Suivez nous sur

Vie pratique

S’expatrier avec des enfants : 5-10 ans, l’âge « éponge »

Entre l’adolescent qui refuse en bloc ce que disent les parents et le bébé qui n’est pas encore capable de formuler ses questions, l’enfant de 5 à 10 ans apparaît souvent comme le compagnon de voyage idéal pour une expatriation. Flexible, curieux, adaptable … Mais à cet âge où tout s’imprègne, l’accompagnement reste essentiel.

Publié

le

S'expatrier avec des enfants : 5-10 ans, l'âge « éponge »

Edouard et Ségolène vivent la vie dont ils ont toujours rêvé en déménageant tous les 3 ou 4 ans. Et ce n’est pas l’arrivée de leurs enfants qui a modifié leur programme. Riche de ces expériences, Ségolène déclare « de 4 à 10 ans, c’est idéal pour aller découvrir de nouveaux continents. Il vivent plein de choses dont ils se rendent compte plus tard car ça mûrit en eux. Aujourd’hui, en Suisse, ils voient la diversité culturelle autrement car en Côte d’Ivoire ils ont vécu différentes expériences religieuses par exemple. » Juliette de Chaisemartin, psychologue clinicienne spécialisée dans l’accompagnement des familles expatriées, le confirme. « À cet âge-là, l’enfant est une éponge. Il regarde tout, il apprend tout et il en fait une richesse » . Elle ajoute qu’il ne faut pas hésiter à en profiter « ses parents pourront s’appuyer sur “je sais ce qui est bon pour toi donc si je vais dans cet endroit-là, si nous y allons, si je t’ y emmène c’ est parce que tu y découvriras de belles choses” ». Cette confiance transmise par les parents est un levier clé de l’adaptation.
Mais la psychologue précise que selon les caractères, l’adaptation peut cependant prendre plus ou moins de temps et qu’il ne faut pas oublier d’accompagner l’enfant.

Le sentiment d’appartenance

C’est au cours de cette période, cet âge de la socialisation, du langage et de la construction des repères, que l’enfant prend conscience de son individualité.
À son retour en Europe après 3 ans en Côte d’Ivoire, Rose a dit pendant longtemps « moi je suis blanche mais je suis africaine » raconte Servane, sa mère.
Juliette de Chaisemartin, rassurante, explique , « dans ces âges, le lien aux autres est plus fusionnel donc il peut y avoir une confusion entre moi et l’autre et ça peut prendre le pas sur sa propre perception de soi. Mais ce sont des choses qui se repositionnent naturellement avec les années qui passent et avec la reconnaissance des signes distinctifs entre soi et l’ autre, notamment au niveau culturel. »

Les « third culture kids »

C’est tout l’enjeu des enfants qui grandissent à l’étranger – ceux qui passent une partie de leur développement dans une autre culture que celle de leurs parents, que l’on appelle « third culture kids » . Comment vont-ils se sentir chez eux, avec ce terrain de jeu mondial?
La psychologue précise qu’il est important d’ « amener l’enfant à considérer l’expérience comme une richesse et d’ancrer l’enfant dans ses racines culturelles avec des retours réguliers par exemple, ou rien que par l’emploi d’expressions comme “je “rentre” en France” pour montrer qu’il y a des racines et pour que l’enfant différencie peut-être plus rapidement entre le pays d’expatriation et chez lui. »

Pour éviter tout bouleversement, Ségolène a veillé à ce que le départ ne soit pas trop  perturbant en amont. « Il y avait pas mal de rendez-vous médicaux pour des vaccins et ils détestaient ça. Je ne leur ai jamais dit que c était lié à notre départ en Côte d’Ivoire pour qu’il n’y ait que des points positifs au fait de partir. »
D’autre part, comme les containers allaient mettre plusieurs mois à arriver, la mère de famille a mis dans les valises de quoi recréer leur univers immédiatement : draps et jouets « pour qu’ils se retrouvent le plus vite possible dans leur environnement. »
Effectivement, à cet âge-là, le monde de l’imaginaire est encore très présent. Tout l’enjeu est de faire en sorte que ca ne soit pas l’imaginaire anxiogène qui prenne le dessus.

