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Comment se porte l’emploi en Europe ?

En pleine crise sanitaire, Eures, le réseau de coopération européenne pour l’emploi, cherche à se réinventer. Entretien avec avec Denis Genton, chef d’unité à la direction générale Emploi, Affaires sociales et Inclusion à la Commission européenne.

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Quels pays recrutent beaucoup en ce moment ? Dans quels secteurs ?

Denis Genton: Nous n’avons pas encore une vue d’ensemble très précise mais nous y travaillons. Nous avons mobilisé le réseau EURES et travaillons avec nos collègues sur une analyse détaillée des besoins en matière de main-d’œuvre.

Lancé en 1994, Eures est un réseau européen de services de l’emploi destiné à faciliter la libre circulation des travailleurs. Le réseau n’a eu de cesse que les citoyens européens puissent bénéficier des mêmes possibilités, malgré les barrières linguistiques, les différences culturelles, les obstacles bureaucratiques, la diversité des législations en matière d’emploi et le manque de reconnaissance des diplômes à travers l’Europe.

Le coronavirus ne devrait pas changer fondamentalement la donne : d’un côté les pays hôtes, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Espagne, l’Italie et la France, qui accueillent trois quarts des travailleurs européens « mobiles », et de l’autre côté les pays d’origine, la Roumanie, la Pologne, le Portugal, la Bulgarie et l’Italie, d’où sont issus plus de 50% des travailleurs « mobiles ». Les secteurs porteurs devraient rester ceux de la production, du commerce de gros et de détail, de la construction et l’hébergement et des services de restauration.

Quels pays ont été selon vous les plus impactés par la crise ?

D.G: Nous ne disposons pas encore de données précises à ce sujet mais il est est clair que la crise a touché tous les pays de l’UE d’une manière sans précédent : l’impact négatif sur le PIB sera énorme et le chômage augmentera partout malheureusement.

Nous pensons que le coronavirus a confirmé l’importance de la libre circulation des travailleurs au sein de l’Union européenne lorsqu’il s’agit d’assurer l’approvisionnement en main-d’œuvre des différents États membres, fournissant ainsi l’équilibre nécessaire.

La question des travailleurs saisonniers est un bon exemple : leur contribution est essentielle à certaines périodes de l’année, et pas seulement dans les secteurs de l’agriculture et du tourisme. La crise l’a montré et les alternatives envisagées à un moment donné n’ont pas fonctionné. Il importe donc de laisser les travailleurs saisonniers voyager et travailler, comme il importe aussi de garantir à ces travailleurs des conditions de travail décentes et une couverture sociale en bonne et due forme. La Commission vient d’adopter de nouvelles lignes directrices sur la question des travailleurs saisonniers et elle s’est aussi engagée à entreprendre toute une série d’actions avec la nouvelle Autorité européenne du travail.

Quel serait votre conseil pour tous les jeunes, actuellement en difficulté, qui souhaiteraient trouver un emploi européen ?

D.G: Les jeunes sont souvent les plus fragiles d’entre nous et pourtant ils ont tant d’atouts : leur jeunesse naturellement, moins d’attaches que les personnes qui ont déjà une vie familiale, pas d’hypothèque.

Le coronavirus a clairement montré combien l’entrée sur le marché du travail était souvent difficile pour de nombreux jeunes. Nous devons agir vite.

La Commission a présenté récemment un paquet de mesures pour les jeunes, visant à faciliter leur accès à l’emploi, l’enseignement et la formation professionnelle, y compris à travers des formations en alternance. Parmi ces mesures, une nouvelle ambition pour la garantie jeunesse. Un dispositif qui a fait ses preuves et qu’il faut continuer voire intensifier. Cette fiche d’information résume nos propositions pour les jeunes.

La Commission a également présenté une stratégie européenne en matière de compétences en faveur de la compétitivité durable, de l’équité sociale et de la résilience. Cette stratégie fixe des objectifs quantitatifs ambitieux en matière de perfectionnement (amélioration des compétences existantes) et de reconversion (formation à de nouvelles compétences) à atteindre au cours des cinq prochaines années. L’amélioration des compétences numériques de base est particulièrement importante pour la transition numérique.

