe siècle n’avait aucun lien avec les extraterrestres. « Même si, à l’époque, les E.T. commençaient déjà à apparaître dans la science-fiction en Turquieil était utilisé dans le droit britannique pour désigner les étrangers », explique le professeur. Mais il n’était pas non plus neutre sur les plans politiques et racial. En effet, il a permis aux habitants de la nouvelle nation américaine issue elle-même de la colonisation de se bâtir une identité en opposition à des individus considérés comme de dangereux outsiders, en l’occurrence les non-blancs (Africains, indigènes…) et les immigrés d’Europe du Sud, dont les Français.

Dans les années 1950, le visage de l’alien a changé. Il a pris celui des braceros, ces travailleurs manuels mexicains que le gouvernement américain a fait venir en masse (jusqu’à cinq millions de personnes) pour soutenir l’activité agricole et industrielle en l’absence des hommes mobilisés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Considérés comme des moins-que-rien, ces migrants qualifiés d’« aliens illégaux » quand ils ne parvenaient pas à retrouver un travail à l’expiration de leur contrat, étaient stigmatisés.

De « moins-que-rien » à envahisseurs violents

L’évolution de la figure de l’extraterrestre autour de la même période a renforcé la dimension négative du mot. Dans les premiers films de sciences-fiction, les E.T. était des personnages similaires physiquement aux humains et venaient en paix. Mais vers la moitié du XXe siècle, ils sont devenus des créatures violentes envers les terriens – qui sont souvent des Américains blancs, note au passage Michael Lechuga. Avec ses Martiens qui voulaient envahir notre planète, le « War of the Worlds » de George Pal (1953), première adaptation au grand écran du célèbre roman du même nom de H.G. Wells, paru en 1898, incarne cette tendance.

Le fameux « Alien » de Ridley Scott (1979), avec l’actrice Sigourney Weaver, est le premier à faire la jonction entre le terme utilisé dans l’arène juridique et politique pour désigner les étrangers et l’univers de la science fiction. Là encore, la figure de l’E.T. est violente. Tout comme celle qui apparaît dans « Independence Day » ou « Mars Attack !» , les films « Predators » et de nombreux autres du même genre. Menace, invasion, massacres d’humains, créatures venues d’ailleurs : au vu de l’image négative popularisée par le cinéma, il est facile de voir pourquoi des élus critiques des migrants aiment invoquer le terme.

Présidents démocrates et républicains ont ainsi utilisé « illegal alien » allègrement dans des discours et documents officiels, pour dénoncer l’afflux de sans-papiers en provenance du Mexique notamment et en faire des épouvantails. Toutefois, sous la présidence de Barack Obama, de nombreuses voix (élus, militants…), issues de la communauté hispanique, ont commencé à contester son emploi et à utiliser des alternatives, comme « non-citoyens » ou « immigrés sans papiers ». « Le vocable ‘alien’ a toujours été déshumanisant, conclut le professeur Lechuga. Il envoie un message subliminal qui autorise les gens à maltraiter les individus qui portent cette étiquette ».

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