Destinations au banc d'essai
L’Australie, terreau fertile pour les jeunes pousses françaises
Loin d’être une contrée lointaine et exotique, l’Australie est devenue l’un des terrains de jeu privilégiés des entrepreneurs et grandes entreprises françaises. Un socle solide sur lequel Paris entend s’appuyer dans la foulée de la signature d’un accord de libre-échange entre l’UE et l’Australie début 2026.
L’Australie offre un terreau fertile pour les jeunes pousses françaises. Pas moins de 800 filiales françaises sont recensées dans le pays, et elles emploient des dizaines de milliers de personnes. Cela hisse la France au rang de deuxième employeur de l’Union européenne (UE) en Australie et de troisième investisseur de l’UE (11e mondial) dans le pays d’Océanie.
La Chambre de commerce franco-australienne (FACCI) a cartographié les entités françaises dans l’île-continent dans un rapport publié en 2025 révélant le dynamisme et la diversité de cette communauté économique (sur la base des réponses de 342 entités entre septembre 2024 et mars 2025).
La présence hexagonale, via des filiales ou des entrepreneurs français de l’étranger, se décline dans pas moins de 89 industries. C’est dans le transport, la construction et le génie civil que les Français s’illustrent. L’industrie pharmaceutique, le conseil aux entreprises, l’énergie, l’industrie manufacturière, le marketing et la publicité, le développement de logiciels et enfin l’alimentaire et les boissons sont les autres secteurs du top 10.
La FACCI observe que la représentation française s’inscrit tant dans les secteurs traditionnels que dans les secteurs émergents. « Cela témoigne de la diversité et de la capacité d’adaptation du monde des affaires français en Australie, de son influence culturelle et de son adhésion aux priorités nationales en matière de développement durable, d’innovation et d’infrastructures », souligne le rapport.
L’enquête révèle aussi que les entrepreneurs français établis en Australie génèrent en moyenne 2 millions de dollars australiens de chiffre d’affaires (soit environ 1,1 million d’euros). Certaines entités dans les secteurs de la santé, de l’informatique ou de l’industrie manufacturière dépassent même les 10 millions de dollars de revenus annuels. Du côté des filiales de groupes français implantées sur le continent, les résultats sont bien plus importants : leur chiffre d’affaires moyen atteint 259 millions de dollars. Pour 30 % de ces filiales, le chiffre d’affaires grimpe à plus de 100 millions de dollars, et cinq d’entre elles franchissent même le cap du milliard.
Les entités françaises en Australie emploient de 75 000 à 80 000 personnes, dont de nombreux ressortissants français. Selon l’enquête de la FACCI, 40 % de ces entreprises emploient de 2 à 10 ressortissants français. Ce sont surtout les PME de Français de l’étranger qui se tournent vers une main-d’œuvre hexagonale, avec en moyenne 38 % d’employés français, contre 18 % pour les filiales d’entreprises françaises.
Le terrain de prédilection pour les entités françaises est constitué par les États de Nouvelle-Galles du Sud et du Victoria, suivis du Queensland. Cette concentration n’est pas surprenante puisqu’il s’agit aussi des États les plus peuplés du pays, le long du littoral est.
Coup de pouce du libre-échange
Cette cartographie de la communauté économique française « Down Under » démontre l’existence d’entreprises françaises performantes en Australie, fait valoir Jérôme Fournand, directeur général de la FACCI. Les données permettent de couper court aux idées reçues selon lesquelles il n’y aurait qu’une présence française très limitée en Australie, que « trois Français qui se battent en duel » en Australie, en démontrant au contraire qu’« il existe un nombre important de filiales puissantes et d’entrepreneurs sur place », fait-il valoir. « Le rapport vient aussi apporter confirmation que le marché australien est viable pour les entreprises françaises qui souhaitent s’y implanter », poursuit le Franco-Australien. Bien que les grands groupes bénéficient de plus de visibilité pour mettre en avant leurs réussites, le rapport souligne que les petites entreprises sont également très florissantes en Australie, même si « elles sont davantage confrontées aux réalités opérationnelles du terrain », ont « les mains dans le cambouis » et sont moins vocales, explique-t-il par ailleurs. Les entrepreneurs peuvent se dire que « si ça a marché pour d’autres sociétés, pourquoi pas la mienne ? », au lieu d’arriver dans un pays sans preuves de succès, illustre M. Fournand.
La signature de l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Australie en avril devrait d’ailleurs donner un élan à ces perspectives. Il prévoit la suppression de plus de 99 % des droits de douane sur les exportations européennes. M. Fournand s’attend donc à une « accélération » des investissements français dans ce marché de 25 millions de consommateurs.
Le ministre du Commerce extérieur français Nicolas Forissier s’est d’ailleurs rendu en Australie peu après l’annonce de l’accord. Cette tournée — de Perth à Sydney en passant par Adélaïde — pour rencontrer des autorités australiennes et la communauté d’affaires française a confirmé l’attractivité du pays. Le ministre a souligné la volonté de la France de « renforcer le partenariat avec l’Australie, dans tous les domaines où notre expertise, nos entreprises, notre démarche économique à l’échelle internationale peuvent trouver un terrain fertile », lors d’un point presse à Sydney. Il a salué une amitié « réelle » et « solide » entre Paris et Canberra qui entretiennent « de bonnes relations ». Le ministre a encore décrit l’Australie comme un pays « hyper entreprenant qui a un potentiel énorme et envie de l’utiliser de façon plus diversifiée ». Un satisfecit qui devrait encourager plus d’un entrepreneur français à regarder vers l’hémisphère sud.
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