L’enfance, le monde de l’imaginaire

«  Ainoha (ndlr : 5 ans) a eu peur quand on lui a annoncé qu’on partait vivre en Afrique parce qu’ elle pensait qu’on allait habiter dans une case avec un toit en paille comme dans les dessins animés. » Très vite, le couple a trouvé un logement et montré aux enfants où ils allaient vivre. Juliette de Chaisemartin insiste sur l’importance d’expliquer à cet âge-là en montrant des images de la destination, de la faune, de jolis endroits afin qu’il puisse se projeter. « La différence est que nous, adultes, avons emmagasiné une grosse base de données alors que eux la construisent » .
Si pour Ainoha c’était mignon, cela peut-être beaucoup plus grave. « Le risque est que l’enfant développe de l’anxiété. À cet âge-là, ils ont du mal à se projeter et ils ont beaucoup d’imagination. Il faut donc prendre les devants et ancrer dans la réalité », alerte la psychologue.

Moins d’un mois après leur arrivée, la mère de famille demande à ses enfants s’ils veulent parler de choses qui les auraient surpris. Elle a été très étonnée de la réponse : ni la pauvreté dans la rue, ni la différence physique ou culturelle des enfants de leur classe ne les avait marqués « ils ont accueilli, sans chercher à comprendre ou comparer. »  C’est effectivement l’une des caractéristiques de cette tranche d’âge.
Cependant, certains enfants peuvent exprimer les différences, souligne la spécialiste « il peut y avoir beaucoup de questions autour de la confrontation des deux mondes et dans ce cas, c‘est bien d’être attentif aux questions, de donner ses propres réponses en l’incitant à réfléchir par lui-même. Il comprend tout à fait que ca puisse dépasser les parents aussi. Les questions sont généralement ouvertes, curieuses et avec un dialogue parent-enfant. Il avance très bien avec ça. »

Et lorsqu’ il y a un coup de mou, Ségolène trouve un point positif du pays dans lequel ils vivent « jusqu’à 10 ans ça marche très bien car ils sont dans l’immédiateté et le moindre petit plaisir a une place très forte. » 

Le départ, un moment-clé

Un moment personnel pour chaque membre de la famille

Si Ségolène reconnaît avoir eu beaucoup de chance dans l’adaptation de chacun de ses enfants – notamment grâce à l’accompagnement qu’elle leur a offert – elle garde pourtant un regret : ne pas avoir pu fêter leur départ, deux fois d’affilée. La première fois, la famille quitte Zurich après avoir appris la mutation en plein été. La seconde fois, c’est le COVID qui les empêche de fêter leur départ d’Abidjan.  « Ça laisse une impression d’inachevé, comme un départ qui reste en suspens. Ça aurait été important de marquer le coup à une date précise » , confie t’elle. Elle aurait aimé que les enfants s’approprient ces départs. « La première fois, je m’étais dit “tant pis”, raconte t’elle. Mais en réalité c’est important qu’ils puissent parler du départ avec leurs pairs et qu’ils aient leur départ à eux, pas celui des parents. »
Fixer une date, donner une forme officielle au départ, c’est ce que recommande la psychologue. « Il est important d’acter la transition en associant le départ à un moment festif. »

Un deuil à faire pour accueillir la suite

La mère de famille ajoute que marquer clairement la transition leur aurait surement permis de traverser une forme de deuil et de se rendre plus disponible, plus rapidement, pour accueillir la suite. Si c’est ce qu’ils ont ressenti, Ségolène et son mari s’émerveillent cependant de la réaction de leurs enfants « ils ont une capacité par rapport à nous de se réjouir, rebondir et avancer et construire, que je trouve extraordinaire. Je ne pensais pas que ca serait à ce point là. Pour nous, ça durait plus longtemps. »

Aujourd’hui, le couple a choisi de s’installer quelques années en Suisse afin d’offrir à leurs enfants une stabilité à l’adolescence. Mais pour Ségolène, une chose est sûre : ces déménagements ont fait grandir chacun, tout en renforçant leurs liens.

Lire la suite
Publicité
Cliquer pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Tendance

Français à l'étranger

GRATUIT
VOIR