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« Tu te dis que t’es sur une autre planète » : ces expatriés de l’extrême racontent leur vie en Antarctique

Des températures qui peuvent chuter à – 60 degrés. Du blanc à perte de vue. Plus de possibilité de revenir en arrière. Non, ce ne sont pas les astronautes qui posent le pied sur la lune, mais l’arrivée en bateau de ceux qui choisissent une expatriation de l’extrême : l’Antarctique. Chaque année, environ cent Français embarquent pour quelques mois à un an pour vivre sur une des stations polaires françaises.

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« Tu te dis que t’es sur une autre planète » : ces expatriés de l’extrême racontent leur vie en Antarctique

C’est le cas de Dahan Banse, 31 ans. Il part sur un coup de foudre. Son ex-copine a été sélectionnée pour un programme scientifique sur l’île Amsterdam, en plein milieu de l’océan Indien. « J’ai postulé à tous les postes, n’importe lesquels », raconte-t-il. Grâce à son expérience d’électrotechnicien, sa candidature est finalement retenue par l’Institut polaire français pour partir à plus de 3 000 km de l’île : sur la station Dumont-d’Urville en Antarctique.

Lorsque les conditions le permettent, hivernants et campagnards peuvent profiter de leur congé pour aller découvrir les alentours. Photo : Dahan Banse.

Lorsque les conditions le permettent, hivernants et campagnards peuvent profiter de leur congé pour aller découvrir les alentours. Photo : Dahan Banse.

Une batterie d’examens pour partir

Chaque année, l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV) recrute environ 90 personnes pour des missions d’hivernage (un an) et la campagne d’été (novembre à février). Si les offres sont publiées à partir de novembre, le processus pour recruter les hivernants est long. Après deux entretiens, il faut passer une batterie d’examens psychologiques et médicaux. Pour la station Concordia, située à 3200 mètres d’altitude avec des températures pouvant aller jusqu’à – 80, ces tests sont encore plus poussés. Globalement, « le but est de déterminer si une personne a un projet construit, si elle est apte à partir, si elle est suffisamment endurante pour ne pas voir sa famille durant un an », détaille Anne Savary, chargée de recrutement à l’IPEV.

Steven Terrasoux aimait son travail d’électrotechnicien malgré sa complexité. Photo : Steven Terrasoux

Après avoir réussi ces examens, Dahan embarque en novembre 2023 sur l’Astrolabe, le brise-glace de la Marine nationale qui fait le voyage en Antarctique depuis la Tasmanie. Un trajet qui restera un de ses plus beaux souvenirs. « Une fois que j’arrive dans la banquise, je commence à voir les premiers morceaux de glaçons, les premiers icebergs. Et là, c’est un bonheur. Tu te dis que t’es sur une autre planète, tu as l’impression de passer une porte temporelle ».

Steven Terrasoux, 32 ans, qui est resté quatorze mois à la station Dumont-d’Urville, se rappelle aussi de ce trajet hors du temps. Il met, de son côté, seize jours pour traverser cette très dense mer de glace. « Quand on arrive enfin, on voit la station de loin, on voit toute la glace, et là, on se rend compte qu’on y est, qu’il n’y a plus de retour en arrière. »

« C’est bizarre à dire, mais c’est comme une prison »

Cette impossibilité de repartir tant que le bateau retour ne revient pas, même en cas de décès d’un proche, est à la fois source d’excitation et d’angoisse. « C’est bizarre à dire, mais c’est comme une prison », explique Dahan.

Alors, pour affronter les jours de tempête où il y a impossibilité de mettre le nez dehors, le groupe — majoritairement composé de jeunes — improvise des soirées à thème, joue au baby-foot, profite du vidéoprojecteur pour transformer leur bout du monde en salle de cinéma. « Il y a une vraie notion de solidarité, et c’est aussi ce qu’on cherche chez les candidats, appuie Anne Savary. Il faut parfois prêter main-forte sur les différents chantiers. »

Dahan en train de travailler sur un panneau électrique. les techniciens doivent pouvoir travailler dehors, peu importe le conditions climatiques. Photo : Dahan Banse

Steven Terrasoux appréhendait justement le côté technique des opérations. « On peut vite passer en mode survie. Mais en soi, c’est un job normal, mais il faut être très professionnel. On n’a pas le droit à l’erreur.

Sur la base, on ne retrouve pas que des techniciens et des scientifiques, mais aussi des cuisiniers, un boulanger, des médecins… Tout est pensé pour qu’ils puissent vivre en parfaite autonomie. Une forme de micro-société qui rend le retour parfois compliqué.

« Là-bas, ton cerveau n’a plus d’informations, comme faire les courses, prendre sa voiture, faire attention au code de la route… Le cerveau s’est adapté. Ce qui est dur, aussi, c’est que personne ne peut comprendre ce qu’on a vécu. » Sur recommandations des psychologues, il a, comme beaucoup, fait un voyage de plusieurs mois à son retour. Il a même passé quelques jours avec Dahan, son prédécesseur, en Thaïlande. L’occasion pour les deux jeunes hommes de revenir sur cette expérience hors norme.

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