J’invite naturellement les jeunes européens à s’inscrire sur le portail Eures et ils bénéficieront d’un accompagnement personnalisé et gratuit. Ils auront accès à des milliers offres d’emploi dans les secteurs qui les intéressent et aussi à des informations détaillées sur le marché de l’emploi du ou des pays de leur choix. Ils seront ainsi en mesure de faire les bons choix en toute connaissance de cause.

Je les invite aussi à consulter la nouvelle plateforme Europass, que la Commission vient de mettre en ligne, laquelle offre désormais des orientations pour la rédaction d’un CV, propose des possibilités d’emploi et d’apprentissage adaptées, fournit des informations sur les tendances en matière de compétences… et comme le portail Eures elle est disponible en 29 langues. !

Comment se déroulent en général les recrutements en cette période de Covid ?

D.G: Nous avons rencontré à plusieurs reprises nos interlocuteurs du réseau Eures pendant le confinement, lesquels sont pour l’essentiel des représentants des services publics de l’emploi. Assez rapidement, nous avons été informés que le personnel affecté aux placements européens et internationaux avait été affecté à des tâches prioritaires, comme la gestion des nouveaux dispositifs de chômage partiel. Nous travaillons actuellement à la reprise des activités du réseau Eures.

Un peu comme nous tous, qui travaillons la plupart du temps depuis la maison, organisons et participons à des réunions en ligne, les chercheurs d’emploi et les recruteurs doivent apprendre à passer des entretiens en ligne … les conseillers Eures sont là aussi pour les accompagner.

Que mettez-vous en place pour les transfrontaliers ?

D.G: Le coronavirus a eu un impact significatif sur notre quotidien – notre vie familiale, sociale et professionnelle. Il a aussi eu un impact considérable sur la libre circulation des personnes et des travailleurs à l’intérieur de l’Union européenne. En première ligne, les travailleurs frontaliers, lesquels du jour au lendemain n’ont pu se rendre sur leur lieu de travail justement en raison de la fermeture des frontières.

Dans ce contexte difficile et inédit, la Commission a fait tout son possible pour préserver cette liberté fondamentale, moyennant naturellement le plein respect des contrôles sanitaires mis en place par les Etats membres. Elle donc adressé aux Etats membres des “lignes directrices” peu de temps après la fermeture des frontières internes, avec pour objectif la protection de la santé des citoyens, le traitement adéquat des personnes qui doivent voyager et la disponibilité des biens et des services essentiels. Les Etats membres ont donc été invités à désigner pour ces travailleurs et ces marchandises des voies prioritaires.

La situation était particulièrement difficile au début du confinement – elle s’est peu à peu améliorée et la continuité des services prioritaires a pu être assurée dans des conditions plutôt satisfaisantes.

Vous avez des conseillers pour l’emploi, pouvez-vous nous décrire leur travail ?

D.G: Eures dispose en effet d’un réseau de 1 000 conseillers environ chargés d’accompagner les chercheurs d’emploi ainsi que les entreprises tentés par une “aventure” européenne. Ces conseillers sont des spécialistes formés qui fournissent trois services de base à ces différents acteurs : information, orientation de placement. Ils ont développé une expertise spécialisée dans les questions pratiques, juridiques et administratives liées à la mobilité aux niveaux national et transfrontalier. Ils travaillent au sein des services publics de l’emploi ou au sein d’autres organisations partenaires.

Que va-t-il se passer pour Eures au Royaume-Uni ?

D.G: Cela va dépendre des négociations en cours sur le Brexit. Aujourd’hui, et jusqu’au 31 décembre de cette année, nous sommes toujours dans la période de transition et Eures est toujours opérationnel au Royaume-Uni. Nous savons naturellement que la libre circulation des travailleurs telle que nous la connaissons au sein de l’Union européenne ne sera plus d’application dans la future relation entre l’UE et le Royaume-Uni.

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