Actualités internationales
Guerre en Iran : où vont se réfugier les riches expatriés chassés de Dubaï ?
Poussés hors des Émirats arabes unis par un conflit qui s’éternise, les étrangers les plus fortunés choisissent d’aller s’exiler dans des pays plus calmes et plus accueillants comme le Brésil ou la Suisse.
Qui aurait cru un jour que Zoug (photo), à une demi-heure de voiture au sud-ouest de Zurich, attirerait les étrangers fuyant le Moyen-Orient sous les bombes ? Certes, le canton, l’un des plus petits de Suisse, affiche aussi le plus faible taux d’imposition du pays, mais ce n’est pas tout. « Zoug coche beaucoup de cases, assure Pierre Gabris, PDG du gestionnaire de patrimoine Alpen Partners. C’est une vraie place internationale : matières premières, finance, « family offices » (structure qui gère le patrimoine d’une famille fortunée, ndlr), actifs numériques, dans un environnement politiquement stable, sûr, et très bien connecté à Zurich. »
Déjà réputé dans le milieu des cryptomonnaies, Zoug accueille donc désormais cette nouvelle clientèle tout aussi argentée. « Depuis le début de la guerre en Iran, nous constatons un intérêt accru de la part du Proche-Orient pour la réinstallation en Europe, notamment en Suisse et à Zoug », reconnaît du bout des lèvres Thomas Lötscher, secrétaire général à la direction des finances du canton de Zoug. « Toutefois, ajoute-t-il, dans le cas de Zoug, cela ne représente pas un volume qui constituerait un défi pour nous. »

Pierre Gabris : « Zoug coche beaucoup de cases, comme un environnement politiquement stable et une très bonne connexion à Zurich. »
Une culture de la discrétion
Certes, le phénomène est davantage qualitatif que massif. « Ce sont au maximum quelques dizaines de familles très patrimoniales, des entrepreneurs et des dirigeants, qui arbitrent entre Dubaï, Londres, Monaco et la Suisse, observe M. Gabris. Zoug se retrouve très souvent dans la shortlist. » Plusieurs facteurs jouent : un niveau de sécurité publique élevé, une culture de la discrétion bien ancrée et un tissu institutionnel très structuré.
Mais il faut montrer patte blanche. Si les choses se passent assez simplement pour un ressortissant européen, c’est plus compliqué pour les autres. « Le cadre reste strict, reconnaît M. Gabris, surtout en ce qui concerne les ressortissants hors UE/AELE (Association européenne de libre-échange). Pour eux, l’accès à la résidence passe en principe par un emploi qualifié, une activité entrepreneuriale réelle qui crée de la valeur localement ou une solution adaptée aux personnes fortunées. »
Et s’il n’existe pas, à proprement parler, de « golden visa », comme on l’entend au Portugal ou à Malte, la Suisse propose un système de forfait fiscal, avec un montant d’impôts fixe par année, accessible aux étrangers fortunés qui n’exercent pas d’activité lucrative dans le pays. Le montant se négocie canton par canton, en fonction du train de vie, de la composition familiale et du dialogue avec les autorités fiscales.

Plusieurs facteurs jouent en faveur du canton de Zoug : un niveau de sécurité publique élevé, une culture de la discrétion bien ancrée et un tissu institutionnel très structuré.
Au Brésil, un coffre-fort immobilier
Autre point de chute doré plébiscité par les expatriés les plus fortunés, notamment depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, Balneário Camboriú, dans la province de Santa Catarina, dans le sud-est du Brésil, désormais surnommée la « Dubaï tropicale ». « La station balnéaire est en effet fréquemment comparée aux Emirats à l’international en raison de sa croissance verticale, de ses gratte-ciel haut de gamme et de la forte présence de son marché immobilier de luxe », admet Gislaine Zimmermann, agent immobilier pour la société Melhor Imóveis. Des entreprises comme FG Empreendimentos ont contribué à faire de la silhouette de la ville l’une des plus emblématiques d’Amérique latine. Des projets comme la tour Senna, conçue pour être l’un des plus hauts immeubles résidentiels au monde, renforcent cette image d’audace architecturale et de rayonnement international.

