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Marie, séparée de son futur époux Algérien : “notre seul crime, c’est de s’aimer et de ne jamais abandonner”

Français à l’étranger donne la parole à ces couples que le virus et les fermetures de frontières a séparés. Marie Godard est Française, son futur mari Algérien, qu’elle n’a pas vu depuis le 11 janvier 2020. Voici son témoignage

Philippe Duport

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Marie, séparée de son futur époux Algérien : "notre seul crime, c’est de s’aimer et de ne jamais abandonner"
“Française en couple depuis septembre 2018 avec mon futur mari algérien, nous subissons cette pandémie de plein fouet. Je suis rentrée d’Algérie le 11 janvier 2020, pensant retrouver mon futur mari dans quelques semaines comme à notre habitude depuis plus d’un an, afin de pouvoir avancer dans notre dossier de mariage.
Puis la France a fermé ses frontières. A ce moment précis nous n’avons pas été inquiet, car la France ne peut se fermer trop longtemps aux autres pays, et avec la France il y a toujours des exceptions. Mais lorsque l’Algérie a fermé ses frontières le 17 mars 2020, à ce moment précis j’ai su que ça serait très long pour se revoir.
Nous entamons à ce moment plein de démarches pour se retrouver, débordant d’énergie et de confiance en mon pays. Pétitions, des centaines de mails et d’appels entre les consulats, ambassades, ministères. Nous nous regroupons, et trouvons environ 300 couples dans la même situation, bloqués entre la France et l’Algérie.
Fin juillet, un sentiment de victoire nous envahit. Le secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne lance le laissez-passer pour les couples non mariés. Nous retrouvons le sourire depuis des semaines de stress et d’angoisse. Mais, très vite, nous comprenons que pour l’Afrique et plus particulièrement l’Algérie, nous ne ferons pas partie de ces chanceux.
Pourquoi ? Sous prétexte de la fermeture des frontières algériennes, le conjoint algérien ne pourrait pas retourner dans son pays après la péremption du laissez-passer. Argument faux, car l’Algérie opère toujours des vols de rapatriements. En fait, nous subissons la crise politique de l’Algérie et les mauvaises relations entre la France et l’Algérie. Nous sommes des victimes COVID politiques.
Et là, pour moi c’est le choc émotionnel. Un véritable drame. Fin août, je tombe gravement malade. Je suis hospitalisée en urgence, où je resterai 12 jours. On me diagnostique une sclérose en plaque. J’ai mis 10 semaines à me remettre physiquement de cette première poussée de maladie. Psychologiquement, c’est encore très dur.
J’ai repris mes démarches pour retrouver mon futur conjoint, pensant avec certitude qu’avec une telle maladie, on ferait un geste vers nous, certaine qu’il reste un peu d’humanité dans ce monde. Malgré des centaines d’appels et de mails, des courriers recommandés, des lettres de plusieurs députés et sénateurs en la faveur de notre couple… depuis 412 jours je n’ai pas pu le retrouver. Pourquoi ? On ne sait pas.
 Le Ministère de L’Europe et des Affaires Étrangères renvoie au Ministère de l’Intérieur. Le Ministère de l’Intérieur renvoie au Préfet de La Marne. Le Président de La République renvoie aux autorités consulaires. Notre dossier est passé par tous les bureaux des ministères, députés et sénateurs. Un criminel est moins inspecté. Mais nous, notre seul crime, c’est de s’aimer et de ne jamais abandonner.
Début février, une femme parmi les 300 couples franco-algériens bloqués à perdu son futur mari dans un accident de moto. Un an qu’elle tape à toutes les portes pour le retrouver et elle ne le reverra plus jamais. Le comble, elle n’est même pas autorisée à assister à ses obsèques.
Nous avons saisi la justice pour la non délivrance de laissez-passer, nous sommes déboutés. Nous avons saisi le défenseur des droits, pas de réponse. Suis-je en 2021, en Europe, en France, Pays des droits de l’Homme ?
Aujourd’hui, comment nous tenons ? Nous ne tenons pas, nous survivons … entre appel vidéo, et chat. Nous avons perdu un rythme régulier de vie entre insomnie, stress, crise d’angoisse, aboulie, idée suicidaire…  A chaque conférence de presse sur le covid, informions sur nos pays, nous passons par toutes les émotions possibles.
Ils nous restent encore de longs jours de distance à tenir, mais un jour nous nous retrouverons. Nous n’oublierons jamais les personnes qui nous ont tendu la main dans ce chemin sinueux notamment le deputé M’jid el Guerrab et la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam qui ont été présent pour nous tous. Mais nous n’oublierons jamais cette période et ceux qui sont restés silencieux à ces injustices.”
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