Tribune
Pour une alliance stratégique entre l’Outre-mer et les Français de l’étranger
Au fil de mon parcours de responsable de chambre de commerce, puis d’élu des Français de l’étranger, plusieurs rencontres m’ont conduit à la même interrogation: pourquoi ne travaillons-nous pas davantage avec nos compatriotes d’outre-mer?
Je me souviens notamment des échanges avec une délégation réunionnaise, réunissant représentants économiques et du conseil régional, venue aux Émirats arabes unis à l’occasion de l’Exposition universelle de Dubaï. Une liaison aérienne exceptionnelle avait alors été mise en place entre La Réunion et Abu Dhabi. Elle ouvrait des perspectives de tourisme, de rencontres et d’affaires. Et elle nous rappelait combien une connexion directe peut rapprocher deux territoires.
J’ai retrouvé cette même évidence en juin dernier lors de l’Assemblée générale de CCI France International, dont je suis vice-président, en échangeant avec des représentants des chambres commerce française, dont une représentante de la CCI de Nouvelle-Calédonie. Ou encore lorsque des entreprises des Antilles françaises m’ont sollicité pour explorer les possibilités de développement aux Émirats.
À chaque fois, le même sentiment : nous avons beaucoup à faire ensemble. Pourquoi ces rencontres resteraient-elles ponctuelles ?
Périphériques, mais vus d’où ?
Vu de Paris, les outre-mer comme les Français de l’étranger peuvent sembler aux marges de la vie nationale. Nous partageons parfois ce sentiment : celui d’être loin du centre, de devoir rappeler nos réalités et expliquer nos besoins.
Mais la périphérie est aussi une question de point de vue.
Depuis l’Australie, la Nouvelle-Calédonie appartient au voisinage régional. Depuis le Brésil, la Guyane est un territoire frontalier. Depuis Dubaï, la Réunion peut se regarder comme une destination touristique, un partenaire économique et une ouverture sur le sud-ouest de l’océan Indien.
Les distances avec Paris demeurent, avec leurs contraintes et leurs coûts. Mais elles ne disent pas tout des relations que nous pouvons construire avec les pays qui nous entourent.
La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna nous ancrent dans l’espace indopacifique, l’un des grands pôles de dynamisme de l’économie mondiale. Les Antilles et la Guyane nous relient aux espaces caribéen et américain. La Réunion et Mayotte nous inscrivent dans l’océan Indien.
Dans ces mêmes régions vivent et travaillent des Français établis à l’étranger. Ils connaissent les marchés, les entreprises et les usages locaux. Leurs réseaux peuvent ouvrir des portes aux acteurs ultramarins, dont les compétences et les savoir-faire méritent aussi d’être mieux connus. Débouchés commerciaux, tourisme, formation, recherche : les occasions de coopération sont nombreuses.
Donner un cadre simple à cette alliance
Pour passer des rencontres aux relations durables, quelques engagements précis suffiraient à amorcer le mouvement.
D’abord, des jumelages entre les chambres de commerce ultramarines et les chambres françaises à l’étranger. Chaque partenariat donnerait aux entreprises des interlocuteurs identifiés de part et d’autre, capables de les orienter et de les accompagner. CCI France International et les chambres concernées pourraient porter ensemble cette démarche, en s’appuyant sur leurs équipes et leurs rendez-vous existants.
Ensuite, un partenariat entre l’Assemblée des Français de l’étranger et les associations représentatives des collectivités : Régions de France, Départements de France et l’Association des maires de France. Il permettrait de rapprocher les élus, de faire connaître les besoins des territoires et de faciliter des coopérations locales. Des jumelages entre communes ultramarines et communautés françaises à l’étranger pourraient ainsi se développer, avec les conseils consulaires comme points de rencontre et les associations comme relais.
Enfin, mieux ouvrir les programmes de coopération aux Français de l’étranger organisés en associations, chambres de commerce ou autres structures éligibles. Le programme européen Interreg et d’autres financements européens offrent déjà des possibilités, selon les territoires et les projets. Il faut faciliter l’accès de ces structures aux partenariats et, lorsque les règles constituent un obstacle, proposer les adaptations nécessaires. Nos communautés pourraient ainsi contribuer davantage aux projets conduits avec les outre-mer.
Ces propositions peuvent prendre forme par des conventions courtes, des contacts désignés et des échanges inscrits dans les réunions déjà prévues. L’ambition serait de faire vivre cette alliance avec les moyens existants, sans créer une administration supplémentaire.
Penser le développement à l’échelle régionale
Au-delà de ces rapprochements, il nous faut aussi réfléchir davantage au développement économique français à l’échelle des grands bassins régionaux.
Trop souvent, nous raisonnons séparément : d’un côté, le développement des territoires ultramarins ; de l’autre, la présence économique française dans les pays voisins. Nous gagnerions à regarder ensemble les marchés, les compétences, les investissements et les liaisons aériennes ou maritimes qui pourraient les rapprocher.
Les collectivités ultramarines, les réseaux économiques français et les élus des Français de l’étranger pourraient consacrer certains de leurs rendez-vous régionaux à cette réflexion commune. Avec une question simple : quelles possibilités voyons-nous mieux en réunissant nos expériences qu’en travaillant chacun de notre côté ?
C’est une ambition patriotique à laquelle je crois, au bénéfice des territoires et de ceux qui y vivent.
Vus de Paris, nous sommes parfois des périphéries. Vus d’Australie, du Brésil ou de Dubaï, nous pouvons être des voisins, des partenaires et des points de rencontre avec la France. À nous de faire vivre cette proximité.
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