Depuis la fin de la crise Covid, Balneário Camboriú est devenu un véritable coffre-fort immobilier où investissent de riches familles venues du reste du pays, d’Europe ou des États-Unis.
Une ville cosmopolite et moderne
Par ailleurs, Balneário Camboriú possède des caractéristiques propres qui la différencient de Dubaï : la nature, les plages, un mode de vie brésilien et une forte présence touristique. Leur principale similitude réside dans leur capacité à attirer des investissements de premier ordre et dans l’impact visuel de la ville. Depuis la fin de la crise Covid, cette petite ville est devenue un véritable coffre-fort immobilier où investissent de riches familles venues du reste du pays, d’Europe ou des États-Unis. « Santa Catarina présente des indicateurs de sécurité et de développement supérieurs à la moyenne nationale, assure Mme Zimmermann, et Balneário Camboriú possède un profil bien particulier au sein du Brésil. »

Balneário Camboriú réunit des facteurs qui attirent les investisseurs et les familles aisées. (Photo Portal Vista do Alto)
Infrastructures modernes, forte présence de services de sécurité privés, qualité de vie, services haut de gamme, gastronomie, tourisme : la ville réunit en effet des facteurs qui attirent les investisseurs et les familles aisées. De plus, de nombreux étrangers perçoivent la station balnéaire comme une ville cosmopolite et moderne, respectant les normes de construction internationales. « On observe une croissance notable de l’intérêt international pour la ville, notamment depuis la pandémie, constate Mme Zimmermann. Nous avons constaté une demande accrue de la part des étrangers et des Brésiliens résidant à l’étranger, principalement des investisseurs européens, latino-américains et des personnes ayant des liens avec le Moyen-Orient. »

Gislaine Zimmermann : « Balneário Camboriú est fréquemment comparée aux Emirats à l’international. »
Immobilier de luxe
Conséquence : les prix de l’immobilier ont explosé et certains appartements neufs se négocient à plusieurs millions d’euros. « Des facteurs locaux amplifient cette tendance, affirme Mme Zimmermann, tels que la rareté des terrains dans les zones les plus prisées, une forte demande, des investissements dans les infrastructures et le positionnement de la ville comme référence nationale en matière d’immobilier de luxe. » C’est aussi une façon pour les propriétaires de « stocker » leur épargne en sécurité ici en achetant plusieurs biens et favorisant la spéculation, au détriment des habitants locaux, incapables de se loger à prix raisonnables. Conséquence : plus d’un tiers de ces logements reste indéfiniment vide, leurs propriétaires ne souhaitant pas se creuser la tête à les louer.

De nombreux étrangers perçoivent la station balnéaire comme une ville cosmopolite et moderne, respectant les normes de construction internationales. (Photo Portal Vista do Alto)
« Toute croissance rapide exige une planification urbaine et des infrastructures adéquates, rétorque Mme Zimmermann. Or, actuellement, le marché immobilier est l’un des principaux moteurs de l’économie locale, créant des emplois, des revenus et favorisant le développement technologique dans le secteur de la construction. » La ville attire des entreprises, des services et des investissements compatibles avec cette croissance, ce qui contribue à soutenir plus largement l’économie locale.

Balneário Camboriú au coucher du soleil. La principale similitude avec Dubaï réside dans sa capacité à attirer des investissements de premier ordre et dans l’impact visuel de la ville. (Photo Portal Vista do Alto)
-
Destinations au banc d'essaiil y a 3 semainesGuide gratuit à télécharger : Vivre au Royaume-Uni, 10 ans après le Brexit
-
Vie pratiqueil y a 3 semainesRetour en France pour se faire soigner : un réflexe bien français ?
-
Actualités internationalesil y a 1 semaineGolden visas : des passeports pas toujours en or
-
Actualités internationalesil y a 4 semainesVolte-face au Canada : les travailleurs étrangers de nouveau les bienvenus ?
-
Etudier et travailleril y a 4 semainesEnseignement français à l’étranger : y a-t-il un risque de déconventionnement de certains établissements scolaires ?
-
Vie pratiqueil y a 5 joursRetour contraint en France : de « l’arrachement » au « deuil »
-
Portrait de la semaineil y a 2 semainesLes bonnes manières françaises font fureur en Chine, et ce Français en a fait son empire
-
Etudier et travailleril y a 3 semaines« Tu te dis que t’es sur une autre planète » : ces expatriés de l’extrême racontent leur vie en Antarctique
