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Virgile Sicard : de Paris à la Chine, au rythme du wushu

À 32 ans, Virgile Sicard est l’un des rares Français à avoir fait du wushu son mode de vie. Multiple champion de France, deux fois vice-champion du monde en catégories professionnelles, il partage son existence entre Paris, Hong Kong et les provinces chinoises, au gré des compétitions et des stages. Un nomadisme façonné depuis l’enfance et qui ne doit rien au hasard.

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Cet article fait partie du dossier Sportifs de l'étranger : 3/3

Tout commence dans un dojo. Ses parents se sont rencontrés dans le cadre des arts martiaux. Son père pratique encore aujourd’hui, il donne toujours des cours. Virgile Sicard n’a donc pas vraiment eu à choisir : il est tombé dedans enfant, taekwondo d’abord, puis kickboxing en Hollande, arts martiaux japonais au Japon, et finalement le wushu, discipline sportive dérivée du kung-fu traditionnel chinois, qui est aujourd’hui au centre de tout. «Je dis les arts martiaux parce que j’ai un parcours très éclectique», précise-t-il.

Un euphémisme pour quelqu’un qui s’entraîne depuis l’âge de dix ans deux fois par jour, et qui a passé une bonne partie de sa vie en Asie.

Un quotidien de haut niveau

Le rythme n’a rien d’ordinaire. Deux séances par jour en France, trois en Chine lors des stages d’été. Sept jours sur sept, avec un coach assigné en permanence. Chaque entraînement est ciblé : puissance d’explosion le matin, niveaux de difficulté technique l’après-midi souvent en état de fatigue, précisément pour simuler les conditions de compétition. « Hier, le premier entraînement c’était tout un programme autour de la puissance de projection. Le deuxième, c’était faire les niveaux de difficulté en ayant les jambes fatiguées. »

En France, il navigue entre plusieurs écoles selon ce qu’il cherche : l’une pour l’aspect physique, une autre pour la finesse technique, des cours particuliers avec d’anciens champions pour affiner certains détails. En Chine, c’est autre chose. « C’est professionnel. Il y a beaucoup moins de concessions. En France, si tu es fatigué, on te dit de te reposer. »

Pour financer ce mode de vie, Virgile travaille comme manager pour une chaîne de restaurants sino-française, présente à Paris comme en Chine. Une organisation taillée sur mesure : là où il s’entraîne, il peut travailler. Nanjing, Shenzhen, Paris, la gestion se fait en grande partie à distance.

La Chine comme terrain d’adoption

Virgile Sicard y retourne presque chaque année, jamais tout à fait au même endroit : le Sichuan, Shenzhen, Nanjing. À Hong Kong, la famille de sa compagne. Les séjours durent en moyenne deux mois, avant un retour en France, et un nouveau départ.

Là-bas, son sport est le sport national. La différence se ressent immédiatement. « Quand on est champion de kung-fu en Chine, on est très bien accueillis. Les Chinois ont beaucoup d’admiration pour un Français qui s’est autant imprégné de leur discipline. » En France, la réception est plus tiède. « Champion de kung-fu, ici, c’est : “ah ouais, c’est ceux qui font les mouvements.” »

La question d’un installation permanente en Chine se pose sérieusement. « À chaque fois qu’on rentre, on regarde la France et on mesure le fossé. » Mais la famille, les sélections en équipe de France, les amarres affectives le retiennent. Sa grand-mère, notamment. «À chaque fois que je lui dis que j’ai envie de partir en Chine, je sens qu’elle se dit que si je pars, elle va plus jamais me revoir. »

La liberté vue d’ailleurs

Sur la Chine, Virgile Sicard a un avis que peu d’expatriés formulent aussi clairement. Le discours habituel sur la surveillance, les caméras, le contrôle : il le connaît et le retourne. « Le concept de liberté n’est pas le même. »

Il donne un exemple concret : il s’entraîne parfois dans des parcs de Chine jusqu’à tard le soir. Un soir, il propose à une jeune femme de l’accompagner pour rentrer. Elle ne comprend pas pourquoi. « En Chine, ça n’existe pas, “j’ai peur de rentrer chez moi le soir.” Ma copine, elle, elle hésite à sortir dans Paris la nuit. Et elle a raison d’hésiter. »

Sa conclusion est directe : « D’une certaine manière, on lui a privé de sa liberté en la filmant à son insu. Mais d’une autre manière, elle peut rentrer à l’heure qu’elle veut. »

Un palmarès construit dans l’ombre

Le wushu n’est pas un sport olympique, pas encore. Il sera présent aux Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 à Dakar. En attendant, il existe ses propres échéances : championnats du monde de wushu moderne, championnats du monde de Taïchi, championnats du monde traditionnels, Coupes du Monde réservées aux cinq premiers mondiaux, World Games tous les trois ans.

Virgile Sicard cumule plus d’une douzaine de titres de champion de France, trois médailles de vice-champion d’Europe et deux de vice-champion du monde en catégories professionnelles, plus une médaille de bronze mondiale. Il ne tient pas à mettre en avant ses titres amateurs, nombreux. « Maintenant que je suis professionnel, ce sont les catégories professionnelles qui comptent. »

À 32 ans, il se dit en fin de carrière. Deux ans encore, peut-être. « Avant, j’étais dans une visualisation conquête. Aujourd’hui, j’essaie juste d’être le meilleur que je peux être par rapport à moi-même. » La transmission l’attend déjà : il donne des cours depuis ses 16 ans, et discute d’un rôle de sélectionneur. Quelques apparitions au cinéma aussi : des cascades, un rôle dans une série sur TF1.

Des arts martiaux au grand écran, en passant par la Chine et les parcs de Pékin à l’aube. Une trajectoire que peu auraient imaginée à partir d’un dojo de banlieue parisienne.

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