Destinations au banc d'essai
De backpacker à cheffe d’entreprise, l’énergie débordante de Natacha Lavorel en Australie
Arrivée en Australie en 2012 avec un simple permis vacances-travail (PVT), la Française Natacha Lavorel est aujourd’hui à la tête de sa propre entreprise de panneaux solaires à Wollongong, couvrant la région de l’Illawarra au sud de Sydney. Rencontre avec une entrepreneuse qui a su tirer parti du boom des énergies renouvelables.
Racontez-nous vos débuts en Australie. Était-ce facile de trouver votre voie en arrivant ?
Natacha Lavorel : Pas vraiment, cela m’a pris plusieurs années en jonglant avec les visas, avec des opportunités limitées professionnellement quand on n’a pas le bon permis de travail. Je suis arrivée à Sydney fin 2012 après avoir voyagé en Asie avec l’intention de rester seulement quelques mois en PVT. Mais de fil en aiguille, je suis restée, car soit on tombe amoureux du pays, soit de quelqu’un, ou des deux. Du coup, j’ai fait tout ce que je pouvais pour rester, en passant par des visas touristiques et des visas étudiants, ce qui m’a coûté plusieurs dizaines de milliers de dollars. J’étais limitée dans des jobs de backpackers et je n’osais pas postuler dans mon domaine, alors que j’ai un master d’une école de commerce française. Jusqu’à ce que je prenne confiance et décroche le job de mes rêves dans les énergies renouvelables, mon employeur sponsorisant mon visa.
Comment avez-vous fini par intégrer ce secteur des énergies renouvelables ?
J’ai été engagée par Solahart, une entreprise australienne historique, très connue pour avoir conçu les chauffe-eau solaires que l’on voit sur les toits ici. J’y ai travaillé environ cinq ans, entre 2015 et 2020, pour faire du développement commercial. Mon rôle était d’accompagner et de coacher les ouvriers et plombiers de la Nouvelle-Galles du Sud pour les aider à intégrer les panneaux solaires à leur activité, quand cette technologie a gagné en popularité et que les chauffe-eau solaires ont perdu leur attrait. Je devais beaucoup voyager dans l’État, en prenant souvent des avions vers des régions reculées pour aller visiter les franchisés un peu partout.
Qu’est-ce qui vous a motivé pour vous lancer comme entrepreneuse ?
En aidant les autres franchisés, je me suis rendu compte que je n’exploitais pas tout mon potentiel en travaillant pour une entreprise tierce. J’avais envie de relever le défi et d’établir mes propres processus. Je suis donc devenue moi-même franchisée, en fondant ma propre société Solahart Illawarra à Wollongong, une ville industrielle portuaire au sud de Sydney, pour installer des panneaux solaires dans la région de l’Illawarra.
Beaucoup pensent qu’il est facile de se mettre à son compte — en tant que « sole trader » sans employés –, mais bâtir une vraie structure avec des salariés, c’est passer à la vitesse supérieure, au « next level ». J’ai commencé avec des sous-traitants pour les installateurs et les électriciens, et puis j’ai évolué en employant des apprentis et des électriciens, et en achetant une flotte de camions. Nous sommes désormais une équipe de 15 personnes. Le boom des énergies renouvelables est toujours là et la demande des clients reste au rendez-vous.
Dans quelle mesure était-ce possible en tant qu’étrangère pour sauter le pas ?
Je trouve que la paperasse et la bureaucratie sont relativement simples ici comparées à l’Europe. Par contre, ne pas être Australienne à la base ni anglophone ajoute une couche de complexité quand il faut chercher du soutien, se défendre juridiquement ou gérer des employés.
Vous avez géré la croissance de votre entreprise tout en devenant mère. Quel a été l’impact sur votre équilibre de vie ?
Après une fausse couche, n’arrivant pas à tomber enceinte, j’ai décidé de lancer mon « bébé business ». Finalement, j’ai eu trois enfants tout en montant ma boîte. Je ne vais pas mentir, il y a eu de gros moments d’épuisement professionnel et cela a ralenti la croissance de l’entreprise. Gérer la sécurité sur les toits, le personnel et les clients, c’est énormément de pression quotidienne. Les difficultés étaient vraiment réelles, mais j’insiste pour dire que tout est faisable.
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