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Julien Artero: « Le secteur du conseil est moins impacté par le Brexit »

Chaque semaine, le site Français à l’étranger, en partenariat avec le Cercle d’outre-Manche, discute du Brexit avec un dirigeant français actif au Royaume-Uni. Cette semaine, Julien Artero, PDG de Kalita Partners, cabinet de renseignement d’affaires lancé en 2019, partage son expérience de création d’entreprise dans le domaine du conseil.

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Quelle conséquence a eu, jusqu’à présent, l’annonce du Brexit sur votre entreprise ? 

Julien Artero: Parler de conséquences du Brexit est difficile, je parlerais plutôt de Brexit comme toile de fonds des affaires à Londres et en Grande-Bretagne ces dernières années. J’ai pour ma part décider de fonder mon entreprise, Kalita Partners, à Londres en 2019, sans doute au pire moment à vrai dire. Il n’y avait aucune visibilité sur la suite. La Première ministre britannique Theresa May démissionnait, Boris Johnson prenait la suite, perdait vote après vote au Parlement, les « Brexiters » nous vendaient un futur radieux hors de l’Union européenne (UE) et les « Remainers » se désolaient d’une descente aux enfers dans l’hypothèse d’un « no deal ». Il était donc impossible de comprendre dans quel sens le vent allait tourner. Tout était envisageable : l’annulation du Brexit, un deal, no deal… Donc, du point de vue des affaires, impossible d’y voir clair.  Malgré ce contexte inédit en Angleterre, j’ai fait le pari de faire confiance au dynamisme de Londres, capitale des capitales, centre financier mondial, écosystème business inégalé en Europe de l’Ouest, et de fonder mon entreprise. J’ai créé avec deux associés mon cabinet spécialisé dans le conseil aux fusions-acquisitions, au renseignement d’affaires et litiges. Pour moi le choix de Londres ne faisait aucun doute, et ce malgré l’incertitude liée au Brexit. La facilité de monter une entreprise, une fiscalité favorable aux entrepreneurs, l’accès extraordinaire au marché mondial sur place, difficile d’ignorer ces atouts. Un exemple qui en dit long, il est toujours possible aujourd’hui en tant qu’étranger de monter une « limited company » en ligne pour £15.99 et avoir une société opérationnelle en trois heures. Ensuite il est possible d’ouvrir un compte en banque en 48h ou un peu plus selon les établissements.

Quel impact a eu le Brexit sur votre secteur d’activité? 

J.A.: Mon secteur est celui du conseil, nous ne sommes pas régulés comme les services financiers par exemple, nous ne vendons pas des voitures, nous n’élevons pas des poulets, donc l’impact du Brexit a été bien moindre. La plupart des grandes entreprises en Grande-Bretagne, comme les grands cabinets d’audit, se sont organisés pour redéployer des équipes et des infrastructures en Europe où ils sont déjà présents, de façon à être prêts en cas de « deal » ou « no-deal ». Ces dernières années, et surtout en 2019, il y avait un climat délétère d’attentisme des investisseurs en Grande-Bretagne qui était clairement lié à l’absence de direction précise du Brexit. De nombreux acteurs ne prenaient pas de décisions et attendaient. A la minute où les résultats de la victoire électorale historique de Boris Johnson sont tombés en décembre, les décisions ont recommencé à se prendre. Il y avait enfin une certitude sur le sujet.

Quels sont les risques pour votre secteur? 

J.A.: Pour le secteur du conseil, les risques sont à la marge. Cependant, un sujet technique et important pour les entreprises en Grande-Bretagne sans représentation légale dans l’UE est le sujet de la confidentialité des données et le règlement général sur la protection des données (RGPD). Il faudra faire le nécessaire, s’il n’a pas déjà été fait, pour s’assurer de la conformité de ces données avec les règles européennes.

Un autre sujet critique pour le secteur du conseil est celui du recrutement, qui pourrait lui-aussi être impacté par le Brexit si les difficultés devenaient réelles pour recruter des talents venus de l’UE ou d’ailleurs. Ceci dit, je fais confiance au pragmatisme du gouvernement et de la City pour ne pas se couper l’herbe sous le pied en privant Londres des talents venus de l’étranger.

Quelles mesures avez-vous pris suite à l’annonce de sortie du Royaume-Uni?

J.A.: Nous sommes en train d’enregistrer une structure légale en Europe, de façon à s’assurer d’une présence et y localiser des serveurs informatiques dans un premier temps. Aussi nous considérons l’ouverture cette année d’un autre bureau en France, mais cette décision n’a rien a voir avec le Brexit. Il s’agit d’une décision purement commerciale. Nous évaluons l’opportunité d’un grand marché que nous connaissons bien. Il y a de grandes entreprises internationales et de belles réussites entrepreneuriales en France. Le retour du dynamisme dans le pays est réel, la volonté de changement et de réforme est là, malgré les images contradictoires que les manifestations de ces derniers mois ont montrées.

Quelles sont vos craintes liées au Brexit?

J.A.: Ma principale crainte est de voir l’élan formidable de Boris Johnson depuis son élection peu a peu réduit à néant par des tensions qui pourraient émerger rapidement durant les étapes de négociation avec l’UE et les autres partenaires commerciaux. Tout ce qui peut nous ramener vers cet état d’incertitude qui a coûté durement à l’Angleterre depuis le referendum est à éviter a tout prix pour le climat des affaires.

Comment percevez-vous la stratégie actuelle de Boris Johnson ?

J.A.: Il y un élan inédit et une légitimité indéniable de Boris Johnson qu’il va devoir réussir à convertir rapidement en négociations réussies pour la Grande-Bretagne. Je comprend aussi que Boris Johnson essaie de créer un environnement concurrentiel dans le cadre des négociations avec l’UE, en lançant des discussions parallèles avec les Etats-Unis, et d’autres partenaires. Il ne faut pas négliger que la Grande-Bretagne commerce aussi avec d’autres partenaires qui ne sont pas uniquement Européens, comme les Etats-Unis qui constituent le plus grand marché d’export de la Grande-Bretagne. Les USA sont aussi le second plus important importateur de biens et services dans le pays. La Chine est quatrième. La France est cinquième. Si l’on regarde le top 10 des pays avec lesquels la Grande-Bretagne a un excédent commercial, un seul est Européen, l’Irlande. Le reste, Etats-Unis, Australie, Suisse, Corée du Sud, et d’autres. Il ne s’agit pas de minimiser l’importance du partenaire commercial qu’est l’UE, mais il est important de voir la situation dans son ensemble aussi pour comprendre comment celle-ci peut être perçue depuis Londres. Ainsi, pour Boris Johnson, c’est une manière de dire « l’Europe est un partenaire commercial important pour la Grande-Bretagne, mais il y en a aussi beaucoup d’autres, et de taille ». Cependant cette stratégie n’est pas sans générer certaines tensions, à commencer avec les Etats-Unis.

Du côté européen, je comprends qu’il y a un état d’esprit intelligent qui consiste à travailler pour un « deal » d’abord centré sur les sujets de fonds, et qui abordera les sujets de détails dans un futur proche. Il s’agit de ne pas tomber dans des négociations infinies qui nous renverraient à un nouveau stade incertain.

Au fond, je pense que des deux côtés, Royaume-Uni et UE, il y a une réelle volonté aujourd’hui de créer une future relation positive où la collaboration sur de nombreux sujets sera de mise pour le bien des citoyens et des affaires en général. Je crois que personne n’a envie de créer plus de tensions et d’incertitudes dans un monde où les tensions géopolitiques et commerciales sont déjà au plus haut.

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