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Rentrer en France pour des raisons économiques : « si je reste, je vais m’appauvrir »

Lorsque la vie tant rêvée à l’étranger s’écroule à cause d’un quotidien trop coûteux, il n’y a parfois pas d’autre choix que de rentrer en France. Mais ce retour permet-il réellement de ne pas continuer à s’appauvrir ou à subir un déclassement social ?

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Un pouvoir d’achat en baisse

Cécile est arrivée à Bruxelles en tant qu’étudiante, et est sur le point d’en repartir, 15 ans plus tard, avec un enfant. Son retour a été motivé par l’explosion des prix des loyers et l’inflation, mais aussi par son statut de mère célibataire. « Un enfant à Bruxelles, ça coûte très cher ! Je n’ai pas très envie de rentrer mais nous vivons dans un 30 m², mon fils et moi. Vu les prix des loyers, je suis dans l’impossibilité de louer un logement plus grand, et je sais qu’en revenant dans ma région d’origine en France, même avec un job moins bien payé que celui que j’occupe ici, je pourrai louer un 3-pièces sans trop de problème. »

Nadine a également vu son pouvoir d’achat s’amoindrir avec le temps en Espagne. « Les autoroutes sont encore gratuites mais les prix de la plupart des produits sont aussi chers qu’en France, parfois même davantage. Les Français, qui en Espagne étaient les expatriés majoritaires il y a 40 ans, sont de moins en moins nombreux. » Elle a d’ailleurs remarqué la progressive disparition des traductions françaises sur les publicités, les étiquettes de produits et les menus des restaurants.

Anthony Edo, économiste spécialiste des questions relatives aux migrations internationales, n’est pas surpris. « En dehors des réfugiés, le facteur numéro 1 qui impacte les migrations ordinaires est l’argent, et notamment les différences de salaires. Les Français qui partent au Royaume-Uni, au Canada ou aux États-Unis cherchent majoritairement des salaires plus élevés, c’est le point essentiel pour comprendre ces flux migratoires. » Lorsque ces critères ne sont plus remplis, ou quand les dépenses augmentent drastiquement, il n’est pas toujours souhaitable de rester.

Crédit photo : Shutterstock / Drazen Zigic

Appauvrissement et déclassement social

Anne vit à Douala, au Cameroun, où elle a un contrat d’enseignante qui doit prendre fin dans trois ans. « La vie y est horriblement chère pour des prestations médiocres, au niveau du logement et de l’alimentation notamment. Si je peux, je rentrerai plus tôt. » Elle déplore également l’obligation d’être affiliée à une mutuelle « hors de prix et qui ne rembourse pas convenablement ». Certains de ses collègues enseignants en poste aux États-Unis ont dû contracter un prêt suite à une intervention médicale sans gravité. « C’est scandaleux, on s’appauvrit ! »

Amélie est, elle, installée au Royaume-Uni depuis 2018 et a vu le coût de la vie augmenter considérablement depuis. Elle aussi songe à rentrer vivre en France. « À Londres, les gens travaillent beaucoup et se retrouvent avec peu à la fin du mois. À 35 ans, de nombreuses personnes vivent toujours en coloc, dans des petites chambres avec des problèmes de moisissures pour lesquelles elles paient plus de 1 000 euros par mois. »

Pour Anthony Edo, le coût fixe d’un déménagement à l’étranger est tel que la plupart des immigrés ne franchissent le pas que s’ils peuvent obtenir une situation économique plus prospère, en prenant en compte le salaire mais aussi les dépenses d’éducation et de santé. « Si la situation économique se détériore, ils peuvent avoir tendance à faire marche arrière. » L’appauvrissement et le déclassement social à l’étranger sont de véritables raisons motivant un retour.

Une meilleure situation en France ?

Mais dans l’absolu, est-ce une bonne idée de rentrer en France où le pouvoir d’achat ne cesse également de baisser ? Anne est consciente qu’en restant enseignante pour l’Éducation Nationale, sa situation financière ne s’améliorera que peu. « C’est un métier sous-payé. J’ai envie de rentrer en France, mais pour faire autre chose, ou passer dans le privé, ce que je n’imaginais pas avant. »

Grâce à des opportunités de carrière qu’elle n’aurait pas eu en France, Amélie a pu maintenir son niveau de vie au Royaume-Uni. « Mais si je reste, je pense que je vais m’appauvrir. En France, dans la même situation, je pourrais avoir mon propre appartement, sortir plus souvent et bénéficier de ce qui n’existe pas ou peu en Angleterre : davantage de congés et jours fériés, des aides si besoin, une meilleure retraite, une meilleure couverture santé, la prise en charge des frais de transport en commun à 50 % et des tickets-restaurant. »

« On ne peut pas expliquer les mobilités que par les différences de salaire. » confirme Anthony Edo. « Quand on a des enfants notamment, il peut être plus souhaitable de vivre en Europe de l’Ouest qu’aux États-Unis où les salaires sont plus élevés mais l’ensemble des dépenses également. » Mais l’économiste rappelle par ailleurs que le bien-être d’une personne ne repose pas que sur ce seul critère financier, et que des dispositions fiscales peuvent également inciter au retour.

« Est-ce que le climat économique en France est si intéressant que ça ? On rentre en période d’inflation importante et les finances publiques ne sont pas dans de bonnes dispositions. Mais, avec le salaire, le différentiel de performance économique est un facteur très important pour expliquer les flux migratoires. » Au cas par cas, même si la situation économique est morose, le retour en France peut donc être une opération financière intéressante pour certains Français de l’étranger.

Crédit photo : Shutterstock / Chay_Tee

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