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Enseignants-chercheurs : quand l’étranger devient une étape de carrière

Après le doctorat, les jeunes chercheurs français sont nombreux à regarder au-delà des frontières. Post-doctorats, contrats locaux ou postes en tenure-track : l’international offre de nouvelles perspectives à des universitaires confrontés à des recrutements très compétitifs en France. Une mobilité qui séduit désormais aussi les profils confirmés.

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Enseignants-chercheurs : quand l’étranger devient une étape de carrière

Pour certains jeunes chercheurs, l’expatriation commence moins par une envie de départ que par l’absence d’alternative. En 2024, la France a recruté 2 015 enseignants-chercheurs par concours, dont environ deux tiers de maîtres de conférences, recrutés en moyenne à 35 ans. Dans certaines disciplines, la concurrence est féroce. Après une thèse en physique théorique réalisée dans un laboratoire de l’École polytechnique en 2015, Lucien Heurtier en a fait l’amère expérience : il a ensuite enchaîné les post-doctorats à Bruxelles, aux États-Unis et enfin au Royaume-Uni, où il enseigne aujourd’hui à King’s College London. « Ce n’est pas vraiment un choix. La pression sur le nombre de postes est extrêmement élevée », résume-t-il, évoquant des centaines de candidatures pour une ou deux réponses positives.

Au-delà de la nécessité, cette mobilité permet d’élargir son réseau et de s’ouvrir à d’autres cultures scientifiques et pédagogiques. « Sur le plan personnel, ça peut être assez difficile aussi », tempère toutefois Lucien Heurtier, évoquant l’instabilité des contrats post-doctoraux qui oblige à réinventer sa vie tous les deux ou trois ans.

Des règles du jeu qui changent selon les pays

À l’étranger, les conditions d’accès aux postes universitaires varient d’un établissement à l’autre. Au Canada ou aux États-Unis, les jeunes chercheurs peuvent notamment viser des postes d’Assistant Professor en tenure-track : une période probatoire de plusieurs années qui mène à une titularisation permanente (la tenure). À l’Université de Toronto, par exemple, un premier contrat de trois ans est suivi d’une évaluation, puis d’un renouvellement pouvant conduire à une évaluation de tenure, généralement au bout de six ans. D’autres pays, comme la Suisse, misent généralement sur des postes de professeurs assistants assortis d’une pré-titularisation.

À rebours de ces contrats, le système français repose, lui, sur le statut de fonctionnaire pour les maîtres de conférences recrutés par concours. Un maître de conférences débute actuellement avec un traitement indiciaire brut de 2 169,62 euros par mois, hors indemnités. Si les rémunérations à l’étranger s’avèrent parfois plus attractives, elles doivent impérativement être mises en balance avec le coût de la vie, la fiscalité et la protection sociale du pays d’accueil. Face à ces disparités, certains pays renforcent leur politique d’attractivité scientifique. Le Canada a ainsi annoncé 1,7 milliard de dollars canadiens sur douze ans pour attirer plus de 1 000 chercheurs internationaux et expatriés, dont des chercheurs francophones. La Chine multiplie également les dispositifs destinés à attirer des chercheurs formés à l’étranger.

Quand partir devient un choix d’excellence scientifique

L’expatriation ne concerne pas seulement les jeunes docteurs en quête de stabilité. Olivier Mousis, astrophysicien, a quitté Aix-Marseille Université après une carrière pourtant couronnée de succès : professeur de classe exceptionnelle, membre senior de l’Institut universitaire de France et créateur d’un institut de 200 personnes.

Son départ pour le Southwest Research Institute, au Colorado, a été motivé par un « manque d’horizon scientifique » en France. « Moi, ce que j’adore, c’est la recherche », confie-t-il. L’institution américaine est directement venue le chercher pour piloter des projets de grande ampleur, lui offrant un écosystème rompu à l’accompagnement des ambitions de pointe. S’il a gagné au change, il rappelle que l’équation financière américaine exige de la vigilance, notamment pour les familles : logement, fiscalité, assurance santé ou garde d’enfants peuvent rapidement modifier l’équation.

Pour Olivier Mousis, le départ n’est donc pas synonyme de rupture avec la France. Il conserve la possibilité d’y revenir et refuse de réduire ces mobilités à une simple « fuite des cerveaux ». « Le monde, c’est le monde. On n’a pas de limites », estime-t-il. Une vision que partage, à sa manière, Lucien Heurtier, qui invite à penser sa carrière sans œillères : après plusieurs années de mobilité, il considère qu’un jeune chercheur ne doit pas faire du retour en France son premier critère de décision.

Vous souhaitez poursuivre une carrière universitaire à l’étranger ? Voici les ressources utiles :

  • Le diplôme : le doctorat permet de candidater à des postes qui exigent un PhD ou un diplôme équivalent, mais les critères varient selon les pays et les établissements. L’HDR est, elle, une qualification propre au système français.
  • Le type de contrat : post-doctorat, contrat local, visiting professor, Assistant Professor en tenure-track… ces statuts correspondent à des niveaux de stabilité et des perspectives de carrière différents. Il faut notamment vérifier la durée du contrat et les conditions d’une éventuelle titularisation.
  • Les opportunités : le portail EURAXESS recense des offres d’emploi, de financement et d’accueil dans plus de 40 pays. Academic Positions propose également des offres de postes universitaires et scientifiques à l’international. Pour les questions de reconnaissance des diplômes, le réseau ENIC-NARIC fournit des informations selon les pays.
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