Destinations au banc d'essai
Permis Vacances-Travail : bien se préparer sans rêver d’eldorado australien
Ils sont environ 25 000 Français chaque année à tenter l’aventure australienne avec le Permis Vacances-Travail. Mais entre les salaires faramineux vantés sur TikTok et la réalité du terrain, il y a souvent un monde de différences. Maitena Hernandez, qui accompagne les jeunes voyageurs français en Australie depuis quinze ans, livre un bilan sans concessions — et quelques conseils pour éviter les mauvaises surprises.
La voie royale pour partir vivre en Australie est sans conteste le Permis Vacances-Travail (PVT, ou Working Holiday Visa) accessible aux Français âgés de 18 à 35 ans. Il offre la possibilité de voyager en Australie tout en travaillant pour financer le séjour. Maitena Hernandez, fondatrice de la société « My Little France Australie », résume que si ce visa offre une opportunité géniale, décisive dans une trajectoire de vie, il faut néanmoins bien préparer son projet en amont, et avoir des attentes réalistes.
L’eldorado australien, un mirage qui a la vie dure
« Je connais des jeunes qui font des PVT incroyables, qui vivent des expériences inoubliables, mais elles ne tournent pas autour de l’argent », témoigne-t-elle. À ceux qui viennent en Australie dans l’espoir de s’enrichir, elle répond d’emblée que ce n’est pas le but du PVT. Elle tient à corriger les idées fausses sur des salaires australiens mirobolants qui circulent sur les réseaux sociaux. Certes, au sortir de la pandémie de Covid-19, l’Australie a fait face à une grave pénurie de main-d’œuvre, du coup les voyageurs restés sur place ont alors trouvé « des jobs avec des salaires à faire tomber tout le monde par terre », explique-t-elle. En outre, cela a coïncidé avec le gain de popularité des vidéos partagées sur le réseau TikTok. Les récits de jeunes dans la vingtaine gagnant jusqu’à « 150 000 l’année en euros », notamment dans les mines ou sur des chantiers isolés, sont devenus viraux. « Cela a créé un engouement pour l’Australie, avec des gars de 23 ans qui gagnaient des salaires à faire pâlir n’importe quel cadre supérieur en France ». Mais aujourd’hui, le contexte a changé et « ce n’est plus la réalité d’aujourd’hui du tout », insiste Mme Hernandez. Elle note que ce genre d’histoires circule encore beaucoup sur les réseaux sociaux, mais que la tendance va commencer à s’essouffler, car « le marché est dur et les jeunes n’y sont pas préparés ».
Booster anglais et compétences
À ceux qui songent à tenter l’aventure, elle suggère d’acquérir une bonne base en anglais et des compétences utiles pour le marché de l’emploi australien. Le secteur agricole, notamment pour les récoltes de fruits saisonnières, est le premier pourvoyeur de jobs pour les PVT, avec la construction, les mines, l’hôtellerie, la restauration, liste Mme Hernandez. « Le problème des Frenchies, c’est qu’ils n’ont pas les meilleurs profils sur le marché australien parce que leur anglais n’est pas terrible et qu’ils n’ont pas forcément de compétences. Souvent, ils ont fait des études, or l’Australie préfère des gens qui savent faire des choses », explique-t-elle. Elle illustre pour les nouveaux venus que des compétences manuelles concrètes, les métiers de bouche, ou savoir s’occuper d’animaux sont des atouts : « On peut tous ramasser des fraises, par contre conduire un rouleau-compresseur, c’est rare. Menuisiers ou charpentiers sont aussi des superstars ici ».
Le choc des cultures du travail
Il faut en outre être prêt à travailler dur : « L’australien fermier qui travaille 7 jours sur 7, 12 heures par jour parce que c’est sa vie, face à un Français citadin habitué à un travail de 35 h/semaine, ce sont deux mondes qui ne connaissent pas », poursuit-elle.
Alors que plus de 300 000 « pvtistes » de 40 autres nationalités confondues se trouvent sur le territoire australien, cela rend la concurrence rude. Si bien que de nombreux Français ont plus de difficultés à s’insérer sur le marché de l’emploi et se rabattent alors sur des missions de livraison pour UberEats ou le ramassage de fruits.
Ne pas arriver sans un sou
L’experte recommande d’ailleurs de ne pas arriver « sans un sou » en Australie, où le coût de la vie est élevé, mais bien d’être en mesure de payer des logements pour plusieurs semaines en avance. L’immigration australienne exige de posséder un minimum de 5 000 AUD sur son compte pour subvenir à ses besoins le temps de s’installer, ainsi que de quoi payer un billet d’avion retour. La pression financière rend certains « backpackers » particulièrement vulnérables aux escroqueries, très présentes sur les groupes d’entraide en ligne. « Facebook c’est un nid à arnaques », prévient l’experte, alertant sur de fausses offres d’emploi.
L’aventure peut être prolongée
Le visa 417 peut être renouvelé sous certaines conditions, notamment en accomplissant les fameux 88 jours de travail ou plus en zones régionales. Souvent, le système est résumé à du travail en ferme ou à ramasser des fruits, pourtant d’autres secteurs sont aussi inclus. La procédure génère beaucoup d’inquiétudes parmi les « pvtistes », mais Mme Hernandez se veut rassurante pour ceux qui souhaitent étendre l’aventure au-delà d’un an : « Le calcul du nombre de jours n’est pas très compliqué, souvent les « pvtistes » se prennent un peu trop le chou », commente-t-elle. Elle assure que les refus de renouvellement de visas sont vraiment anecdotiques, et concernent surtout les voyageurs qui trichent délibérément.
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