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« Je recherche la liberté » : ces Français qui partent en voyage… pour toujours
À rebours du tourisme massif, certains voyageurs font le choix radical de quitter leur quotidien pour partir autour du monde sans date de retour. En stop, en voilier ou en camion aménagé, ils poursuivent un même idéal : vivre avec moins, gagner du temps et retrouver une liberté qu’ils jugent impossible à atteindre dans une vie ordinaire. Comme André Brugiroux avant eux, ils sont prêts à tout quitter pour suivre la route.
« Il n’y avait nulle part où aller sinon partout », écrivait Jacques Kerouac dans Sur la route en 1950. Cinq ans plus tard, André Brugiroux, 17 ans, prend pour la première fois son sac à dos.
Il ne le savait pas encore, mais ce voyage allait durer dix-huit ans, jusqu’en 1967, dont cinq en stop avec un dollar par jour. Célèbre pour avoir visité tous les pays du monde en vivant une partie de sa vie en voyage, avec très peu de confort, il nous confie avoir fait tout cela « pour le plaisir ». Et aussi pour tenter d’étancher sa curiosité insatiable. Laquelle l’a menée à travailler dans les kibboutz d’Israël, les écoles de yoga en Inde, chez les coupeurs de têtes à Bornéo… « Je ne suis pas forcément brave de nature, reconnaît-t-il pourtant. Mais j’étais en accord avec moi même. C’est ça qui compte. »

André Brugiroux lors d’un voyage en Arabie Saoudite. Pendant 50 ans, il a visité les 250 pays du monde. Photo : André Brugiroux.
Si l’époque bénite des clochards célestes qui ne s’embarrassent pas d’un toit semblent avoir déserté les routes, l’esprit de liberté qui les animait n’a pas totalement disparu. Au-delà de la tendance au « slow tourisme” qui prend le contrepied du tourisme massif, certains décident, comme André Brugiroux, de partir autour du monde sans billet retour. Dans trois mois, Titouan L’Huillier, 29 ans, lèvera lui aussi son pouce destination partout et nulle part. « J’y pense depuis mes 15 ans. J’étais en grande dépression. Un jour, je me suis endormi dans le bus et j’ai loupé mon arrêt. Je me suis retrouvé à 15 km de chez moi. j’ai un pote qui m’a dit “rentre en stop”. On m’a pris directement, je suis arrivé rapidement chez moi. Ça a changé ma vie de me rendre compte que je pouvais me déplacer si facilement et aller partout. »
“C’est une quête de sobriété personnelle”
Avec un budget de dix à douze euros par jour, il pense pouvoir partir environ six à huit ans. « C’est aussi une recherche de sobriété personnelle, je vais devoir apprendre à vivre avec peu sur la route, dormir dans un hamac, sonner chez les gens. Mais aussi adopter un mode de vie plus sain. » Et en accord avec ses valeurs, puisqu’il ne compte jamais prendre l’avion.

Titouan L’Huillier, 29 ans, compte lui aussi voyager en stop et avec peu d’argent en poche. Pour garder du lien et partager son aventure, il part avec son appareil photo et sa caméra. Photo : Titouan L’Huillier.
« Ce que je recherche c’est la liberté. Il y a la liberté spatiale, que je vais avoir, et la liberté temporelle, qui est en fait liée à l’argent ». Il le sait donc, ses économies – environ 20 000 euros – ne suffiront pas, et il compte effectuer des workaway (du travail en échange du gîte et du couvert), mais aussi s’arrêter pour travailler en tant que saisonnier. Même si, les trois premières années, ce docteur en paléoclimatologie et glaciologie, compte surtout voyager dans le continent américain. La première étape délicate est donc de trouver un voilier qui accepterait de le prendre à bord pour la transatlantique. « Mais si je ne trouve pas, je partirai à l’est ».
C’est la direction que va prendre Franck Laurent, 50 ans. Ce directeur d’une société d’édition de matériel souhaite arrêter de travailler d’ici trois ans pour se consacrer à sa véritable passion : le voyage, jusqu’à ce que son corps dise stop. Un projet qui trotte dans sa tête depuis des années. « À 20 ans, quand j’ai eu mon premier salaire, je me suis dit que c’était pour voyager. » Depuis, c’est presque une addiction : dès qu’il a du temps libre, il part en voyage. « J’aime sortir de ma zone de confort et voyager autrement. Par exemple, j’ai traversé l’Ouzbékistan en stop, ou fait le tour de Sri Lanka en tuk-tuk. »
Vivre “au gré du vent”
Cette fois pas de stop, mais une Toyota Hilux avec une cellule qu’il achète avec sa compagne et partenaire de tour du monde, Florence. « C’est un investissement (50 000 à 60 000 euros, ndlr) mais après je peux vivre au gré du vent ». D’autant plus que pour de nombreux pays, comme l’Inde, il faut obtenir un Carnet de Passages en Douane (CPD), dont la caution représente la moitié de la somme de cette voiture. En plus de ce prix, il paye l’assurance voyage (120 à 250 euros par mois). Il part donc avec 100 000 euros et les loyers qu’il touche. Mais pour espérer tenir des années, il compte voyager sobrement et lentement.

Franck Laurent et sa compagne, Florence. Après plusieurs années de préparation, ils vont partir ensemble pour le reste de leur vie. Photo : Franck Laurent.
« Je cherche la liberté… Ne plus avoir de règles », résume-t-il. Alors, dès que sa dernière fille sera majeure, il prend la route direction l’Arabie Saoudite, l’Iran « si la géopolitique le permet », l’Asie, l’Australie puis embarquer sur un bateau cargo direction l’Afrique du Sud… S’il craint comme Titouan le manque de ses proches, les doutes laissent le plus souvent place à l’excitation. « J’y pense à peu près tous les jours. Depuis que j’ai ce projet, je ne vois plus la vie de la même manière. Il y a un dicton qui dit “ne rêve pas ta vie, vis tes rêves”. Je sais que dans trois ans, je rêve. »
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