Destinations au banc d'essai
Ces grandes entreprises françaises qui structurent l’économie britannique
Énergie, infrastructure, transport, environnement : la France pèse bien plus qu’on ne le croit dans l’économie du Royaume-Uni
Vous êtes monté dans un Eurostar, traversé la Manche sous la mer, vu vos ordures collectées par des camions arborant un logo bleu et vert, payé votre facture d’électricité à EDF ? Vous avez alors, sans le savoir, alimenté les comptes de groupes français. Car derrière le vernis post-Brexit et les tensions diplomatiques des dernières années, une réalité économique s’impose : la France est l’une des premières puissances industrielles étrangères au Royaume-Uni. Ses grands groupes opèrent dans des secteurs stratégiques — énergie, eau, déchets, transports, infrastructure —, emploient des dizaines de milliers de personnes et investissent des milliards de livres chaque année sur le sol britannique. Portrait d’une présence discrète mais massive.
EDF : le premier électricien du Royaume-Uni
Si l’on devait ne citer qu’un seul groupe, ce serait celui-là. EDF Energy, filiale britannique de l’électricien public français, est le plus grand producteur d’électricité décarbonée du Royaume-Uni. Son parc nucléaire — huit centrales en exploitation — assure à lui seul environ 13 % de la production électrique nationale. En 2024, EDF a investi £4,3 milliards au Royaume-Uni, soit davantage que son EBITDA de £3 milliards sur la même période — sept années consécutives où l’investissement dépasse les bénéfices. La société emploie directement plus de 11 000 personnes et a recruté 2 000 nouvelles recrues en 2024, avec l’objectif d’en embaucher 3 000 supplémentaires en 2025.
Le chantier phare est Hinkley Point C, en cours de construction dans le Somerset. Avec un coût désormais estimé à plus de £35 milliards, c’est le plus grand chantier d’Europe : 9 000 personnes y travaillent chaque jour. Ce projet, qui doit produire 7 % de l’électricité britannique une fois achevé, est aussi un symbole de la relation franco-britannique — les deux réacteurs EPR, de technologie française, constituent le premier programme nucléaire civil neuf construit en Grande-Bretagne depuis une génération. EDF est également le plus grand fournisseur d’énergie industrielle et commerciale du pays, et le cinquième fournisseur résidentiel.
À noter : EDF n’est pas seul dans l’énergie. Engie est actif dans les énergies renouvelables et les services énergétiques aux collectivités, notamment via un contrat de maintenance de plus de 500 sites pour Transport for London. TotalEnergies est présent depuis plus de 60 ans dans les lubrifiants, les carburants et les parcs éoliens offshore en mer du Nord.
GETLINK : la France au cœur du lien transmanche
Moins connu du grand public français sous son nom actuel, Getlink — anciennement Groupe Eurotunnel — est l’entreprise qui gère et exploite le tunnel sous la Manche. Une concession accordée par les gouvernements français et britannique jusqu’en 2086. Ce groupe franco-britannique coté à Paris opère trois activités majeures au Royaume-Uni.
La première, la plus visible, est le service LeShuttle : les navettes transportant voitures, cars et camions entre Folkestone et Coquelles. En 2024, Getlink détenait 36 % de parts de marché sur le détroit du Pas-de-Calais, loin devant les ferries. La deuxième est le réseau ferroviaire du tunnel lui-même, par lequel circulent Eurostar et les trains de fret — chaque passage génère une redevance. La troisième, Europorte, mérite d’être mentionnée séparément : via sa filiale GB Railfreight, Getlink est l’un des principaux opérateurs de fret ferroviaire du Royaume-Uni, acheminant des marchandises sur l’ensemble du réseau national.
À cela s’ajoute ElecLink, inauguré en 2022 : un câble à très haute tension de 1 000 MW passant dans le tunnel, qui relie les réseaux électriques français et britannique. Une infrastructure qui a permis au Royaume-Uni d’importer et d’exporter de l’électricité selon les besoins des deux marchés — et qui illustre à elle seule l’imbrication des économies des deux pays, que le Brexit n’a pas démantelée.
