Actualités internationales
Moyen-Orient : les Français du Golfe face aux tensions
Depuis l’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, la tension s’est étendue à plusieurs pays du Golfe, affectant à la fois les infrastructures stratégiques et la vie quotidienne des Français sur place.
Près de 400 000 Français se trouvent dans la région, dont 35 000 inscrits sur le fil Ariane – le dispositif du Quai d’Orsay qui permet de contacter les ressortissants en cas de crise. Parmi eux, des résidents mais également des touristes en vacances ou parfois juste en transit lorsque la situation s’est brusquement dégradée. Entre inquiétude, difficulté de déplacement, tentatives de s’adapter à une situation incertaine et la surprise d’un conflit frappant des États perçus comme un havre de stabilité, leurs témoignages racontent des réalités différentes.
Des touristes coincés dans l’attente
À Sharjah, aux Émirats arabes unis, un groupe de onze Français dont cinq enfants se retrouve bloqué depuis samedi, jour du début du conflit. De retour de vacances en Thaïlande, leur escale aux Émirats a pris une tournure inattendue.
« On a atterri à Sharjah à midi pour un vol prévu à 16 heures. À 22 h 30, on nous a finalement demandé de quitter l’aéroport », raconte Laetitia. Depuis, les annulations se succèdent et les mails restent sans réponse. Pendant notre échange, elle quitte justement l’aéroport. « On vient encore de nous refuser l’entrée parce qu’il n’y a plus de vols pour Milan. » Selon elle, l’ambassade de France leur aurait finalement conseillé soit d’attendre, soit de tenter de rejoindre Oman ou l’Arabie saoudite par la route, avant de trouver un vol à leurs frais. « Avec cinq enfants, treize heures de bus et aucune garantie derrière, on a peur. » Si l’hôtel et les repas sont pris en charge par les autorités locales, l’angoisse reste forte. « Tous les soirs il y a des alertes antimissiles. On entend les détonations. »
Des Français expatriés entre prudence et adaptation
À Dubaï, les résidents vivent la situation différemment. Les premières heures ont toutefois été marquées par une certaine confusion. « Samedi, on avait très peu d’informations. Les réseaux sociaux amplifiaient beaucoup les choses et les médias donnaient parfois une vision très alarmiste », raconte Victor, installé à Dubaï depuis quelques mois. « C’était compliqué de savoir quoi dire aux enfants aussi. On entendait des explosions toute la journée. Quand on comprend que ce bruit est celui du système de défense qui nous protège, ça va mieux. Les autorités émiriennes envoient maintenant beaucoup d’informations sur leur système de défense. C’est rassurant. » Même si le Français confesse que les débris retrouvés dans le jardin d’une amie rappellent que la menace reste concrète. Depuis le début de la crise, les Emirats affirment avoir intercepté plus de 170 missiles balistiques et près de 1 000 drones iraniens visant leur territoire.
Mis à part le télétravail forcé pour certains et l’école à la maison, la vie quotidienne suit un rythme presque normal : restaurants ouverts, commerces fréquentés et non pris d’assaut, circulation fluide et pas de couvre-feu. À quelques détails près. Pendant notre échange avec Xavier, un autre Français expatrié, une alerte apparaît sur son téléphone avec les consignes de sécurité, suivie 30 minutes plus tard d’un message signifiant la fin de l’alerte.
« C’est étrange, la vie continue mais avec ces alertes qui arrivent de temps en temps », résume-t-il « et puis certaines boîtes rapatrient les familles, ça ajoute un peu à l’anxiété. Mais on suit les consignes. »
La tension semble également s’être relâchée parmi les habitants depuis que la circulation de vidéos douteuses a diminué. Et pour cause, les autorités de Dubaï s’en sont mêlées. « Nous avons reçu un SMS de la Dubaï Police nous demandant de faire attention à ce que nous diffusons sur les réseaux sociaux », explique Xavier.
Une entraide qui s’organise
Dans ce contexte parfois flou, certains membres de la communauté française ont pris les choses en main. À Dubaï, Geoffroy Bunetel, vice-président de la Chambre de Commerce Française pour les Emirats Arabes Unis, a lancé lundi dernier un groupe WhatsApp baptisé « FrEntraide », qui rassemble déjà plus de 1 400 membres. Il couvre pour l’instant Dubaï, Sharjah et Abu Dhabi. L’objectif : partager des informations vérifiées et s’entraider concrètement entre résidents et touristes coincés. « Il fallait éviter la panique et surtout l’auto-intoxication avec les rumeurs. » Le groupe permet aussi de résoudre des situations pratiques : trouver un logement temporaire, organiser des transports ou mettre en relation des personnes en difficulté. « On a par exemple aidé une famille de quatre personnes qui dormait dans sa voiture. » Selon lui, cette mobilisation reflète aussi une particularité locale. « Ici, il y a moins la culture de l’État-providence qu’en France. Les gens ont davantage le réflexe de s’organiser et d’agir par eux-mêmes. »
À Oman, le rôle des “chefs d’îlot”
Dans d’autres pays de la région, les dispositifs de sécurité diplomatique se mettent également en place. À Oman, René de Murard est chef d’îlot depuis 4 ans, un rôle discret mais essentiel. Le territoire est divisé en zones par les autorités françaises : chaque chef d’îlot sert de point de contact entre l’ambassade et les Français de son secteur en cas de crise.
Dans sa zone, au nord de Mascate, René est responsable d’environ soixante personnes. « Si une évacuation devait être organisée, je suis le point de contact de l’ambassade et responsable de ces 25 familles », explique-t-il. Pour cela, il dispose notamment d’un téléphone satellitaire et d’un groupe WhatsApp dédié. Pour l’instant, les autorités omanaises restent prudentes. Quelques drones ont visé des infrastructures pétrolières ou portuaires, mais sans dégâts majeurs. « Le message de l’ambassade est simple : rester vigilant et suivre les consignes officielles. Mais la vie continue. L’école a toujours lieu en présentiel par exemple. »
Des moyens de défense qui rassurent
Au Qatar, où vivent environ 6 000 Français, les habitants suivent également la situation avec attention. La plus grande base aérienne américaine du Moyen-Orient, située dans le pays, a été prise pour cible et des chutes de débris ont causé des blessures à Doha. Installée ici depuis quatorze ans, Sandrine Lescaroux, directrice générale de la CCI France Qatar, dit garder confiance dans la gestion locale des crises « Nous avons déjà vécu deux crises ici : le blocus et le Covid. Nous avons vu que les autorités les avaient très bien gérées. Par ailleurs, suite au besoin de sécurisation généré par le blocus puis par la Coupe du monde, les moyens de défense sont très poussés ici. » À ses yeux, ces dispositifs contribuent aujourd’hui à un sentiment de sécurité « Je suis les recommandations, je ne sors pas et je me sens en sécurité chez moi. »
Les écoles sont passées en enseignement à distance et les habitants sont invités à suivre les consignes officielles. Pour beaucoup d’expatriés, le plus surprenant reste que les pays du Golfe, longtemps perçus comme un havre de stabilité, se retrouvent indirectement impliqués dans le conflit.
Malgré les alertes et les interceptions de missiles, la vie continue dans les grandes villes du Golfe, où solidarité et sang-froid semblent pour l’instant l’emporter sur la panique. Concernant les rapatriements, « toutes les options sont sur la table », a déclaré Maud Brégeon, porte-parole du gouvernement. « On s’adapte à une situation qui est très évolutive » et le gouvernement n’exclut pas le recours à des vols militaires. D’après les annonces de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, environ 5 000 ressortissants français auraient manifesté leur volonté d’être rapatriés.
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