Destinations au banc d'essai
« FIFO », le modèle d’emploi atypique dans les contrées reculées d’Australie
Le Fly-In Fly-Out (FIFO) est un système de travail propre à l’Australie pour acheminer la main-d’œuvre dans les régions industrielles isolées et peu peuplées. Plongée dans un mode de vie atypique, attrayant financièrement pour les plus aventuriers, mais qui a aussi des revers.
En Australie, l’organisation du marché de l’emploi doit tenir compte des vastes distances et des régions peu développées pour satisfaire le besoin en main-d’œuvre des industries et des grands chantiers. Si bien qu’un mode de travail en rotation avec de grands déplacements s’est imposé pour attirer les travailleurs. L’employeur prend en charge le transport et le logement des salariés en mission pendant une période de travail alternée avec des périodes prolongées de repos pour permettre un retour à domicile.
Ce modèle est particulièrement prisé pour éviter de délocaliser les travailleurs et leurs familles, car il est souvent plus économique de payer des billets d’avion réguliers que de construire de toutes pièces de nouveaux quartiers résidentiels, notamment près des zones minières. Les travailleurs effectuent des rotations et sont logés sur place, généralement au sein de « villages » de logements de chantier, où la nourriture et l’hébergement sont assurés. La contrepartie de cette logistique de prise en charge est souvent un rythme de travail très intense.
C’est le mode de vie choisi par Patrice Rivinc, un Français de 51 ans originaire du petit village de Garrevaques dans le Tarn. Son métier l’a conduit à sillonner la côte est australienne, de Cairns à Melbourne, en passant par Brisbane, Port Macquarie, Coffs Harbour, Gerringong, Batemans Bay, sur des projets pouvant durer de quelques semaines à plusieurs mois.
Employé depuis 2003 par l’entreprise française Menard, spécialisée dans l’amélioration et le renforcement des sols, il a entamé de premières missions de trois mois en Australie au tournant des années 2010 (après sept ans au Vietnam) avant de s’installer à Sydney avec son épouse et ses deux enfants en 2012. Il explique que le système de rotation sous le régime FIFO dans son entreprise est d’une nuit à la maison par semaine travaillée, ce qui représente trois ou quatre semaines de travail (avec repos le dimanche) pour un week-end de trois ou quatre jours. Pour des chantiers plus loin comme Perth, c’est plutôt de l’ordre de trois semaines de travail (avec souvent samedi et/ou dimanche travaillés) pour une semaine à la maison, car il faut inclure le temps de transport, à savoir une journée aller et autant au retour, décrit-il.
Une telle vie requiert toutefois une organisation rigoureuse : « Il faut faire le point avec l’équipe sortante au retour, toujours avoir sa valise prête et posséder plusieurs choses en double pour éviter de les trimbaler tout le temps », illustre-t-il.
L’attractivité numéro un du système de travail FIFO reste la rémunération. Les entreprises, souvent minières, qui emploient ces travailleurs paient généralement des taux plus élevés pour compenser la nature asociale et isolée de la mission. Patrice confirme que le travail du week-end, dont les heures comptent double, apporte un vrai complément non négligeable au salaire de base. À cela s’ajoutent des indemnités de nourriture non imposables – environ 95 dollars australiens par jour dans son cas – qui constituent aussi un complément très appréciable.
Ce qu’il apprécie en particulier est l’opportunité de « voir du pays » et c’est d’ailleurs cette « envie de découvrir le monde » qui l’a poussé à faire ces longs déplacements. « Dans un pays comme l’Australie, il y a de quoi visiter. Bien entendu, on ne tombe pas bien souvent dans des endroits paradisiaques, mais il y a toujours un coin sympa à visiter pas trop loin », confie-t-il. Enfin, ce rythme permet aussi d’avoir du temps libre en semaine pour gérer des démarches administratives ou amener ses enfants à l’école.
Le revers de la médaille en revanche, c’est justement l’équilibre vie privée et professionnelle. « Ce qui est le plus dommageable à mon sens, c’est que l’on manque beaucoup de moments importants lorsque l’on a des enfants », regrette M. Rivinc, citant les premiers pas, les anniversaires ou les rentrées scolaires. Il évoque aussi la solitude des soirs dans les logements de chantier, les nombreuses heures perdues dans les aéroports et le poids considérable de la charge mentale (logistique, enfants) qui pèse alors sur le conjoint resté à la maison.
À ceux qui sont tentés par ce mode de vie à l’opposé du train-train « métro-boulot-dodo », il conseille de se lancer en début de carrière : « Mieux être jeune, célibataire et sans enfant, ce n’est pas à 50 ans que l’on commence ! », lance-t-il. Il faut être « très motivé et ne pas avoir peur de faire des heures car les journées peuvent durer jusqu’à douze heures de travail », avertit aussi cet employé chevronné.
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