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« Une démocratie nous unit : l’Europe », par P.-Y. Le Borgn’

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Notre focus sur l’Europe se poursuit avec la publication cette semaine d’une nouvelle tribune de Pierre-Yves Le Borgn’, ancien député des Français de l’étranger.

Une démocratie nous unit : l’Europe

Il y a 30 ans ce mois de septembre, j’entrais au Collège d’Europe à Bruges. Une année passionnante m’y attendait, comme un long moment de grâce pour le jeune juriste que j’étais. Je découvrais avec bonheur le droit européen, creuset des traditions et cultures juridiques de notre continent. Chaque jour, je m’immergeais dans les arrêts de la Cour de Luxembourg, mesurant ici l’apport du droit allemand, là l’influence de la common law britannique. Cette Europe, ce n’était pas la France ou un autre pays en grand. C’était bien plus que cela : une construction au-delà de nos Etats, une communauté de destins, une promesse citoyenne, un supplément d’âme.

Je repense souvent à mon année à Bruges. L’époque est désormais si lointaine. Le mur de Berlin existait encore. Une part de l’Europe vivait sans liberté. Nous étions 204 étudiants : aucun ne venait de l’Est. Le souverainisme, malgré le tonitruant discours de Margaret Thatcher devant notre promotion, apparaissait comme un combat d’arrière-garde. Jacques Delors portait avec énergie son projet de Marché unique, qui verrait tomber les dernières frontières entre nos pays en 1992. Viendraient ensuite le Traité de Maastricht, l’Union européenne, l’Euro et l’élargissement historique de 2004. Il y avait de l’envie, de l’espoir, une bonne dose d’idéalisme également. L’Europe ne pourrait que réussir.

Le temps a passé. Des illusions ont été perdues et des occasions manquées, faute de courage et de vision, parfois aussi de franchise. Le Royaume-Uni s’en va. L’Italie, pays fondateur, s’écarte des valeurs communes. En Europe centrale, le nationalisme au pouvoir s’en prend à la démocratie. Les populismes, à droite et à gauche, prospèrent, vouant aux gémonies le marché, l’Euro, les libertés, les réfugiés, le multiculturalisme et même le drapeau européen. Derrière leurs multiples plans A ou B, un objectif les rassemble : mettre l’Europe à terre car tel est leur projet de toujours. Peu finalement leur importe le coût pour le citoyen de la non-Europe, que le Brexit se charge pourtant désormais de rappeler.

Le nationalisme est une perspective funeste qu’il faut vouloir combattre. Jouer petit bras face aux adversaires de l’Europe, c’est l’assurance de sombrer. Je n’ai pas les convictions européennes honteuses. L’Europe, c’est la dignité, c’est l’égalité de traitement. Elu des Français de l’étranger, je me suis battu des années pour la reconnaissance de diplômes, l’octroi de prestations non-contributives à des étudiants précarisés, la contribution de nos compatriotes à un seul régime de sécurité sociale et l’accès à la retraite dans le pays de résidence. Ces succès bien concrets, je les ai obtenus grâce aux Traités, à la citoyenneté européenne et à la jurisprudence de la Cour de Luxembourg.

Je veux défendre cet acquis. Mais protéger l’Europe, c’est également l’adapter aux défis de notre époque : crise climatique, migrations, digitalisation de l’économie et de la société. Le fait-on bien à 27 ? Non. Ceux des Etats qui veulent progresser plus vite doivent pouvoir le faire. La base de l’adhésion à l’aventure européenne, ce sont les valeurs et les droits. C’est le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. Le second cercle, c’est l’Union européenne, le Marché unique et la libre circulation des personnes, marchandises, services et capitaux. Le dernier cercle, embrassant la zone Euro, doit être un espace économiquement, socialement et environnementalement intégré.

Construire ce troisième cercle est la perspective la plus exigeante. Elle requiert de doter la zone Euro d’un budget, de l’abonder par des ressources propres, d’en assurer un contrôle parlementaire, de travailler à la convergence fiscale et d’harmoniser les mécanismes nationaux de protection sociale, y compris vers un salaire minimum européen. Vaste ambition, certainement, mais saine ambition assurément. J’ai la conviction qu’elle est celle qu’attendent tant d’Européens. Affirmons-la. Une démocratie nous unit : l’Europe. Saisissons notre chance.

Par Pierre-Yves Le Borgn’, publié dans “Ouest-France”, le 25 septembre 2018

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