Etudier et travailler
Canada : le visa étudiant devient plus difficile à décrocher
Le pays resserre encore la vis. Les étudiants étrangers devront désormais apporter la preuve qu’ils disposent de suffisamment d’argent pour vivre au Canada pendant leurs études.
Les conditions se durcissent au pays à la feuille d’érable ! Tout candidat à un permis d’études canadien ou à un renouvellement devra désormais fournir six mois de relevés bancaires contre quatre mois auparavant. « Ce genre d’annonces a des répercussions importantes sur l’attractivité des universités canadiennes, reconnaît Geneviève O’Meara, porte-parole de l’Université de Montréal (UdeM). Nous connaissons une baisse des demandes d’admissions, ce qui se traduit par moins d’inscriptions d’étudiants étrangers à nos programmes. » A Polytechnique Montréal par exemple, les étudiants étrangers représentaient fin 2024 60% des élèves de master et près de 70% en doctorat.
Critères rigoureux
Dans de nouvelles instructions envoyées en juillet, et révélées par la chaîne CIC News, le ministère canadien de l’Immigration appelle ses agents à ne pas délivrer de permis d’études à un étranger, d’où qu’il vienne, si ses ressources financières ne lui permettent pas de payer ses frais de scolarité et de subvenir à ses besoins, notamment les billets d’avion aller-retour, et aux éventuels membres de sa famille qui l’accompagnent. Par exemple, le gouvernement du Québec exige que les étudiants internationaux démontrent la capacité financière à subvenir à leurs besoins (15 508$, environ 10 000 euros), couvrir les frais d’installation (500$), de transport (estimation à 2 200$) et d’une assurance maladie et hospitalisation (1068$).

A l’Université de Montréal. Cette baisse des effectifs dans les établissements supérieurs canadiens fragilise leurs finances. (Photo: RICHMOND LAM)
Étudiants authentiques
Les agents de l’immigration sont aussi invités à vérifier l’origine des fonds présentés par le demandeur du visa, afin de ne sélectionner que des étudiants « authentiques ». « Les exigences financières pour obtenir un permis d’études n’ont pas changé dans leur principe, nous indique pour sa part le service immigration de l’ambassade du Canada en France : la preuve de fonds a toujours été requise. Ce qui peut évoluer, c’est le montant minimal exigé, ajusté chaque année pour refléter le coût de la vie au Canada. Depuis 2024, ce seuil est calculé à partir des minima sociaux, c’est‑à‑dire du seuil de faible revenu publié par Statistique Canada, et il est mis à jour annuellement. » La mise à jour de 2026 n’a pas encore été communiquée.
Crème de la crème
« Du côté de l’UdeM, le recrutement des étudiants internationaux n’est pas un modèle d’affaires, assure Mme O’Meara, mais bien une valeur ajoutée pour notre communauté. Nous recrutons à l’international dans une perspective d’ouverture sur le monde, pour permettre à nos étudiants d’apprendre et de faire de la recherche avec la crème de la crème du monde scientifique, tout domaine confondu. Attirer les meilleurs talents ici est un gain pour le Québec, pour tout ce qui a trait à l’innovation, qu’elle soit sociale, économique ou technologique. » Elle affirme également que ces étudiants jouent un rôle crucial dans le soutien des activités de recherche de pointe, souvent à titre d’assistants de recherche ou de doctorants, contribuant ainsi directement à la production de connaissances et à l’avancement scientifique.

Daniel Jutras, recteur de l’université de Montréal : « Le recrutement des étudiants internationaux n’est pas un modèle d’affaires, assure Mme O’Meara, mais bien une valeur ajoutée pour notre communauté. » Photo: Amélie Philibert
Manque à gagner financier
« Est-ce que le Canada pourra atteindre ses objectifs économiques ?, s’interroge quant à lui dans les colonnes du Monde (article payant) Gabriel Miller, président-directeur général de Universités Canada, qui représente une centaine d’établissements. Le pays est dans une course pour construire des infrastructures et diversifier ses relations commerciales. Les étudiants étrangers de qualité sont nos meilleurs atouts pour y arriver. » Certains établissements ont en effet déjà dû suspendre des programmes d’études, faute d’un nombre suffisant d’étudiants. Entamé en 2024, le but affiché par le gouvernement fédéral de ce durcissement des règles d’accès au Canada est de soulager la pression sur le marché du logement et les services publics. Selon une enquête de Statistique Canada publiée en mai dernier, le nombre d’étudiants étrangers dans les universités et les collèges du pays a reculé de 29%.
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