Sport
Antoine Pouget : de plombier à Paris à combattant à Bangkok
À 27 ans, Antoine Pouget a tout quitté : son entreprise, sa mutuelle, sa vie en France pour s’installer à Bangkok et se consacrer au Muay Thai. Il y a deux ans, il faisait plus de 100 kg et ne connaissait rien à ce sport. Aujourd’hui, il s’apprête à combattre au Rajadamnern, le plus vieux stadium de Muay Thai du monde.
Tout commence par une vidéo. Celle d’un ami parti s’entraîner en Thaïlande. Antoine découvre que des Français, des étrangers, peuvent aller là-bas s’entraîner avec des coachs thaïs, faire des vrais combats. « Pour moi, le Muay Thai c’était vraiment les Thaï. Je n’avais jamais eu ce regard-là de me dire qu’on pouvait y aller et faire des fights. » À cette période, il traverse une passe difficile. Il fume, boit, mange mal, travaille sur les chantiers parisiens. Il pèse plus de 100 kg.
Il commence la boxe en France, change tout : alimentation, habitudes, rythme de vie. Quarante kilos plus tard, en mars 2025, il repart en Thaïlande avec une condition physique transformée et enchaîne deux combats en un mois. La décision est prise. En octobre 2025, il ferme sa boîte de plomberie et s’installe à Bangkok.
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Un quotidien d’athlète
Le rythme là-bas n’a rien à voir avec les cours du soir en France. Antoine s’entraîne entre cinq et sept heures par jour, six jours sur sept. Course et entraînement le matin dès 6h30, nouvelle session l’après-midi. Les camps thaïs fonctionnent ainsi : ouverts à l’aube, plusieurs coachs pour quelques fighters, un suivi individualisé difficile à trouver en Europe. « En France, c’est un coach pour vingt personnes. Là-bas, tu es vraiment pris en charge. »
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Il vit dans un quartier populaire de Bangkok, loin des zones touristiques. Ses coachs ne parlent que thaï. « Je suis obligé d’apprendre. » Il maîtrise désormais bien la langue, ce qui lui ouvre des portes. Sa compagne, thaïe, qu’il a rencontrée lors de son premier séjour, l’aide à naviguer les démarches administratives. Pour financer cette vie, il a misé sur les réseaux sociaux : une audience construite autour de son parcours lui permet aujourd’hui de décrocher quelques partenariats. Les cachets des combats, eux, restent modestes : entre 100 et 250 euros selon les organisations.
Attention aux promoteurs
Le Muay Thai thaïlandais est aussi un écosystème économique complexe, avec ses zones d’ombre. Les paris, officiellement restreints, restent très présents dans les coulisses des combats. Et certains promoteurs peu scrupuleux n’hésitent pas à placer un fighter face à un adversaire nettement supérieur pour favoriser un pari, pas pour faire progresser le combattant. Les étrangers sont les premières cibles. « Nous, on est moins alertes là-dessus. On vient avec nos rêves, apprendre les techniques, faire des fights. Les Thaïs, eux, sont dans cet écosystème depuis l’enfance. »
Antoine a appris à analyser : quel promoteur fréquente le gym, comment sont gérées les carrières des autres fighters, à qui ils ont été opposés et à quel moment. « Il faut voir comment ça se passe pour les autres avant toi. » Son propre gym ne lui pose pas ce problème, mais il dit avoir vu des étrangers mis en grosse difficulté. Le conseil qu’il donne à ceux qui veulent se lancer : prendre le temps d’observer avant de signer quoi que ce soit.
Le visa Muay Thai
Pour rester légalement en Thaïlande sur le long terme, Antoine a obtenu le DTV visa, un dispositif créé dans le cadre du « soft power » thaïlandais. Il permet à des étrangers venant apprendre quelque chose d’ancré dans la culture locale : Muay Thai, cuisine thaïe, langue, de séjourner jusqu’à cinq ans, renouvelable une fois. Condition : justifier d’environ 15 000 euros sur son compte et fournir des documents émis par le gym ou l’école. « Les lois thaïes changent vite. Je me suis empressé de le faire. »
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Rajadamnern, l’objectif
Son prochain combat aura lieu au Rajadamnern Stadium, fondé dans les années 1940, premier stadium de Muay Thai au monde. Pas pour une ceinture ou un titre, Antoine n’a pas ce type d’ambitions. Il veut combattre dans les deux grandes enceintes mythiques du pays, le Rajadamnern et le Lumpinee, et voir jusqu’où ses limites peuvent reculer. En deux ans, il est passé de plombier en surpoids à fighter professionnel dans la capitale thaïlandaise. La date du combat n’est pas encore fixée , début juin, probablement. Il attend son visa.
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