Eurostar : L’opérateur de trains à grande vitesse Paris-Londres-Bruxelles est détenu majoritairement par la SNCF (55 %), aux côtés de fonds d’investissement. En 2024, il a transporté plus de 11,2 millions de passagers, un record depuis la pandémie, et vient de commander 30 nouvelles rames à Alstom. French Morning London a consacré un article aux 30 ans du tunnel (mai 2024) et à l’émergence de nouveaux concurrents potentiels comme Virgin (mars 2025).
VEOLIA : l’eau, les déchets, l’énergie du quotidien
Veolia est peut-être le groupe français le moins identifiable au grand public britannique — et pourtant l’un des plus présents dans la vie quotidienne. Ses camions ramassent les ordures de plus de 3 millions de foyers britanniques. Ses contrats municipaux couvrent le traitement de l’eau pour 1,8 million de personnes. Ses installations produisent plus de 560 MW d’électricité renouvelable, de quoi alimenter plus d’un million de foyers. L’entreprise compte 85 000 clients commerciaux et industriels, gère 35 sites de traitement des eaux usées et opère des réseaux de chaleur urbains dans plusieurs villes.
Veolia a renforcé sa position au Royaume-Uni lors de l’absorption de Suez en 2022, récupérant une partie des activités britanniques de son concurrent. Le groupe a été classé parmi les dix meilleures grandes entreprises où travailler au Royaume-Uni par le Sunday Times en 2024. Une reconnaissance qui contraste avec son image d’acteur de l’ombre — ces infrastructures qu’on ne voit que quand elles dysfonctionnent.
VINCI et BOUYGUES : bâtisseurs discrets
Les deux géants français du BTP opèrent au Royaume-Uni, mais avec des profils différents. Vinci Construction UK, qui regroupe Taylor Woodrow et Vinci Building, affiche un chiffre d’affaires d’environ £1,3 milliard. Le groupe est présent sur des grands projets d’infrastructure, de construction et de services aux bâtiments. Vinci Energies intervient parallèlement dans les installations électriques, numériques et de génie climatique.
Bouygues agit principalement via Colas, sa filiale de travaux publics, très active dans la construction et l’entretien des routes et des voies ferrées britanniques — un secteur où les contrats publics sont récurrents et massifs. Mais le grand coup de Bouygues au Royaume-Uni est passé inaperçu de beaucoup : en 2022, le groupe a racheté Equans, la branche de services techniques d’Engie, qui emploie à elle seule 13 500 personnes en Grande-Bretagne et en Irlande, pour un chiffre d’affaires de £2 milliards. Avec cette acquisition, Bouygues est devenu, presque en silence, l’un des premiers employeurs français au Royaume-Uni.
Une présence structurelle, pas conjoncturelle
Ce qui frappe, à regarder l’ensemble de ces présences, c’est leur caractère structurel. Ces groupes ne sont pas là parce que les conditions du marché sont temporairement favorables — ils sont enracinés dans des concessions longues, des contrats publics pluriannuels, des infrastructures critiques. EDF gère des centrales nucléaires dont la durée de vie s’étale sur des décennies. Getlink exploite le tunnel sous la Manche jusqu’en 2086. Veolia est lié aux collectivités par des délégations de service public à long terme.
Le Brexit a perturbé certaines de ces relations — les négociations sur le statut des travailleurs, les procédures douanières, les règles d’investissement — mais il ne les a pas remises en cause. Ces entreprises avaient trop construit, trop investi, trop intégré leurs opérations pour se retirer. Paradoxalement, c’est dans les secteurs les plus stratégiques — énergie nucléaire, tunnel sous la Manche, gestion de l’eau — que la France reste la plus présente au Royaume-Uni. Comme si les deux pays, par-delà leurs désaccords politiques, avaient compris que certaines infrastructures se construisent mieux ensemble.
En chiffres : EDF investit £4,3 milliards/an au Royaume-Uni. Bouygues-Equans emploie 13 500 personnes en Grande-Bretagne. Getlink gère le tunnel jusqu’en 2086. Veolia traite les déchets de 3 millions de foyers britanniques. Le chantier de Hinkley Point C mobilise 9 000 personnes par jour.
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