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Yvan Jayne, le cow-boy français qui a conquis les rodéos du Texas

Parti à 16 ans comme étudiant d’échange au Texas, Yvan Jayne est devenu l’un des rares Européens à s’être qualifié pour les finales du championnat du monde de rodéo, à Las Vegas. Rencontre avec un ancien athlète pour qui le cheval n’a jamais été un adversaire, mais un partenaire de danse.

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Yvan Jayne, le cow-boy français qui a conquis les rodéos du Texas
Cet article fait partie du dossier Sportifs de l'étranger : 5/5

Yvan Jayne n’est pas né cow-boy par hasard. Ses parents se sont rencontrés à OK Corral, un parc d’attractions sur le thème western près de Marseille, où il a grandi. À 14 ans, son père l’emmène assister à un rodéo organisé en Italie par Charlie, pionnier de la discipline en Europe dans les années 1970. Le coup de foudre est immédiat. Deux ans plus tard, Yvan part aux États-Unis pour ce qui ne devait être qu’une année d’échange scolaire, sa famille d’accueil, au Texas, est elle-même une famille de rodéo.

Huit secondes qui changent tout

Dès sa deuxième année, il remporte le titre de l’État du Texas en catégorie lycéenne et décroche plusieurs bourses universitaires liées au rodéo. Sa spécialité : le bareback riding, discipline reine du rodéo, où le cavalier n’a que huit secondes pour tenir sur un cheval sauvage sans étriers ni rênes. La notation repose autant sur la performance du cavalier que sur la fougue de l’animal. « C’est un peu vous contre le cheval, mais ce n’est jamais un ennemi. C’est plutôt un partenaire de danse », résume-t-il.

Un sport de haute solidarité

Contrairement aux idées reçues, Yvan insiste sur l’esprit fraternel du rodéo, loin de l’image d’un sport brutal ou individualiste. Il compare volontiers le circuit à celui du tennis : une accumulation de points glanés tournoi après tournoi, avec un peloton restreint de concurrents que l’on croise presque chaque semaine. « Tous les gars avec qui j’étais, je les voyais pratiquement tous les weekends. Certains, je faisais la route avec eux pour partager les frais. Il y en a d’autres avec qui je vivais carrément pendant deux ou trois mois. » Une proximité qui forge, selon lui, une solidarité rare dans le sport de haut niveau : « C’est très fraternel, parce qu’on est un peu tous dans la même galère. Ce n’est pas : j’espère que tu vas tomber. C’est vraiment : fais de ton mieux, et j’espère que tu ne te fais pas mal. »

Transmettre le rêve

Cette entraide dépasse largement le cadre de la compétition. « C’est un monde où les gens font très attention à vous », insiste-t-il. Yvan raconte avoir lui-même consacré du temps, une fois sa carrière terminée, à aider de jeunes Européens tentés par l’aventure du rodéo, en les mettant en relation avec les bonnes personnes ou en participant à l’organisation de stages sur le continent. Un engagement qui, parfois, revient sous une forme inattendue : quelques jours avant l’entretien, il reçoit sur Instagram un long message d’un jeune homme originaire d’un village de Corse, parti vivre au Québec pour s’essayer au bareback riding après avoir découvert la discipline en le regardant, enfant, à la télévision. « Il voulait me dire merci de lui avoir donné le rêve. Ça fait super plaisir », confie Yvan, encore visiblement touché.

Yvan Jayne

Une vie entre deux mondes

Aujourd’hui installé dans un ranch près de Fort Worth avec son épouse américaine, ancienne gymnaste universitaire, et leurs deux enfants, Yvan a raccroché les étriers depuis sept ans pour se consacrer à la construction de cabanes touristiques sur sa propriété. La famille passe deux mois par an en France, où son fils de 8 ans, passionné par l’OM et le rugby, rêve de s’installer un jour : « Il me dit qu’il est trop content, qu’il va aller vivre en France. » Une double culture qu’Yvan cultive avec fierté, tout en reconnaissant ce qui lui manque : « Cette espèce de culture du village, communautaire, à la française, ça me manque un peu. Je suis chauvin, je l’avoue. »

« Il faut lâcher la première branche avant d’avoir attrapé la deuxième »

Son plus beau souvenir reste les trente secondes précédant son entrée en piste au Thomas & Mack Center de Las Vegas, en 2015 : « J’ai eu les flashbacks de moi à 14 ans, en train de regarder des vieilles cassettes de finales en France, et je me suis dit : j’y suis. » Son conseil à ceux qui rêveraient d’un parcours atypique à l’étranger : « Il faut chercher les bons contacts, mais surtout s’apprêter à faire de gros sacrifices. La vie, ça se joue qu’une fois. Il faut apprendre à lâcher la première branche avant d’avoir attrapé la deuxième. »

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