Destinations au banc d'essai
Alstom, ou la « French touch » du rail australien
La société française Alstom, leader mondial de matériels et services ferroviaires, est solidement ancrée en Australie où elle est implantée depuis un siècle. L’entreprise emploie plus de 2 500 personnes à travers le pays et multiplie les projets d’envergure pour apporter une « french touch » à la mobilité des Australiens.
Embarquez dans un tram à Sydney ou Melbourne, et vous aurez l’agréable surprise d’être à bord d’un tram similaire à ceux de Strasbourg ou Bordeaux. C’est parce que l’entreprise française Alstom a construit ces trams, sur les modèles des Citadis utilisés aussi en France.
Alstom est le premier fournisseur de matériel roulant, de signalisation ferroviaire et de services de maintenance en Australie. On retrouve ses trams, trains ou métros d’est en ouest, que ce soit à Melbourne, Sydney, Adélaïde ou encore Perth et sur la Gold Coast. Ce qui distingue l’entreprise de ses concurrents, c’est qu’elle est bien ancrée dans le marché local, en produisant et assemblant ses véhicules domestiquement, avec un réseau de 25 centres d’ingénierie et de projets, d’usines, dépôts, ateliers et bureaux.
Entre Alstom et l’Australie, c’est une histoire qui remonte au siècle passé, alors que de premières locomotives ont été livrées il y a plus de cent ans. L’Australie génère environ un milliard de dollars australiens de ventes annuellement. Australie et Nouvelle-Zélande combinées représentent pas moins de 6 % de toutes les activités du groupe globalement, ce qui est remarquable pour des contrées aussi distantes de la France.
Au cours des 10 dernières années, grâce aux investissements massifs dans les infrastructures et le rail en particulier en Australie, Alstom y a connu une croissance soutenue, en remportant de multiples contrats. L’entreprise a notamment enregistré une croissance jugée « extraordinaire » grâce à l’acquisition de l’entreprise canadienne Bombardier en 2021.
Si bien qu’aujourd’hui, Alstom emploie plus de 2 500 employés et est présent dans les principaux États du pays. Son siège est installé à Sydney, et trois usines de fabrication de matériel roulant à Dandenong et Ballarat (près de Melbourne) et Perth pour assembler des trams, métros ou trains.
Près de la moitié de la main-d’œuvre travaille dans l’État du Victoria, où Alstom a décroché de multiples contrats auprès de cet État qui investit massivement dans les infrastructures (Melbourne dispose du plus vaste réseau de trams au monde, et la ville construit aussi une boucle ferroviaire périphérique). Il y a aussi environ 400 à 500 travailleurs respectivement dans les États du Queensland, de Nouvelle-Galles du Sud et d’Australie-Occidentale.
Les équipes sont très multiculturelles alors que l’entreprise recense pas moins de 61 nationalités parmi ses employés, dont une cinquantaine de Français. Robert Gunning, directeur de la communication et de la responsabilité sociétale de l’entreprise, explique que le recrutement est très domestique et que les employés français sont avant tout des experts envoyés par le groupe. « Soit ils possèdent une expertise très pointue dont nous avons besoin pendant quelques années, soit nous faisons venir quelqu’un pour développer des compétences localement et les transférer », détaille-t-il. Éventuellement, ces employés retournent en France, bien qu’il y ait aussi des exceptions : « Nous avons plusieurs cas de ressortissants français qui ont aussi décidé de s’installer ici et de rester sur le long terme. Il y en a pas mal, et cela relève d’une décision personnelle », témoigne le directeur. La société offre aussi des opportunités en Australie pour des talents en début de carrière via le programme de volontariat international en entreprise. Il note donc qu’il existe bien « une voie pour les Français qui ont le bon profil et souhaitent rejoindre l’entreprise en Australie ». Il signale que les profils les plus recherchés, car difficiles à recruter localement, sont les ingénieurs industriels.
Le caractère français de l’entreprise reste marqué même s’il s’est adapté à la culture australienne : « Nous sommes un groupe international, donc nous devons nous adapter à l’environnement dans lequel nous opérons. On ne peut pas être à 100 % l’un ou l’autre, on doit être un peu des deux ». Il ajoute que les équipes doivent aussi assurer la liaison avec la France puisqu’elles doivent rapporter au siège central, via la région Asie-Pacifique et Singapour. Il souligne à ce titre que le décalage horaire, de 8 à 10 heures d’avance avec Paris, est sans doute l’aspect le plus compliqué à gérer entre les deux cultures.
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