Vie pratique
Comment marche l’arrêt-maladie au Royaume-Uni ?
Cela arrive à tout le monde : vous vous levez un matin et ne vous sentez pas assez bien pour travailler. En France, votre première démarche – après avoir prévenu votre employeur – est en principe de contacter un médecin pour justifier d’une absence. Qu’en est-il de ce côté-ci de la Manche, comment fonctionne l’arrêt-maladie en Grande-Bretagne ? Et comment est-on indemnisés ?
Au Royaume-Uni, la loi offre bien sûr un minimum de protection concernant le « sick leave », l’arrêt-maladie. La chose dépend ensuite du règlement spécifique à chaque entreprise, auquel souscrit un employé à la signature de son contrat de travail.
Concrètement, le dispositif minimum légal stipule qu’un travailleur a la possibilité de prendre des jours de congé s’il tombe malade, rémunérés £123.25 par semaine (ou 80 % de son revenu hebdomadaire, le montant le plus bas est choisi), payables par l’employeur (alors qu’en France, l’indemnisation est aussi en grande partie portée par l’Assurance-maladie) pour une durée maximum de 28 semaines, soit environ 7 mois.
Un filet minimal plus accessible depuis avril
C’est ce qu’on appelle la Statutory Sick Pay (SSP), laquelle est dûe – depuis le 6 avril, par le biais de l’Employment Rights Act 2025 – dès le premier jour d’absence. Avant, il fallait avoir été malade 4 jours d’affilée pour y avoir droit. Le mécanisme n’est en outre plus conditionné à un revenu minimum. « La SSP s’adresse à tous les employés éligibles, indépendamment de leur revenu », confirme Chrissy Bell, conseillère à l’Acas (Advisory, conciliation and arbitration service, en charge de la médiation entre employeurs et salariés). Et peu importe l’ancienneté sur le contrat, la loi indique qu’il faut simplement avoir commencé à travailler. En revanche, ne sont comptés comme « qualifying days » que les journées entières d’absence (un salarié n’aura pas droit à la SSP s’il est malade à son premier jour d’emploi mais bien les suivants, tant qu’il s’agit de jours complets d’absence).
Naturellement, la Statutory Sick Pay est l’indemnité de base et les employeurs sont souvent plus généreux. D’après un sondage commissionné par le gouvernement britannique, 60 % des employés interrogés s’étant retrouvés en arrêt-maladie en Grande-Bretagne en 2024-2025 auraient bénéficié d’une Company ou Occupational Sick Pay (CSP ou OSP), soit d’une indemnité, proposée par l’entreprise, allant au-delà du minimum légal représentée par la SSP.
Un dispositif qui reste évidemment « à la discrétion de l’employeur », précise Chrissy Bell et qui peut « grandement varier selon l’entreprise ». Beaucoup proposent un maintien de salaire. Lequel peut être accessible, selon les endroits, sur plusieurs semaines, mois. Une enquête menée auprès de responsables de ressources humaines au Royaume-Uni indique qu’une entreprise sur dix proposerait une telle indemnisation sur moins d’un mois, 20% entre deux et quatre mois et 30% sur plus de six mois… surtout dans le public.
Pas de certificat à produire les sept premiers jours
Sur la procédure – concrètement – lorsque vous tombez malade, la chose peut surprendre les Français… car vous n’avez souvent pas à produire de justificatif médical dans les premiers jours de votre arrêt. « Un travailleur malade peut ‘s’auto-certifier’ durant les 7 premiers jours calendaires (weekends et jours fériés inclus), il n’a pas à produire de certificat médical. Toutefois, à partir du huitième jour, un employeur est en droit de lui demander un certificat émanant d’un spécialiste de santé (‘fit note’) », énonce la conseillère de l’Acas. Un dispositif qui est bien sûr obligatoire pour la SSP et semble aussi fréquent pour les CSP/OSP, même si un employeur peut techniquement demander un certificat plus tôt.
Concernant les modes de déclaration, ils sont bien sûr fonction de l’entreprise et consistent souvent en un simple appel ou message à l’employeur au premier jour d’absence. Un formulaire peut aussi être à remplir au retour au travail.
Étant leurs propres patrons, les self-employed sont exclus de cette logique, bien qu’il faille aussi reconnaître une certaine prégnance, dans le pays, du phénomène de bogus self-employment, par lequel des travailleurs peuvent être abusivement traités en auto-entrepreneurs (la confédération syndicale Trade Union Congress (TUC) dénonçait, début 2026, l’existence de plateformes mettant en lien vendeurs et baristas auto-entrepreneurs et, parfois, de grands noms du commerce et de la restauration) et, de fait, privés de droits dont celui d’avoir une sick pay.
Une indemnisation qui peut aussi concerner les intérimaires
Contrairement à ce qu’on pourrait peut-être penser (en raison de la flexibilité de leur travail), beaucoup d’agency workers et de personnes en contrats zero-hours sont considérés comme des employés et ont droit à une indemnisation. « La SSP est payée pour les jours pour lesquels les personnes auraient travaillé, indique Chrissy Bell. Si le travailleur ne dispose pas d’emploi du temps régulier, ces jours doivent être déterminés avec l’employeur. »
Quant aux personnes en self-employment, elles doivent donc compter sur leurs propres ressources en cas de maladie ou, pour les plus fortunées, sur des assurances privées. Certaines allocations peuvent aussi leur être accessibles telles la New Style Employment and Support (ESA) d’un montant de £95 à £145 par semaine (mais il faut avoir suffisamment contribué), l’Universal Credit de £400 par mois environ pour un seul individu (pas accessible sous visa, néanmoins), le Personal Independence Payment (PIP) allant de £30 à £100 par semaine environ (pas pour les détenteurs de visas)…
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